C’est donc ce jeudi 17 mai, à l’occasion du journal de 20h de TF1, que le sélectionneur des Bleus a annoncé une liste de 23 joueurs. Si l’ossature des dernières rencontres de qualifications est bien présente, plusieurs cas, notamment en raison des blessures, restaient en suspens. Le sélectionneur des Bleus a tranché...« C’est toujours difficile. J’ai été confronté à faire des choix parmi beaucoup de joueurs qui ont énormément de qualité. Ils étaient 23 à l’Euro 2016, ils sont toujours 23 pour la Coupe du Monde. Il y aura des heureux, des malheureux, je ne peux pas faire plaisir à tous les joueurs. Après une longue réflexion avec mon staff, j’ai décidé, », a ouvert Didier Deschamps, d’un ton solennel, sur la première chaîne.

Savoir si ses choix ont été difficiles, arrêtés depuis longtemps ou si des changements de dernières minutes ont eu lieu, le sélectionneur des Bleus depuis 2012 n’a pas changé sa manière de faire par rapport à l’Euro 2016, mettant en avant la cohésion de groupe, au détriment de la performance pure des joueurs à l’instant T. « C’est difficile de dire s’il y a eu des décisions prises depuis un mois, il y a des critères sportifs importants, sur ce que les joueurs font avec leur club, avec l’équipe de France. Comme je l’ai déjà dit par le passé, faire une sélection, une liste de 23 pour une grande compétition, c’est construire un groupe le plus apte pour aller le plus loin possible. Ce sont différents critères, avec certains joueurs qui vont peu ou pas jouer, mais qui seront importants pour le groupe, » a rappelé Didier Deschamps.

Tolisso et Nzonzi, des évidences

Une fois la liste des 23 annoncée, accompagnée d’une short-list de réservistes, en cas de blessure, le capitaine des Bleus Champions du Monde en 1998 est venu justifier ses choix au micro de Gilles Bouleau. Alors qu’il réagissait à chaud à l’annonce de sa sélection pour la Coupe du Monde, l’ancien milieu de l’Olympique Lyonnais, Corentin Tolisso a reçu les éloges du sélectionneur, qui a expliqué les raisons de ce choix : « on a discuté plusieurs fois ensemble. Corentin a énormément de qualités, il a été très performant avec nous, à chaque fois que j’ai eu à l’utiliser. Il a toujours tout donné, que ce soit comme remplaçant ou comme titulaire. Il sait que j’ai grande confiance en lui. Il a été bon à Lyon, il l’est actuellement au Bayern. »

Le sélectionneur n’a rien caché de ses méthodes de sélection. Une quinzaine de matches observés chaque week-end, cinquante joueurs suivis et au final, à l’approche d’une compétition aussi importante que la Coupe du Monde, 23 élus...et 11 « suppléants ». Chez les surprises, Steven Nzonzi se pose en sérieux candidat. Malgré un relatif anonymat, le sélectionneur a été conquis par « une aisance technique, malgré une taille importante. L’équipe de France, ce n’est pas que des stars. Il n’a pas de génie mais il est très efficace dans son rôle .C’est une question de concurrence par rapport au poste qu’il occupe. Il a été performant quand j’ai eu à l’utiliser et il est performant avec son club, c’est ce qui m’amène à la sélectionner dans les 23 », a justifié le coach.

Ribery et Benzema, le temps est écoulé...

Finaliste de la Ligue des champions avec le Real Madrid, le 26 mai prochain, face à Liverpool, Karim Benzema est le meilleur buteur français en Ligue des champions. Mais son histoire avec l’équipe de France semble bel et bien terminée. Le sélectionneur n’a pas évité le sujet sur le plateau du journal de TF1. « Je sais que vous aimez me poser ce genre de question. J’ai répondu, je peux le faire encore. Il y a deux ans qui se sont écoulés, j’ai fait confiance à des joueurs qui ont répondu à ma confiance. Je place le groupe au-dessus de tout, je fais des choix pour le bien de l’équipe de France. »

Le constat est le même pour Franck Ribéry. L’attaquant du Bayern Munich qui à 35 ans réalise toujours de très bonnes prestations avec le récent Champion d’Allemagne avait rouvert la porte à une équipe de France qu’il avait quitté en 2014. Mais le train est passé et le sélectionneur des Bleus a semble-t-il tourné la page. « Je respecte sa décision, on parle de 2014, c’était il y a 4 ans, on peut avoir de la nostalgie, je suis très content pour lui, il est très performant au Bayern, mais j’ai incorporé beaucoup de jeunes, je veux continuer dans cette logique là. »

Payet et Koscielny, auraient dû être là

C’était peut-être la première réaction de Didier Deschamps après l’annonce de sa liste des 23 pour le Mondial. Une explication sur l’absence de Dimitri Payet, blessé hier face à l’Atlético de Madrid et non retenu parmi les 23. « Dimitri Payet, c’était un candidat sérieux à un poste dans les 23, il a joué la première demi-heure de la finale, hier sa situation s’est aggravée. Il y a un délai de récupération pour revenir sur le terrain qui est de trois semaines. Mais c’est une blessure musculaire et il y a un risque de récidive, à partir de là, par rapport aux délais qui sont les miens, malheureusement pour Dimitri cela ne va pas être possible. »

Taulier fragile de la défense des Bleus, Laurent Koscielny s’est vu abandonné par son tendon d’achille lors de la demi-finale retour de Ligue Europa opposant Arsenal à l’Atlético de Madrid. Etendu sur la pelouse du Wanda Metropolitano, le défenseur central de 32 ans sait qu’il vient de dire adieu à son dernier mondial avec les Bleus. Remplacé par Adil Rami (Presnel Kimpembe ?) dans la liste des 23, le Corrézien pourra se consoler en écoutant les paroles d’un Didier Deschamps au regard abattu au moment d’évoquer celui qui avait participé aux deux dernières compétitions avec les Bleus. « Il était présent en 2014 et en 2016. J’ai une forte pensée pour lui. C’est une perte pour le groupe, sur le plan sportif et humain, » a déclaré le coach basque.

Lacazette et Martial, doublés par la concurrence

Ben Yedder, Coman, Costil, Debuchy, Digne, Lacazette, Martial, Rabiot, Sakho, Cissoko, Zouma...Ils sont onze et n’ont que très peu de chance de voir la Russie. « Ces onze suppléants auront un programme, au cas où, qu’ils puissent se tenir prêt. Ces suppléants n’iront pas à Clairefontaine. Je veux aller sur le qualitatif, être focalisé sur la Coupe du Monde dès le 23 mai, être dès le départ en mode compétition, » a précisé le sélectionneur, avant de poursuivre. « Il y a des joueurs qui méritent d’y être, mais qui n’y sont pas par rapport à leur saison en club. Il y a donc un critère sportif. Ce qu’il font avec leur club et aussi ce qu’il font en équipe de France. Parfois, il y a des joueurs qui vont peu jouer, voire pas jouer. Ces joueurs sont importants. C’est pas facile. Ce critère humain, nous en interne, on a des informations que personne ne peut avoir en externe. Par rapport à la place qu’ils auront dans la sélection, c’est un élément qui compte. »

Second choix d’un José Mourinho intraitable avec ses jeunes joueurs, Anthony Martial a vu ses chances de Mondial s’évaporer au fil des matches passés sur le banc ou en tribune. Pour lui comme pour Alexandre Lacazette, malgré 14 buts en 32 matches avec les Gunners, la concurrence aura eu le dessus. « Alexandre et Anthony ont tous les deux été bons contre l’Allemagne, il y a une analyse complète de ce qu’ils ont fait dans certaines situations, leur rôle. Aujourd’hui je considère que Giroud, Griezmann, Kylian et Nabil sont des attaquants axiaux. La polyvalence c’est bien, mais je ne peux accumuler plusieurs joueurs à ce poste. Lacazette ce n’est pas le même registre. Le registre d’Antoine ressemble à celui de Nabil (Fekir). Anthony Martial est capable sur un match de se mettre en évidence, mais dans les autres situations il n’a pas répondu présent, ça a été compliqué. La qualité il l’a, mais par rapport à d’autres joueurs aussi, ce n’est pas à son crédit, tout comme Lacazette. Je veux qu’on soit capable d’évoluer dans différents systèmes, avec des associations différentes, » a justifié Didier Deschamps.

Thauvin : « sa saison est remarquable »

Dans des registres différents, Nabil Fekir et Florian Thauvin étaient mis en concurrence pour une place dans les 23. Résultat des courses, les deux ont été appelés par Didier Deschamps. Eloigné des terrains au plus mauvais moment, Nabil Fekir avait passé le mois de mars à l’infirmerie et était absent lors des rencontres amicales face à la Colombie et à la Russie. Alors qu’on pensait cette absence pénalisante, voire rédhibitoire, le capitaine de l’OL avait pourtant très bien figuré avant ce coup dur et est revenu à la compétition à temps. Il avait été titulaire lors des 4 dernières rencontres de l’OL. Suffisant pour accrocher le bon wagon.

« Pas très bon dans les grands matches » disent les spécialistes, Florian Thauvin n’en reste pas moins le joueur le plus décisif de l’Olympique de Marseille cette saison. Et si l’on souligne souvent que l’état d’esprit prime sur le terrain dans les choix de Didier Deschamps, ce sont les statistiques qui ont plaidé en la faveur du Marseillais. « Florian Thauvin ce n’est pas un pari, dans les grands matchs on prend quoi ? Chacun à son analyse, si aujourd’hui il y en a qui disent que Thauvin ne mérite pas, regardez ses statistiques. Il n’a pas eu beaucoup de temps de jeu certes. Florian c’est côté droit, sa saison est remarquable, avec nous, son caractère, sa personnalité dans le groupe lui donnent du crédit, c’est une option différente pour moi. Il a fait pas mal de misères à beaucoup de latéraux, » a lancé Didier Deschamps, sûr de son coup.

Hernandez, Pavard et Sidibé doublent Digne et Debuchy

Djibril Sidibé n’a pas été épargné par les blessures cette saison. Blessé en amical, face à la Colombie, il avait manqué la deuxième rencontre amical de l’équipe de France face à la Russie et 4 rencontres avec l’AS Monaco. Touché au ménisque avec son club, il a été absent de la 34e à la 36e journée et s’était lancé dans une course contre la montre. Le latéral droit a disputé 22 minutes face à Saint-Etienne, prouvant au sélectionneur qu’il était prêt à temps. Cela a suffi pour le latéral, qui peut évoluer à droite comme à gauche, pour être dans les 23. Tout comme Benjamin Pavard, le jeune latéral de Stuttgart. Remplaçant à Barcelone et pas assez convaincant aux yeux de Deschamps, Lucas Digne mais également Mathieu Debuchy restent à quai.

« Pour Debuchy, je suis content qu’il ait pu retrouver la compétition. Mathieu a enchaîné de bons matchs, mais sur ces trois, quatre derniers, ça coinçait un peu plus. Il a été surtout mis en valeur parce qu’il a marqué des buts importants. Pavard a été bon les deux fois où je l’ai appelé, il peut aussi jouer dans l’axe ou à droite. » Les dernières sélections du jeune défenseur de 22 ans auront donc été payantes. Pour le Barcelonais, qui avait dépanné après les blessures de Sidibé et Mendy, son manque de temps de jeu aura eu raison de lui. « Lucas Digne a eu beaucoup de temps de jeu depuis 2014. Depuis la dernière sélection avec le Barça, il n’a joué que deux fois 90 minutes. C’est un problème de rythme, et aussi parce que j’ai un profil différent avec Lucas Hernandez. Le match d’hier m’a confirmé que j’avais fait le bon choix, » a justifié Deschamps, visiblement conquis par la prestation du latéral colchonero en finale de la Ligue Europa, hier soir.

Les mauvaises passes des cadres n’ont pas eu d’influence

S’il est bien présent dans la liste de Didier Deschamps, et qu’il est parvenu à s’imposer lors de ses précédentes sélections en bleu, Thomas Lemar traverse en club une période de mou. Un cas de figure qui n’est pas sans rappelé Paul Pogba, du côté de Manchester United, ou Antoine Griezmann, avec l’Atlético de Madrid en début de saison. Des trous d’air qui n’ont pas fait douté Deschamps au moment de coucher les noms sur le papier. « Avec Monaco, Thomas (Lemar) a eu une période difficile, comme Antoine Griezmann a pu avoir une période difficile en septembre dernier. À une époque, il y a eu Paul Pogba aussi. Etre bon en club c’est une chose, être bon en équipe de France aussi. Il n’y a que neuf joueurs qui ont disputé l’Euro sur les 23 », a rappelé Didier Deschamps.

Le sélectionneur des Bleus n’a pas hésité à comparer sa jeune équipe de France aux sélections allemande et brésilienne. Mais il ne fait aucun complexe et croit en les chances de ses hommes. Le plus jeune sélectionné est l’attaquant du Paris Saint-Germain, Kylian Mbappé, 19 ans. Le plus expérimenté étant Steve Mandanda. Le portier olympien de 33 ans jouera les tauliers dans le vestiaire bleu en Russie. Une équipe de 25 ans et demi de moyenne d’âge, mais un détail pour celui qui a eu la lourde tâche de la dessiner. « Je ne fais pas une sélection en fonction de la date de naissance. La moyenne d’âge est de 25 ans et demi, quelques trentenaires augmentent cette moyenne. Mais seuls 9 joueurs présents à l’Euro 2016 le sont aujourd’hui. J’ai incorporé des jeunes, je continue de leur faire confiance. La jeunesse est une qualité mais il y a aussi besoin de joueurs expérimentés. Cela ne nous empêchera pas d’avoir de l’ambition et d’être performant, » a déclaré le sélectionneur.