Foot Mercato : Tout d’abord, comment allez-vous ?

Frédéric Kanouté : Ça va très bien merci !

FM : Quel regard portez-vous sur la saison du FC Séville ?

FK : Très mitigé. Il y a eu du bon, du moins bon, du bien moins bon et puis du meilleur depuis quelques semaines. Malheureusement, il y a eu beaucoup d’instabilité comme ses trois dernières années, durant lesquelles on a beaucoup changé d’entraîneur. Forcément, au niveau performances, il y a des conséquences. On a connu un départ assez bon même si on a été éliminés rapidement en Europa League. En championnat, on a pas mal commencé, mais on s’est essoufflés. On arrivait plus à s’exprimer sur le terrain. On a subi plusieurs défaites jusqu’au limogeage de Marcelino. Depuis l’arrivée de Michel, on a eu de bons résultats. On vient d’enchaîner de bons résultats, ce qui nous remet dans la course pour nous qualifier en Coupe d’Europe la saison prochaine.

FM : Est-ce que vous croyez à une qualification pour la Ligue des Champions vu votre remontée au classement ?

FK : On est bien revenus dans la course. Il nous manque encore des points, mais notre situation est plus encourageante que celle de Valence par exemple qui est en difficulté, sur la pente descendante ces dernières semaines. On aimerait les inquiéter et pouvoir les rattraper. Je pense que c’est possible. Mais on n’a pas le droit à l’erreur, on se doit d’être à fond aux entraînements et en matches pour perdre le moins de points possible

FM : Il y a une course à plusieurs (Valence, Malaga, Levante, Osasuna, Espanyol). Quels sont selon vous les rivaux les plus dangereux pour les places en C1 ?

FK : Il y a plusieurs équipes qui ont réussi un très bon début de saison et qui sont encore là, comme Levante. Tout le monde pensait qu’ils s’écrouleraient mais ils ont tenu le coup. Il va donc falloir prendre tout le monde au sérieux. Je donnerai quand même un petit avantage à Valence et à Malaga. Même surtout Malaga, car ils n’ont pas la fatigue de la Coupe d’Europe comme Valence, qui est toujours en course en Europa League. Je dirai donc Malaga et Valence. Cette année, Valence a été l’équipe n° 1 de l’autre championnat, derrière le Real Madrid et le Barça. Mais toutes les équipes ont beaucoup de qualités et la course va être serrée.

FM : Sur le plan personnel, vous avez moins joué cette saison (23 apparitions, mais seulement 11 titularisations en Liga). Comment l’avez-vous vécu ?

FK : C’est toujours difficile d’avoir un rôle un peu moins important sur le plan sportif, mais le club comptait aussi beaucoup sur moi pour aider ceux qui arrivent et aussi pour donner un coup de main sur le terrain. J’ai donc assumé le fait de jouer un petit peu moins et d’essayer de jouer le mieux possible lorsque l’on a fait appel à moi. On n’est jamais satisfait de jouer moins. C’est frustrant quand on est un compétiteur. Un footballeur professionnel a toujours envie de jouer plus, même s’il a 34-35 ans, comme c’est mon cas. Mais je me suis fait à l’idée que c’est un peu logique puisque le club doit penser à la relève. C’est normal que le club prépare l’avenir, d’autant que mon contrat se termine à la fin de la saison.

Un avenir encore indécis

FM : Avez-vous d’ailleurs déjà pensé à ce que vous alliez faire cet été ?

FK : Quand on est en fin de contrat, on y pense forcément un petit peu. Jusqu’à présent, heureusement ou malheureusement, je n’ai décidé de rien. Ça me permet de rester serein et de me concentrer sur la fin de saison et de ne pas avoir la tête qui part à droite à gauche. Forcément, on y pense un peu quand on est en fin de contrat, surtout qu’il ne reste qu’un mois de championnat. Je n’ai pas encore de destination fixée.

FM : À ce propos, la presse espagnole a indiqué que vous pourriez continuer au Koweït. Avez-vous des préférences pour votre futur club ?

FK : Je vous avoue que le Koweït, c’était une surprise même pour moi ! Je suis arrivé à l’entraînement et tout le monde m’a dit : « Alors, tu vas au Koweït ? ». Je n’étais même pas au courant ! Ce n’était pas sérieux. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de clubs là-bas qui me veulent, mais il n’y a eu aucun contact sérieux avec mes agents. C’est vrai que les Émirats ou le Qatar m’attirent un petit peu, mais je n’ai pas fait une fixation sur une destination en particulier.

FM : Vous êtes à Séville depuis 2005. Le club a eu de grosses équipes, de gros joueurs. Et malgré tout, même au top, vous étiez toujours en retrait par rapport au Real Madrid et au FC Barcelone. N’est-ce pas frustrant ?

FK : C’est frustrant bien sûr. Quand on joue contre eux, on donne tout. Étant au club depuis longtemps, j’ai eu la chance de gagner quelques fois contre le Barça et Madrid. On a même gagné une Supercoupe d’Espagne sur deux matches contre le Real (2007). On a eu de très bons résultats, de très bon matches. Mais c’est ce qui se passe entre des clubs avec un budget réduit et un effectif restreint. À un moment donné, on ressent la fatigue un peu plus tôt qu’eux. Sur certaines saisons (2006/07 et 2008/09), c’est ce qui s’est passé. Ce n’était pas une question de talent. On était vraiment pas loin, mais on était engagés sur tous les tableaux et c’est ça qui nous a fait faiblir. Mais c’est vrai que c’est frustrant pour un compétiteur de savoir que quoi qu’il arrive, il y a deux clubs, qui tant qu’ils garderont cette gestion et ces budgets énormes, seront au-dessus.

FM : Quel a été votre plus beau souvenir à Séville ?

FK : J’ai la chance de dire que je n’ai pas un mais plusieurs très beaux souvenirs avec Séville. En arrivant à Séville, avec Palop ou Luis Fabiano, personne ne s’imaginait qu’on puisse gagner autant de titres. On avait vraiment une équipe qui marchait bien. Notre première UEFA, c’était fantastique. Mais pour moi, l’année suivante a été encore mieux, avec une nouvelle UEFA, une Coupe du Roi, une Supercoupe d’Europe et une Supercoupe d’Espagne en plus ! Ça a continué jusqu’en 2010 avec une nouvelle Coupe du Roi. Niveau palmarès, ça a été très intéressant !

FM : Avant de rejoindre Séville, vous avez connu la Ligue 1 et la Premier League. Quelles sont selon vous les différences majeures entre ces trois championnats ?

FK : Malheureusement, le championnat de France, je ne m’en rappelle plus trop. Je suis parti très tôt à West Ham après deux saisons à Lyon. Je me rappelle de mes débuts. Mais je ne suis resté que peu de temps et j’ai très peu joué lors de ma dernière saison. J’ai donc du mal à faire une comparaison entre les championnats. En revanche, ce que je peux vous dire, c’est qu’au niveau des recruteurs en Espagne et en Angleterre, la France est une destination privilégiée. Ils aiment venir en France parce qu’ils savent qu’il y a un niveau de formation qui n’a presque pas d’égal ailleurs.

FM : Au fil de votre carrière, avez-vous eu des possibilités de revenir en France ?

FK : C’est vrai que ça m’est arrivé quelques fois d’avoir des possibilités. Mais vu que ce n’était pas forcément une priorité pour moi, j’avoue que je n’ai pas fait le forcing que ça se fasse forcément, mais c’est vrai que j’ai eu quelques contacts au cours de ma carrière.

FM : Et aujourd’hui, étant libre, est-ce qu’un retour pourrait vous intéresser ?

FK : Je vous avoue que ce n’est pas forcément ce que je recherche. À la limite, si j’étais encore un peu plus jeune, bien que je ne me trouve pas vieux, j’aurai préféré terminer ici en Espagne. Ce n’est pas vraiment un souhait pour moi de rentrer en France. Cela dit, on ne sait jamais. Vu que je n’ai pas de proposition ou de contact, c’est vrai que j’ai du mal à envisager cette possibilité.

FM : Il y a quelques jours, Luis Fabiano, avec une pointe de regret, a fait des déclarations étonnantes à la presse brésilienne, indiquant qu’il avait eu des offres de très grands clubs comme le Real Madrid ou le Milan AC, mais que Séville l’avait retenu. Est-ce que vous avez de pareils regrets ?

FK : Non, non, moi je suis content et heureux d’avoir joué une grande partie de ma carrière à Séville, je l’ai dit et répété plusieurs fois. C’est vrai qu’il faut toujours viser plus haut mais moi je suis arrivée à Séville à 27-28 ans. À cet âge-là, c’est aussi peut-être plus compliqué de rejoindre un très grand club. J’ai eu des contacts avec d’autres clubs aussi, mais si ça ne s’est pas fait, c’est que quelque chose clochait. J’ai toujours privilégié de rester à Séville. J’ai eu aussi des touches. Mais j’ai préféré rester à Séville parce que j’y suis bien et que j’ai senti qu’on pouvait y faire quelque chose de bien sportivement.

L’OL, le PSG, la L1... des vieux souvenirs encore bien vivants

FM : Vous parliez tout à l’heure de vos débuts à Lyon. Suivez-vous toujours les résultats du club d’une part et que pensez-vous de la nouvelle politique mise en place par l’OL avec Rémi Garde à la tête de l’équipe première et de nombreux jeunes issus du centre de formation lancés en pro ?

FK : Malheureusement, je ne peux pas voir tous les matches ici. Mais c’est vrai que je suis un peu de loin les résultats. Je sais que Montpellier fait une saison incroyable, que Paris revient en force après plusieurs saisons compliquées, et que Lyon reste indémodable depuis très longtemps. Ça fait plaisir qu’ils donnent encore plus la chance aux jeunes. Ils ont pu voir que c’était un atout dont il fallait profiter. Je pense à un grand club comme le Barça, le meilleur club au monde, qui joue avec beaucoup de joueurs formés au club. J’ai eu la chance d’avoir été formé dans cette école-là à Lyon, l’une des meilleures de France, si ce n’est la meilleure. Donc je pense qu’ils ont de quoi faire en misant sur les jeunes.

FM : Justement, quand vous faisiez vos débuts à Lyon, imaginiez-vous que le club prendrait une telle dimension en France et en Europe ?

FK : Quand je suis parti, je leur ai porté chance apparemment puisqu’ils ont commencé à tout gagner ! L’année où je suis parti, on jouait la Ligue des Champions mais on avait été éliminé assez tôt. Les années d’après, ils ont commencé à tout gagner. Je n’étais pas complètement surpris. C’est un club très sérieux. Je savais que j’avais de la chance d’être dans un tel club. C’est simplement que j’ai eu une opportunité de jouer davantage à l’étranger. Mais j’étais conscient des possibilités de ce club.

FM : Un petit mot sur le projet du PSG avec l’arrivée des nouveaux investisseurs qatariens. Est-ce quelque chose dont on parle en Espagne ?

FK : Oui, on en parle. C’est vrai que ça fait partie des destinations qui font rêver un peu tout le monde en Espagne et dans d’autres pays aussi. C’est vrai qu’en général quand on parle d’un club en France, on parle du PSG. C’est la capitale, ça fait rêver les gens ! On en parle. Et depuis que de riches investisseurs ont repris le club et que ça marche bien, c’est l’une des destinations qui fait rêver les gens, même en Espagne. Il y a beaucoup de gens que je connais qui me disent : « Ce serait bien de jouer au PSG ».

FM : Il y a quelques mois, des rumeurs vous avaient annoncé du côté du PSG. Personnellement, pourriez-vous être sensible à ce projet ?

FK : J’avoue que j’ai été en contact indirect et puis il y a eu des rumeurs avec ce club une ou deux fois. Mais ça n’a pas été beaucoup plus loin. Je n’ai pas cherché à en savoir plus. Si quelqu’un me veut vraiment, il sait où me trouver. Je n’ai jamais vraiment été attiré par un retour en France, même si ça peut être une possibilité, ça n’a jamais été une priorité.

FM : Avez-vous suivi le parcours du Mali, troisième de la dernière CAN ?

FK : Bien sûr, c’est évident ! Malgré mon retrait de la sélection, c’est toujours un peu frustrant de voir son équipe jouer et de ne pas participer. Même si j’ai pleinement assumé ma décision de me retirer, ça fait toujours bizarre. J’ai suivi le plus de matches possible. J’allais même sur Internet quand les matches n’étaient pas diffusés à la télé. J’ai pu voir la belle performance. L’équipe m’a plu. Il y avait beaucoup de nouvelles têtes, beaucoup de jeunes qui m’ont beaucoup plu. La mayonnaise a bien pris cette fois. Et une troisième place, c’est gratifiant.

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