Depuis quelques années déjà, la Liga travaille d’arrache-pied pour conquérir le marché asiatique. Plusieurs mesures ont été mises en place pour l’instant, comme les matchs en début d’après-midi voire à midi, des tournées estivales organisées dans des pays asiatiques, des partenariats avec la Super League chinoise et des événements organisés aux quatre coins du continent. On a aussi vu plusieurs clubs arborer les noms des joueurs en chinois lors du Nouvel An Chinois par exemple. Tant d’initiatives visant à séduire un public qui rapporte déjà gros - avec des droits TV internationaux supérieurs aux droits nationaux ! - et qui peut potentiellement rapporter encore plus de revenus aux formations espagnoles. Ce sont seulement deux millions d’euros qui ont été déboursés par l’Espanyol cet hiver pour attirer le meilleur joueur chinois de l’année 2018. Et le modeste montant déboursé par les Catalans est déjà rentable...

Effectivement, les retombées se font déjà sentir. Comme l’expliquait Marca, plus de 40 millions de téléspectateurs ont suivi les débuts de l’attaquant de 27 ans en Liga face à Girona le 3 février dernier. Ils étaient 25 millions à avoir assisté à son premier but en Espagne il y a trois semaines, face à Valladolid. Depuis l’arrivée du joueur à Barcelone, les réalisateurs de la Liga n’hésitent pas à montrer de nombreux fans asiatiques présents dans les tribunes du Stade de Cornellà-El Prat, qui avaient pourtant l’habitude de se diriger vers le Camp Nou auparavant. Un marché que le club catalan connaît bien, tout simplement parce qu’il appartient au groupe Rastar, qui possède plus de 50% des actions du club depuis 2015. Comme l’explique AS, avec Wu Lei, les Pericos peuvent par exemple espérer renégocier des contrats de sponsoring à la hausse avec plusieurs entreprises, puisque les marques vont avoir une énorme visibilité sur le marché chinois.

Un impact immédiat auprès du public chinois

En Chine, les ventes de maillots du club se multiplient en tout cas, comme le précise XinhuaNet, 10.000 unités de son maillot ont été vendues dès l’annonce de sa signature, provoquant une rupture de stock totale, et le club a également vendu 2.000 produits dérivés supplémentaires dans le pays asiatique. Des chiffres qui peuvent sembler bien légers - surtout lorsque l’on connaît les millions que récoltent le Barça, le Real ou les géants anglais là-bas - mais qui sont colossaux pour un club du calibre de l’Espanyol, d’autant plus que ça devrait continuer, Wu Lei se montrant performant sur le terrain. Sur les réseaux sociaux, outil essentiel des clubs aujourd’hui, son arrivée se fait sentir. « Quand Wu Lei a marqué les réseaux sont devenus fous. On a eu 28.000 réactions, pendant qu’un but de Messi en a généralement 2.000 », confiait Javier Ibáñez, directeur de la communication de la Liga en Asie, à la Cadena COPE. « Toute la Chine supporte l’Espanyol », a même lancé Javier Tebas, sulfureux président de la Liga, avant de dévoiler la stratégie du championnat : « la Liga fait très attention au marché chinois et aux joueurs qui jouent en Chine et qui ont le potentiel pour faire de bonnes choses en Espagne. On veut que les fans chinois voient la Liga comme le deuxième championnat le plus important du monde derrière le leur et on veut maximiser ce potentiel. C’est un marché qui se développe plus que tout autre marché. Jouer des matchs de Liga en Chine ? Nous n’écartons rien ».

Sur place, l’engouement se fait sentir. « On a déjà noté une claire augmentation du nombre de Chinois dans les tribunes du RCDE Stadium. Avant, on en voyait à peine, et maintenant on voit des groupes à chaque matchs. Il y a deux semaines, profitant du Mobile World Congress, le club a fait une grande campagne marketing en utilisant l’image de Wu Lei pour le match. Une autre donnée significative c’est que le jour même de sa présentation, plusieurs gens d’origine chinoise sont venus, et le premier qui a acheté le maillot était un Chinois. Le club a lancé une édition spéciale du maillot avec le nom écrit en alphabet chinois et les 100 unités mises en vente se sont vendues », nous explique Alex Pérez, journaliste pour PericosOnline qui suit l’actualité du club catalan. Il ajoute que désormais, l’Espanyol risque de jouer très régulièrement en matinée (l’horaire de dimanche midi par exemple) pour que les fans chinois puissent suivre les rencontres.

Et sur le terrain, ça donne quoi ?

« Au début, la première chose qu’ont fait les supporters de l’Espanyol lorsqu’ils ont entendu son nom est de faire ce qu’on a tous fait, chercher ses skills sur Youtube. C’était un joueur dont ils n’avaient jamais entendu parler et il y avait beaucoup de méfiance », nous explique Alex Pérez. Mais très vite, celui qui est la plupart du temps aligné sur le flanc droit de l’attaque s’est mis tout le monde dans la poche. « Après quatre matchs, il est devenu une idole pour les supporters, ses mouvements d’attaquant et surtout le caractère dont il fait preuve ont conquis les supporters. Personnellement j’avais beaucoup de doutes sur ses performances en Europe mais on voit chez lui des traits de grand attaquant. [...] Je pense sans aucun doute qu’il peut devenir un joueur important de la Liga, et je n’écarterai pas la possibilité qu’un club important des meilleurs championnats européens s’intéresse à lui », ajoute Pérez.

A 27 ans, le premier joueur de son pays à avoir fait trembler les filets en Espagne, affiche effectivement de belles qualités. Ses appels dans la défense, son intelligence dans les derniers mètres et sa facilité à se déplacer entre les lignes, en font un joueur redoutable dans le rectangle vert. Il affiche également une belle complémentarité avec ses attaquants qui devrait donc s’améliorer au fur et à mesure qu’on avance dans la saison. On notera aussi que le club est invaincu depuis son arrivée (six rencontres au total) ! « Ses coéquipiers reconnaissent sa mentalité et ses qualités. Il est un joueur en plus dans le vestiaire. Le processus d’adaptation s’est accéléré, il comprend tout. Nous sommes contents. C’est une plume. Tu ne sais pas ce qu’il va faire, et les défenseurs non plus, il est rapide il joue vertical, il combine et a de bonnes qualités techniques. Il répond aux attentes, qu’il continue comme ça », confiait son coach Rubi récemment. Wu Lei va donc avoir un rôle majeur dans le projet du club catalan, tant sur le terrain qu’en dehors. Il a toutes les cartes en main pour devenir la premier joueur chinois à briller en Espagne. Et même en Europe.