L’Ajax Amsterdam pouvait-il le refaire ? C’était la grande question qui animait l’avant-match. Après avoir renversé le Real Madrid chez lui, le club néerlandais se trouvait face à un nouveau défi de taille : surmonter le handicap du 1-1 à domicile et donc obtenir un résultat positif sur la pelouse de la Juventus. Pour cela, il se présentait dans son habituel 4-3-3, tandis que la Juve, sans Chiellini ni Mandzukic, pouvait compter sur un Cristiano Ronaldo à 100 %. L’entraîneur des Turinois, Massimiliano Allegri, avait promis une Juve agressive en conférence de presse, contrairement à l’aller, et c’est bien ce que l’on a vu dans les premières minutes de la rencontre. Le milieu Pjanic-Can-Matuidi bondissait ainsi sur tous les ballons, tandis que Frenkie de Jong rendait tous les siens à l’adversaire. Le premier coup dur intervenait pour l’Ajax avec la sortie dès la 10e minute du latéral, gauche pour l’occasion, Mazraoui (remplacé par Sinkgraven).

Après un quart d’heure de jeu, on n’avait pas retrouvé le panache de l’Ajax dans la construction offensive, pénalisé par un manque de justesse technique et embêté par une Juve bien en place. La Vieille Dame s’offrait le premier tir cadré, signé Dybala d’une belle reprise du gauche, stoppé par Onana (22e), à défaut de dominer son adversaire. Elle donnait le sentiment de vouloir aspirer l’Ajax pour jouer le contre prioritairement plutôt que de l’acculer dans son propre camp. Mais cela marchait puisque sur un corner tiré par Pjanic, Cristiano Ronaldo surgissait devant tout le monde, libéré de tout marquage, et plaçait une tête puissante sur laquelle Onana ne pouvait rien (1-0, 28e). Déjà très motivés, les Bianconeri augmentaient encore d’un cran l’intensité dans le pressing et les contacts et les Néerlandais semblaient alors dépassés. Pour quelques minutes seulement, puisqu’après un tir de Ziyech non cadré, Van de Beek récupérait le cuir et profitait du mauvais alignement de la défense turinoise pour aller défier et battre Szczesny (1-1, 35e). Comme après le premier but, il fallait la confirmation de la VAR pour l’arbitre français de la rencontre, Clément Turpin. Égalité parfaite donc à cet instant-là entre les deux formations et la mi-temps les renvoyait aux vestiaires.

L’Ajax renverse tout en seconde période

La pause permettait à Massimiliano Allegri de sortir Dybala, touché à la cuisse, pour lancer Moise Kean. De quoi troubler l’Ajax ? Pas vraiment puisque les Néerlandais repartaient plutôt bien en seconde période. Sur une belle anticipation, Neres perforait l’axe turinois et servait Van de Beek qui décalait sur Ziyech. Ce dernier choisissait la frappe du droit, que Szczesny sortait d’une parade formidable (52e). L’Ajax était dans un temps fort. Szczesny aussi puisqu’il s’offrait un nouvel arrêt magnifique sur une frappe lointaine et placée de Van de Beek (57e), décidément dans tous les bons coups. Puis après une nouvelle belle séquence collective, Tadic était servi à droite de la surface italienne et tentait le centre à ras de terre pour Ziyech, mais Pjanic sauvait la Vieille Dame d’un tacle miraculeux (62e). Ça chauffait clairement pour la Juve et Allegri décidait de sortir De Sciglio pour Cancelo.

Cela ne modifiait pas le visage de son équipe, qui était mis sous pression par ses étonnants adversaires. Après un nouveau numéro de Van de Beek, intenable, l’Ajax obtenait un corner. Et sur celui-ci, De Ligt s’élevait plus haut que Bonucci, Rugani et Alex Sandro, rien que ça, pour placer un coup de tête qui battait Szczesny (1-2, 67e) ! Le club néerlandais était bien en train de réaliser l’exploit, sur la pelouse de la Juventus ! Mieux, alors qu’on pouvait imaginer une Juve déchaînée, c’est bien De Ligt et compagnie qui obtenaient les meilleures occasions, sur des contres. Des contres globalement mal menés qui auraient pu coûter cher si la Juve avait été plus inspirée. Mais les têtes italiennes étaient touchées et même le public était devenu atone. On n’entendait plus que les supporters néerlandais, qui lâchaient même des « Olé » sur des possessions de leurs ouailles. Ils pouvaient effectivement exulter puisqu’après avoir sorti le Real Madrid en 8e, ils ont réédité l’exploit en allant s’imposer 2-1 à Turin. Une équipe aussi folle qu’inexpérimentée. Quant à la Juve, elle risque de s’en mordre les doigts, car à 1-0, tout semblait sous contrôle...

Revivez le film du match

L’homme du match : Donny van de Beek (8,5) : timide en début de partie, comme le reste de l’Ajax, il a progressivement pris en main le jeu des amstellodamois, en étant souvent dans le bon tempo et distribuant des bonnes passes à ses compères. Son but, où il parvient à bien se positionner dans la défense adverse, est venu récompenser sa bonne entame de match (1-1, 34e), et a permis à l’Ajax de directement revenir dans la rencontre, après l’ouverture du score de Ronaldo. Il sert bien Ziyech, lorsque ce dernier a buté sur Szczęsny (52e), avant de décrocher une superbe frappe dans la lucarne turinoise, sur laquelle le gardien polonais accomplit un miracle (57e).

Juventus

- Szczesny (6,5) : un match frustrant pour le gardien polonais. Car il a sorti deux parades majestueuses en deuxième mi-temps, dont une particulièrement spectaculaire face à Ziyech. Mais il a encaissé deux buts. Sur le premier, il est abandonné par sa défense à cause d’un mauvais alignement. Sur le second, il est pris par la tête de De Ligt. Dommage pour lui.

- De Sciglio (4) : préféré à Cancelo, l’Italien a vite montré à Neres qu’il n’aurait pas le loisir de remettre le même but qu’à l’aller. Dur sur l’homme et vigilant défensivement, il a tué dans l’oeuf les velléités du Brésilien. Sûrement ce qui lui était demandé, certes au détriment d’une présence offensive menaçante. Cependant, son match est aussi marqué par sa remontée trop nonchalante qui permet à Van de Beek de ne pas être hors-jeu et de marquer le but du 1-1... Remplacé par Cancelo à la 64e minute, qui a eu beaucoup de mal à entrer dans le match et n’a pas apporté de supplément d’âme à la Vieille Dame.

- Bonucci (5) : solide et rugueux, comme à son habitude. On l’a vu jaillir à de multiples reprises devant Tadic. Le mot d’ordre était clairement l’agressivité côté Juve et le défenseur central a donné le ton, avec des interventions pleines d’énergie. Mais il a baissé de pied en seconde période et se fait prendre lui aussi sur le but de De Ligt.

- Rugani (4,5) : déjà titulaire à l’aller et auteur d’un match costaud, Rugani a de nouveau étalé ses qualités, avec notamment quelques sorties de balle convaincantes. Sauf que les choses ont changé en seconde mi-temps et que la pression s’est accentuée sur la défense turinoise. Et là, Rugani a eu du mal à surnager et à cadenasser un Tadic bien plus influent.

- Alex Sandro (6) : une prestation réussie de la part du latéral brésilien en première période. On l’a vu arpenter avec énergie son couloir, proposant toujours une solution intéressante. À l’image de ses coéquipiers, beaucoup de jus et une grosse activité. Dans les duels, il a aussi pris le dessus sur son adversaire direct, Ziyech. Même en seconde mi-temps, lorsque l’Ajax a repris les choses en main, il n’a pas laissé beaucoup d’espaces dans son couloir.

- Pjanic (6,5) : une première période énorme dans l’engagement physique et l’orientation du jeu. On le sentait surmotivé, désireux de faire oublier le souvenir du match aller où l’entrejeu néerlandais avait trop souvent pris le dessus. Alors le Bosnien était omniprésent, sur tous les points chauds, tout en gardant une grande lucidité balle au pied. Il tire le corner qui aboutit au but de Cristiano Ronaldo, sauve un ballon de but pour l’Ajax d’un tacle désespéré, mais cela n’aura pas suffi. Il méritait mieux.

- Can (4) : une grosse débauche d’énergie de la part de l’international allemand, qui a impulsé un pressing intense et des remontées de balle hargneuses. Mais il a peu à peu décliné et surtout peiné à vraiment aérer le jeu des siens. Présent dans le combat, mais pas inspiré techniquement.

- Matuidi (4) : comme Can, son volume de courses a été très utile en première période pour étouffer les Néerlandais. Le Français a excellé dans le pressing, beaucoup moins dans l’utilisation du ballon. Il n’a pas démérité, mais lui aussi a subi les foudres adverses en seconde période.

- Bernardeschi (3) : invisible ou presque. Pourtant, il y avait de quoi faire en première mi-temps, celle où la Juve a eu le plus d’opportunités, mais l’Italien n’a pas existé. Présent sur aucune occasion franche, coupable de trop nombreuses pertes de balle, il n’a pas su faire parler sa qualité technique. Ses crochets courts n’ont pas pris et il a logiquement cédé sa place à Bentancur dans le dernier quart d’heure.

- Dybala (5) : un début de match convaincant, avec des prises de balles tranchantes, dans un rôle de faux numéro 9. Il a su conserver le ballon dos au but à plusieurs reprises malgré son déficit de taille, et de gabarit, par rapport aux défenseurs bataves. Auteur de la première frappe cadrée de la rencontre, d’une superbe demi-volée du pied gauche, bien captée par Onana (22e). Mais après ce tir, on ne l’a quasiment plus vu. Il était sûrement diminué et déjà touché à la cuisse. Il s’est fait en tout cas remplacer à la pause par Moise Kean (4). Jamais servi dans de bonnes conditions, il a proposé quelques appels, mais n’a pas eu l’occasion de briller. Une frappe dévissée et c’est à peu près tout. Bien cadenassé par la paire Blind-De Ligt.

- Ronaldo (5,5) : cela ressemblait à une soirée de Ligue des Champions comme les autres pour l’international portugais. Un but de la tête sur corner, une envie débordante sur le pré, tout se passait bien. Mais au fil des minutes, l’inquiétude a gagné les rangs de la Juve en même temps que la confiance gonflait les pieds néerlandais. Et Ronaldo n’a rien pu faire pour éviter le cauchemar. Hormis son but, il n’a quasiment rien eu à se mettre sous la dent, mais il s’est démené pour tenter de créer des brèches dans la défense. Sans réussite. Averti en fin de rencontre pour un tacle plein de frustration.

Ajax

- Onana (5,5) : il a connu une première frayeur balle au pied, lorsque son dégagement a été contré par Emre Can (5e), mais heureusement pour lui le ballon a filé en six mètres. Par la suite, il n’a pas eu beaucoup de travail, captant proprement une reprise de Dybala (22e) et une remise de De Ligt, au duel avec Ronaldo (78e). Sur le but du Portugais (1-0, 28e), il ne peut rien, en étant abandonné par sa défense.

- Veltman (6,5) : le Néerlandais a bien protégé son côté droit, forçant les Turinois à s’engouffrer dans l’axe pour pénétrer dans la surface adverse. Comme Sinkgraven, il s’est contenté de défendre, sans trop s’engouffrer dans la moitié de terrain adverse, où ses rares incursions se sont conclues sur des centres imprécis. Cela a payé, puisque la Juve a eu beaucoup de mal à exister offensivement ce soir.

- De Ligt (8) : quelle nouvelle masterclass du défenseur de 19 ans ! Il a commencé son match en patron, repoussant chacune des offensives de la Juventus, mais il semble qu’il soit responsable sur le but de Ronaldo (1-0, 28e), où le déplacement du Portugais le mystifie. Cela ne l’a pas perturbé, puisqu’il a continué à museler les attaquants turinois par la suite. Comme souvent, son jeu de la tête a été précieux, comme lorsqu’il a bien dégagé un centre dangereux de Matuidi (45+4e), ou sur corner, où sa reprise passe au-dessus des cages de Szczęsny (63e). C’est d’ailleurs du crâne qu’il va permettre aux siens de prendre l’avantage, lorsqu’il catapulte au fond des filets adverses un bon corner tiré par Schöne (1-2, 67e).

- Blind (7,5) : solide en début de partie, comme son compère De Ligt, il a bien tenu son poste tout au long de la rencontre, et a fait un tacle déterminant sur Emre Can, qui allait débouler seul dans la surface gardée par Onana (40e). Il n’arrive pas à bien rabattre sa tête sur un corner dans la surface turinoise (51e). En fin de rencontre, il a été présent pour éteindre les deniers espoirs adverses, en marquant bien les attaquants de la Juve.

- Mazraoui (non noté) : suspendu au match aller, le Marocain a cette fois-ci dû quitter ses coéquipiers prématurément, lorsque sa cheville a tourné après un duel avec Dybala (7e). Remplacé par Daley Sinkgraven (note : 6) (10e), qui a bien tenu son aile, sans pour autant trop oser s’exposer offensivement. Il a été à la hauteur de le rencontre, et a chipé plusieurs ballons importants dans les pieds adverses, avant d’être à son tour remplacé, par Lisandro Magallán (82e).

- Schöne (7,5) : le Danois a été courageux, multipliant les efforts physiques pour aider son équipe au milieu de terrain, avec des passes souvent précises à son actif (93%). Ses premiers coups de pied arrêtés n’ont pas toujours été très précis, mais c’est sur un de ses corners, frappé de façon sortante, que Matthijs de Ligt marque le second but de l’Ajax (1-2, 67e). Trois minutes plus tard, il tire un coup franc qui frôle la lucarne de la Juve (70e).

- De Jong (5,5) : longtemps incertain avant la rencontre, il a finalement pu prendre place dans le onze de départ, et a mal débuté son match, perdant plusieurs ballons facilement. Après une première mi-temps compliquée, il a relevé la tête, participant aux belles combinaisons de son équipe.

- Van de Beek (8,5) : lire ci-dessus.

- Ziyech (6) : on n’a pas beaucoup vu l’ailier droit en première mi-temps, qui n’a pas toujours été bien positionné. Il n’a toutefois pas ménagé ses efforts, et était souvent là pour effectuer un bon replis défensif. C’est lui qui tente sa chance, aux 20 mètres, sur le but de Van de Beek (1-1, 34e), lorsque le Néerlandais contrôle cette frappe, et ajuste Szczęsny. En seconde période, il a, comme le reste de l’attaque de l’Ajax, haussé son niveau de jeu, en affolant la défense turinoise. Il voit son tir dans la surface être arrêté magnifiquement par le portier polonais (52e), avant de marquer un but, d’une superbe frappe dans le petit filet opposé turinois, finalement refusé pour hors-jeu (79e). Remplacé par Klaas-Jan Huntelaar (88e), qui a pu participer à la fête avec ses coéquipiers.

- Tadic (5,5) : le Serbe a été absolument invisible en première période, un peu à l’image de ses coéquipiers d’attaque, où il a été sevré de ballons. Il a été bien meilleur en seconde période, nous gratifiant d’un joli geste technique dans la surface adverse pour servir Ziyech (51e). Son centre dangereux, suite à une contre-attaque explosive, aurait pu arriver idéalement dans les pieds de Ziyech, si Pjanic n’était pas revenu in extremis (62e).

- Neres (6) : il n’a pas beaucoup touché le cuir en début de partie, mais a toutefois su être parfois dangereux, comme lors de ce petit festival dans la surface de réparation turinoise, où il combien bien avec Ziyech (21e), avant que Van de Beek n’envoie le cuir au-dessus. Mieux au retour des vestiaires, il sert parfaitement Tadic sur un contre mené à cent à l’heure, où Pjanic sauve ses coéquipiers (62e). Il aurait pu inscrire un but, mais sa reprise, suite à un service de Ziyech, est passée à côté des cages de Szczęsny (74e).