Cristiano Ronaldo, forcément

Analyser le football à travers le prisme des individualités peut souvent être (très) réducteur, mais dans ce cas précis, force est de constater que le départ de Cristiano Ronaldo a eu des conséquences assez importantes pour celle qui est désormais son ex-équipe. C’est simple, Cristiano Ronaldo était la référence devant. Le finisseur de l’équipe, qui terminait la majorité des actions bien qu’il ne soit pas un pur attaquant de pointe, létal dans la surface. Capable de marquer des buts de pur renard, profitant d’erreurs des défensives rivales, comme de s’offrir des réalisations somptueuses qui font le tour du monde. Le moindre ballon traînant dans la surface ou dans ses abords pouvait terminer au fond.

Forcément, un joueur qui sent tellement le but est difficile à remplacer. Si Benzema a réussi à "récupérer" une partie des buts qui sont partis avec le Lusitanien, le vide est toujours là. Mieux, le Portugais n’était pas qu’un leader sur le terrain, mais il transmettait sa mentalité de gagnant en acier trempé au reste de ses partenaires. Un leadership qu’on ne retrouve pas chez des joueurs comme KB9 ou Gareth Bale, indépendamment des qualités de chacun. C’est aussi un joueur qui faisait peur aux rivaux, et qui nécessitait bien souvent des marquages individuels à deux pour le neutraliser, ce qui laissait plus de libertés à ses partenaires du front de l’attaque. Dans un registre complètement différent, Eden Hazard va récupérer le flambeau... Ce match face au PSG sera une belle opportunité pour le Belge de montrer ce dont il est capable.

Des cadres qui ont baissé le pied... sauf Benzema

Mais le départ de la star portugaise est loin d’être la seule explication à cette légère baisse de régime du club de la capitale espagnole. Lorsque l’on regarde les joueurs présents dans l’effectif actuel, une question peut légitimement se poser. Qui affiche aujourd’hui un meilleur niveau qu’à l’époque ? Pas grand monde, il faut le dire. Seul Karim Benzema peut aujourd’hui se regarder dans une glace et se dire "je suis meilleur qu’il y a un an et demi". L’attaquant tricolore s’est redécouvert une facette de buteur qu’il avait plutôt laissée dans l’armoire lorsqu’il partageait l’attaque avec Cristiano Ronaldo, et il sort d’une saison à 21 buts. Il a lancé son exercice 2019/2020 sur les mêmes bases, et affiche 4 buts au compteur en autant de journées de Liga. Aujourd’hui, Karim Benzema est un patron de l’équipe, ce qui n’était peut-être encore pas le cas à l’époque, où il n’était "qu’un" joueur important du système de Zidane. Il a également pris une place plus importante dans le cœur des supporters.

Mais pour les autres, le constat est effectivement bien moins flatteur. Forcément, on est obligé de parler de ce milieu de terrain composé de Luka Modric et de Toni Kroos. Les années passent forcément, notamment pour le Ballon d’Or 2018, et la composante physique entre en compte. La baisse de régime du Croate - a priori absent face à Paris - et de l’Allemand a logiquement eu un impact colossal sur cette animation offensive madrilène un peu en berne. Marcelo, lui aussi absent, est également un symbole de cette petite déchéance des tauliers madrilènes. S’il est toujours aussi efficace dans les derniers mètres, plus les années avancent et plus il affiche de lacunes sur les séquences défensives. Même un joueur comme Raphaël Varane, pour qui l’âge ne peut pas être une explication, affiche parfois un niveau inquiétant, pas toujours aidé par son compagnon de charnière Sergio Ramos qui alterne lui aussi le bon, le mauvais et le parfois très mauvais.

Peu de sang neuf dans le onze titulaire

On dit souvent que c’est quand une équipe gagne qu’elle doit être renouvelée, afin d’éviter que les joueurs s’installent dans une zone de confort, et maintenir une concurrence stimulante au sein de l’effectif. Au Real Madrid, la régénération de l’effectif tant attendue par les supporters n’a finalement pas eu lieu. Seuls deux joueurs recrutés lors des deux mercatos estivaux qui ont suivi la double confrontation entre les deux clubs vont être titulaires indiscutables cette saison : Thibaut Courtois et Eden Hazard. Le noyau dur n’a pas changé, même si certains joueurs comme Vinicius Junior ont réussi à tirer leur épingle du jeu par séquences, profitant des nombreuses blessures dans l’effectif. Le revenant James Rodriguez a lui aussi une carte à jouer.

Une situation d’ailleurs un peu paradoxale, puisqu’à l’époque, on avait globalement plus de rotation et un onze de gala moins précis. Des joueurs comme Marco Asensio ou Mateo Kovacic étaient ainsi régulièrement utilisés, et pas seulement dans les petits matches pour faire souffler les titulaires habituels. Du côté de Madrid, beaucoup de supporters regrettent en tout cas ce manque de concurrence, avec un Zinedine Zidane qui s’appuie sur la même base de 13 à 14 joueurs, et on attendait plus de départs cet été. Pourtant, le Français a eu ces dernières années un effectif qui lui aurait permis d’effectuer une transition générationnelle intéressante, avec des éléments comme Dani Ceballos ou Marcos Llorente qui ont été priés de faire leurs valises. La ligne de quatre en défense et le trio du milieu titularisé lors de la finale cette année-là face à Liverpool est aujourd’hui le même qui est toujours utilisé par le Français dans les grosses rencontres.

Une assise défensive perdue

Le Real Madrid n’a jamais été réputé pour sa solidité derrière ces dernières années. C’est surtout son efficacité devant qui a fait la différence lors de ses derniers succès européens, mais les Merengues restaient une formation qui savait souffrir et laisser le cuir à l’adversaire, capable d’encaisser les offensives adverses sans forcément prendre trop de buts. La donne a changé aujourd’hui, et cette équipe madrilène est très fébrile derrière. Heureusement pour eux, le PSG ne pourra pas compter sur ses meilleurs éléments, mais même des équipes comme Levante ou Valladolid ont posé énormément de soucis à l’arrière-garde de la Casa Blanca.

Ces problèmes peuvent s’expliquer par des soucis individuels, avec un duo Ramos-Varane souvent problématique, dans les duels ou dans le marquage. Les latéraux sont eux très souvent pris dans leur dos, et les adversaires du Real Madrid n’hésitent pas à insister sur les côtés pour se frayer des chemins vers la surface, ce qu’ils arrivent généralement à faire sans trop de soucis. Mais il faut aussi noter la composante collective, et tout démarre par la ligne d’attaque, qui ne fait pas toujours l’effort de lancer le premier pressing. Le milieu est lui aussi souvent assez perméable, avec un Casemiro qui se retrouve très souvent seul, et cela fait que les adversaires attaquent parfois en égalité voire en supériorité numérique. C’est d’autant plus vrai sur les situations de contre-attaque pour les rivaux du club de la capitale, où le positionnement très haut de Marcelo et de Carvajal expose complètement la charnière. Autre donnée à prendre en compte pour ce choc face à Paris, Éder Militão disputera son premier match officiel de la saison en tant que titulaire, n’ayant que quelques minutes face à Levante au compteur.

Une équipe moins étoffée, en partie à cause des blessures

Le onze titulaire du Real Madrid est aujourd’hui a priori moins fort qu’à l’époque si on se fie à l’état de forme de chacun de ses composants, en plus du départ de Cristiano Ronaldo. Mais il n’y a pas que ça à prendre en compte, surtout à l’heure où l’effectif de Zinedine Zidane est miné par les blessures musculaires. Certains secteurs sont très limités, plus quantitativement que qualitativement, à l’image du milieu de terrain. Le seul vrai milieu relayeur présent sur le banc n’est autre que Fede Valverde, absent pour ce match, et c’est probablement James Rodriguez qui couvrira l’absence de Modric. Zinedine Zidane doit faire du bricolage donc, même si le Colombien est aussi à l’aise dans ce rôle. Casemiro lui n’a pas de remplaçant, et Zizou pourrait se retrouver dans de beaux draps en cas de blessure ou suspension du Brésilien.

Sinon, en dehors du milieu, les postes sont doublés presque partout, mais le niveau de beaucoup de ces doublures reste encore incertain. Il faut dire que le timing du match n’est pas forcément très bon - c’est aussi le cas pour le Paris Saint-Germain - et les joueurs arrivés pour garnir le banc madrilène n’ont pas encore eu l’occasion, ni le temps de prouver leur valeur. En sortie de banc, Zinedine Zidane peut ainsi s’appuyer sur Luka Jovic, mais le Serbe n’a pas encore réussi à reproduire ses prestations de la saison dernière. Lucas Vazquez reste un joueur assez intermittent, alors que Vinicius Junior affiche encore d’énormes soucis dans le dernier geste. Des solutions qui n’apportent donc que peu de garanties pour donner un second souffle à l’équipe. En face, le Paris Saint-Germain a lui réglé ses problèmes de profondeur de banc, même si les Franciliens sont eux aussi handicapés par les blessures et les suspensions pour cette rencontre de mercredi.

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