FootMercato : Tout d’abord, comment allez-vous ?

Éric Carrière  : Et bien écoutez, tout va bien.

FM : Vous avez annoncé l’arrêt de votre carrière au terme de cette saison. Pourquoi cette décision ?

ÉC : Tout simplement parce que, après réflexion, je me suis rendu compte qu’il était temps d’arrêter. Je commence à ressentir une certaine lassitude. J’aime toujours le football mais il y a des contraintes liées au métier qui sont un peu plus dures à supporter.

FM : De quelle manière cette réflexion a-t-elle mûri ?

ÉC : Depuis trois à quatre ans, je me pose des questions à chaque fin de saison. À 33 ans, beaucoup de joueurs arrêtent donc je me posais des questions depuis cet âge là. Suis-je apte physiquement ? Suis-je capable mentalement de faire les efforts ? Et à chaque fois je me disais que je pouvais continuer. Mais depuis quelques mois, j’ai de nouveau entamé cette réflexion et je me suis rendu compte qu’il était temps d’arrêter.

FM : On parle souvent de petite mort quand un footballeur arrête sa carrière. L’avez-vous ressenti ainsi ?

ÉC : Pas pour le moment. J’ai vécu une carrière qui n’était pas vraiment prévue au programme. J’ai le sentiment d’avoir fait le maximum de ce que je pouvais faire. J’ai progressé régulièrement donc je n’ai pas de gros regrets. En plus de ça, ma carrière est longue puisque là j’ai bientôt 37 ans et je joue encore. Peu de joueurs le font. J’ai bien profité donc je le vis bien. Mais bon, je n’ai pas encore arrêté. Peut-être que dans trois mois vous allez me rappeler et je vous dirai que c’est quand même dur (rires). Mais je ne pense pas. Je continuerai à jouer avec des potes, quoiqu’il arrive.

FM : Depuis cette annonce, des amis du milieu vous ont-ils appelé ?

ÉC : Non. Ah si, je dis une bêtise. Il y a Frédéric Née que j’ai connu à Lyon et qui m’a laissé un petit message. J’en ai discuté un peu avec Nicolas Gillet. Et bien évidemment, il y a les joueurs avec qui je joue.

Plusieurs voies pour sa reconversion

FM : Que comptez-vous faire au terme de cette saison ?

ÉC : La seule chose qui est sûre, c’est que je suis toujours passionné de foot. J’ai donc toujours envie de continuer dans le milieu du football. Mais c’est vrai que j’ai aussi besoin de souffler. Pendant un ou deux ans, j’ai envie de couper et de poursuivre la formation d’entraîneur que j’ai commencé. Pourquoi ne pas faire une formation de manager sportif également d’ailleurs ?

FM : Beaucoup d’anciens footballeurs décident de devenir commentateurs sportifs. Cette idée pourrait vous plaire ?

ÉC : J’ai déjà eu l’occasion de commenter, notamment en radio. Quand on est passionné de foot, c’est toujours agréable de voir des matches de haut niveau et de donner son avis donc c’est quelque chose qui ne me déplairait pas. Sur certains matches, ça pourrait être enrichissant.

FM : Vous êtes arrivé tard dans le milieu du foot puisque vous aviez entamé des études universitaires. Cela pourrait-il vous donner envie de changer complètement de voie ?

ÉC : Si je ne trouve pas un projet intéressant, pourquoi pas. À Dijon, il y a un plan assez sympa qui se construit à long terme, encore faut-il que toutes les personnes concernées soient toujours en adéquation. J’ai surtout envie de travailler avec des gens avec qui je me sens bien et qui ont des façons de voir les choses qui sont similaires. J’ai trop vécu de petites guerres en interne dans certains clubs et ça ne me plaît pas trop.

FM : Des discussions ont-elles été entamées avec Dijon pour rester dans l’organigramme du club ?

ÉC : Oui, il y a eu des discussions dans la mesure où avec le président on s’entend très bien. Il a tout à fait compris que j’avais besoin de souffler un peu après ma carrière de footballeur. Pour le moment, j’ai besoin de respirer mais il est intéressé pour que j’entre dans le club et que je contribue à ce projet intéressant qu’est la montée en Ligue 1 dans les années à venir.

Retour sur une carrière riche

FM : Quels souvenirs gardez-vous de votre carrière ?

ÉC : J’ai vécu des aventures différentes à chaque fois. Le premier club professionnel, le FC Nantes, m’a permis de connaître mon premier titre de champion de France et j’y ai appris énormément de choses. Ce sont des moments uniques. Et après, à Lyon, j’ai remporté trois titres. C’était impressionnant de voir comment ce club touchait au haut niveau et était bon sur la durée. Et après, Lens, un club plus familial avec une ferveur exceptionnelle. Maintenant je termine à Dijon, un club qui a de l’avenir, qui a envie de se développer et qui m’a permis de prendre du plaisir en Ligue 2.

FM : Vous n’avez pas connu l’étranger. Est-ce un regret ?

ÉC : Non. Je n’ai pas eu d’opportunités énormes. Et puis je n’ai pas un profil pour jouer en Angleterre. J’aurais pu jouer en Espagne car le jeu me correspond bien. Quand Raynald Denoueix est parti à la Real Sociedad, ça aurait pu me plaire de le rejoindre. Mais en fait, j’ai toujours privilégié les clubs français. Et puis on est quand même bien dans notre cher pays français.

FM : Vous avez été élu meilleur joueur du championnat en 2001 mais en vous écoutant, on constate que vous ne retenez que les expériences collectives. Est-ce que vous arrivez encore à vous retrouver dans ce sport collectif où les individualités prennent de plus en plus d’importance ?

ÉC : Ça s’est d’autant plus individualisé que les enjeux sont de plus en plus importants. Le football est un sport collectif mais c’est vrai qu’il y a beaucoup de comportements individualistes. Et c’est vrai que pour moi, le football est un jeu basé sur le collectif. Je n’ai pas de grosses qualités athlétiques donc j’ai toujours pris appui sur le collectif. Mais c’est justement ça qui est génial, sans grosses qualités athlétiques on peut arriver à battre les meilleurs. Donc oui, ça m’énerve quand je vois des joueurs individualistes, je n’aime pas ça. Par exemple, j’aime bien Iniesta car il a un comportement hyper collectif. Zidane pouvait faire des exploits individuels, mais toujours pour le bien du collectif. Les nouvelles générations ont été bercées dans la surmédiatisation des gestes techniques et se retrouvent là-dedans. Mais quand je vois jouer le FC Barcelone, je me dis que le football reste avant tout un sport collectif et ça c’est beau.

FM : Vous avez aussi porté le maillot de l’équipe de France. Est-ce une consécration ?

ÉC : Ah oui ! Surtout que j’y suis allé juste après les titres de 1998 et de 2000. Il y avait donc des joueurs de très haut niveau qui avaient de la personnalité, des égos assez forts pour certains, mais qui se rejoignaient dans leur manière de voir le foot. On jouait souvent en une ou deux touches de balle, on aimait jouer ensemble.

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