FM : Pierre Ferracci, vous êtes président du Paris FC depuis 2012. Dans quel état aviez-vous trouvé le club à l’époque ? Vous vous étiez vous fixé un objectif sportif à moyen terme ?

PF : je suis rentré dans le club en 2007. J’ai pris en 2009 la présidence de l’association, je me suis occupé des jeunes. On a mis progressivement les jeunes au plus haut régional plus national. J’ai été amené à prendre l’ensemble de la direction du club en 2012 suite à un conflit avec Guy Cotret le président de l’époque. On a eu des divergences d’intérêt et je me suis retrouvé à la tête du club. Quand je suis arrivé, le club était assez loin du compte sur le plan des jeunes. Il venait d’arriver de CFA en National. Il restait du chemin à faire pour aller en Ligue 2. C’est arrivé pour la première fois en 2015 et on est resté qu’un an en L2 avant de revenir en National. Fort heureusement, on est remonté tout de suite parce qu’on a gardé la ligne du projet de base et on a continué à investir dans la structuration du club.

FM : avez-vous toujours l’ambition de faire du Paris FC le 2e club de Paris au plus haut niveau ?

PF : très franchement, je ne vois pas d’autres clubs que nous pour y arriver. Tout le monde a échoué parce qu’on s’est d’abord préoccupé de l’équipe première, ce qui est un objectif en soi. Moi j’ai commencé par établir des fondations et par m’occuper des jeunes. Parce que je pense que le moteur de cette équipe, qui doit monter en L1 à un moment ou à un autre, doit être la formation des jeunes. Pourquoi ? Parce quand je me suis lancé dans cette aventure, j’ai rencontré quelqu’un qui faisait autorité dans le football et qui s’appelait Arsène Wenger. Il m’a dit en gros : "si tu veux faire un deuxième club à Paris, mets la formation en coupe réglée parce que le bassin parisien est le meilleur du monde avec celui de São Paulo au Brésil. C’est le potentiel le plus extraordinaire qui soit dans lequel tous les clubs européens se servent depuis des années. Pour concurrencer le PSG, il faut mettre d’autres moyens que des dizaines et des centaines de millions d’euros. Il faut regarder la formation et exploiter le formidable potentiel du bassin francilien. C’est pour cela qu’on inaugure mardi 7 mai 2019 le centre de formation du club basé à Orly, le Groupe ADP - Centre d’entraînement Paris FC agrée depuis le mois de juillet. C’est sur ces bases-là que j’ai construit le projet. Derrière, il y a l’ambition de l’équipe première, c’est d’arriver dans les 3-4 ans en Ligue 1. On ne veut pas faire plus vite que la musique. Après si ça arrive plus vite, on assumera, on ne va pas non plus faire la fine bouche. Mais on va y arriver en bâtissant des fondations solides. Il y a le centre de formation, mais aussi la fusion qu’on a faite avec Juvisy au niveau du football féminin. On se retrouve en D1 chez les femmes juste derrière le PSG et l’OL. Le club est bien armé pour la dernière étape, qui est la montée en L1. Ce n’est pas un drame si on passe deux ou trois ans en L2, l’essentiel est que le centre de formation se développe parce qu’il sera le moteur économique et sportif du club. Si ça vient plus vite avec les barrages, même s’il ne faut pas se faire trop d’illusions, ça va être très difficile. Les barrages c’est un chemin de croix. Et si ça vient plus vite et on assumera et puis on réglera un peu plus vite que prévu les problèmes qu’il reste à gérer et notamment celui du stade qui est un problème essentiel.

FM : les barrages s’annoncent compliqués, mais malgré tout vous êtes toujours dans la course pour y participer avec toujours la possibilité de monter en L1. Si le club monte, allez-vous faire venir des nouveaux investisseurs pour permettre au Paris FC de s’inscrire dans la durée parmi l’élite ?

PF : bien sûr. Si on a la chance de monter en L1 plus vite que prévu l’an prochain ou même cette année, il y a des partenaires qui vont arriver plus vite, soit comme sponsor soit dans le tour de table que je vais élargir comme je l’ai annoncé en 2019. C’est évident que la Ligue 1 rend le club encore plus attractif. Aujourd’hui je discute avec des investisseurs qui veulent rentrer, qui veulent racheter le club, qui veulent prendre une participation minoritaire pour certains, majoritaires pour d’autres. Le club est déjà très attractif et pourquoi ? Parce qu’il a un centre de formation dont tout le monde sait qu’il va devenir un centre de formation d’excellence, on attire aussi parce qu’on est à Paris. À Paris, il y a le PSG et que Paris est un beau nom et fait quand même rêver. C’est un projet qui est extrêmement attractif et beaucoup plus que certains ne le sont sur le territoire français sans manquer de respect aux uns et aux autres. À partir de là, l’attractivité pour les investisseurs en capital et les sponsors sera décuplée quand on sera en Ligue 1 et il est déjà très fort en Ligue 2.

Un centre d’entrainement ultra moderne à 7 M€ pierre angulaire du projet

FM : votre club a profondément changé depuis deux ans. Vous avez désormais un vrai centre d’entraînement, vous allez être doté d’un centre de formation. Ce sont des vrais outils pour durer dans le monde pro non ?

PF : il manquait non seulement l’installation et l’agrément du centre de formation, mais aussi des conditions de travail normales pour l’équipe première qui est en Ligue 2 et pour l’équipe première féminine qui est en Division 1. On s’est entraîné durant plusieurs années dans des conditions qui étaient très loin du compte. Aujourd’hui, on a des conditions quasiment idéales qui sont parmi les meilleurs de Ligue 2. On a investi lourdement à Orly, un investissement de l’ordre de 7 M€, ce qui est énorme pour un club de L2. On a des conditions idéales avec notamment un terrain hybride chauffé, 5 terrains, des vestiaires et des conditions de réception qui sont aux normes de la L2 voire même de la Ligue 1. Ça change la vie du club. Ce n’est pas un hasard si on fait une bonne saison cette année. Tout ça fait partie du projet...

FM : reste un problème, et il est de taille, le stade Charléty.

PF : c’est évident qu’on est bien à Charléty aujourd’hui. Mais Charléty en L1 tel qu’il est constitué actuellement, ça ne suffit pas. Il faut le transformer profondément. Il faut négocier avec les acteurs de Charléty, la ville, la fédération française d’athlétisme, l’architecte. C’est un parcours d’obstacle qui n’est pas forcément facile, mais qui sera obligatoire en Ligue 1. On peut fonctionner un ou deux ans dans cette configuration en Ligue 1 ou alors s’exiler à Jean Bouin. Mais ça ne peut être que temporaire. Ensuite il faudra que Charléty soit aux normes de la Ligue 1. Je ne parle pas des normes sportives parce qu’elles sont faciles à obtenir, mais en termes de réceptif, d’hospitalité, pour recevoir les partenaires, pour avoir des spectateurs et de supporters accueillis dans de bonnes conditions, il faudra transformer profondément le stade.

FM : comme le PSG et l’OL, vous avez réussi à créer un Naming autour de votre centre d’entraînement avec ADP. Comme un club de L2 tel que le vôtre réussit là où de nombreux clubs de L1 échouent ?

PF : le potentiel du bassin parisien, on peut l’utiliser de manière performante. ADP est venu parce qu’il croit en notre projet. En plus, la proximité des pistes d’Orly est un enjeu fort. Il y a des enjeux de territorialités qui sont importants pour le club et pour ses partenaires. Aujourd’hui, on a Vinci, on a ADP, on vient de signer Orange pour l’équipe féminine. Voyez bien qu’il y a des grands groupes qui croient dans ce projet et pourtant on est toujours en Ligue 2. Pourtant, les grandes entreprises ne sont pas faciles à convaincre quand on essaie de les faire venir dans le football. Il y a une attractivité qui est indéniable et qui nous sert. Mais aussi parce qu’on travaille de façon correcte. L’attractivité de Paris, si vous n’avez pas un projet sportif cohérent, ça va rester lettre morte. Paris existait déjà il y a quarante ans et certains ont échoué dans la construction de ce projet.

FM : à défaut d’être clinquant, votre recrutement est très malin malgré un turn-over assez important. Quels sont les raisons et les secrets de cette réussite ?

PF : il y a quelques cadres qui sont partis l’an dernier. Notre coach, qui est parti en L1 à Caen. Hervé Lybohy qui a signé à Nîmes, Malik Tchokounté (12 buts en L2 l’an passé avec le Paris FC) qui a rejoint Mercadal à Caen. Après on a remplacé Mercadal par un coach d’excellence, Mecha Bazdarevic. On a remplacé les joueurs qui sont partis par des joueurs de grande qualité. Thomas Delaine nous a quittés pour rejoindre Metz, et on a pris le petit Peraud qui nous a été prêté par Nice et qui nous a mis 4 buts de plus de 20 mètres. Il est aujourd’hui suivi par des clubs de L1 et ce n’est pas sûr que Nice le récupère. Le projet sportif est géré de la même manière que le projet matériel et financier, petit à petit, on investit, on améliore l’équipe. Je trouve que l’équipe est meilleure que l’an dernier sans faire injure à ceux qui étaient là l’an dernier. Il y en a qui sont toujours là. Il y a des formes de continuité aussi. On vient de prolonger Vincent Demarconnay pour sa douzième année de présence au club. Notre gardien est dans le top 5 des gardiens ayant fait le plus de clean sheet en Europe. J’ai conservé aussi Pierre Dréossi quand on est descendu en National et ça nous a permis entre autres choses de remonter très vite. On voit ce qui part, mais on ne voit pas ceux qui restent et les éléments qui remplacent ceux qui partent et qui sont aussi bons voire meilleurs que ceux qui partent.

FM : vous aviez parlé en juillet 2018 d’un possible partenariat avec un grand club européen qui pourrait se conclure en 2019. Avez-vous avancé sur ce dossier et que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

PF : on avance sur ce dossier. Par moment quand j’annonce quelque chose, ça prend parfois plus de temps parce que la vie est compliquée, mais en général ça se fait. On avance sur l’ouverture du capital, on avance sur le sponsoring, on avance sur le partenariat avec un club européen et il y a peut-être un lien entre ces trois éléments d’ailleurs...