Coupe du Monde 2022 : Neymar traverse un nouveau tourbillon médiatique au Brésil

Alors que le Brésil fera son entrée dans la compétition, face à la Serbie ce soir, lors de la première journée du groupe G, la star de la sélection, Neymar traverse depuis plusieurs mois une vraie tempête dans les médias nationaux. Pourtant attendu au tournant pour offrir la sixième étoile tant rêvée par plus de 215 millions de Brésiliens, le joueur du PSG est loin de faire l'unanimité dans son propre pays en raison de certaines sorties remarquées qui ont fait couler de l'encre dans la presse auriverde.

Neymar sous le maillot du Brésil
Neymar sous le maillot du Brésil ©Maxppp
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Longtemps considéré comme le Petit Prince de Santos, Neymar est aujourd'hui plus que jamais l'enfant terrible du Brésil. Très loin de jouir d'une popularité indéfectible dans son propre pays, comme ce fut le cas de certaines légendes telles que Ronaldo, le joueur du Paris Saint-Germain doit utiliser cette Coupe du monde au Qatar (20 novembre - 18 décembre) pour renouer des liens avec les 215 millions de Brésiliens. Une nouvelle désillusion de la génération portée par Neymar serait la goutte de trop dans la carrière mouvementée du numéro 10. Plus de vingt ans après le sacre de 2002, le natif de Mogi das Cruzes peut se racheter en offrant la sixième étoile sur l'écusson brésilien.

Entre ses soutiens à Bolsonaro, ses tacles très bancals envers des légendes brésiliennes, son très long procès à Barcelone ou encore son conflit avec Lula, Neymar Jr. (121 sélections, 75 buts) enchaîne les déboires extra-sportives qui plongent tous les supporters brésiliens entre doute, colère et tristesse qui se sentent pour la plupart vexés et agacés par celui qui peine à ramener le Brésil au sommet du football mondial avec seulement une Coupe des confédérations remportée en 2013, à son palmarès.

Walter Casagrande dans son viseur

Ancien joueur professionnel, Walter Casagrande a vivement critiqué l'attitude de Neymar durant la campagne présidentielle, mais aussi le comportement puéril et individualiste du joueur sur le terrain. En réponse, le Brésilien de 30 ans avait liké plusieurs messages sur les réseaux sociaux qui se moquaient de la dépendance aux drogues de Casagrande, notamment celui-ci : «Pour changer, le 'crack' Casagrande met son nez là où il ne faut pas. Il veut que l'équipe brésilienne se transforme en poussière...», alors que ce dernier a lutté plusieurs années contre ses addictions. Aujourd'hui commentateur des matchs à la télé, il est encore très populaire et apprécié des supporters brésiliens par son passé politique et social.

Mais voilà Neymar s'est attaqué à la mauvaise personne : certains athlètes sont considérés comme intouchables au Brésil. Dans la lignée de Sócrates, Casagrande est de cette trempe révolutionnaire qui ont changé la société brésilienne grâce à des actions militantistes, inscrites dans cette «démocratie corinthiane » crée dans le club du Corinthians en 1982. Plus grand mouvement idéologique de l'histoire du football brésilien, le slogan était le suivant : «Gagner ou perdre, mais toujours avec la démocratie». Cette génération dont faisait partie Casagrande a transposé leurs combats footballistiques au pays tout entier pour y amener une dimension sociale.

Dirigée par un groupe de footballeurs politisés tels que Sócrates, Wladimir, Casagrande, Zé Maria et Zenon, cette équipe politisée servait de plateforme médiatique aux joueurs afin d'apporter du renouveau à la société brésilienne, alors touchée de plein fouet par la dictature militaire de João Figueiredo de 1979 à 1985. C'est une période de l'histoire du Corinthians, au cours de laquelle des décisions importantes telles que les signatures de contrats, les règles de professionnalisations, le droit de consommer des boissons alcoolisées en public, la liberté d'exprimer des opinions politiques et autres, ont été validées par le vote égalitaire de ses membres, créant une sorte d'«autogestion» de l'équipe.

Des positions pro-Bolsonaro

Neymar n'est pas à son premier coup d'éclat en cette fin d'année. Depuis plusieurs mois, l'attaquant de 30 ans ne s'est pas caché à afficher son fidèle soutien au président d'extrême-droite, Jair Bolsonaro qui était candidat à sa réélection. Avec son père, ils ont mis en place une vaste communication en faveur du candidat du Parti libéral, à tel point que son image et ses messages publiés sur les réseaux sociaux sont apparus comme un véritable outil de propagande électorale gratuite. Neymar a même ouvertement utilisé l'équipe brésilienne en disant qu'il dédierait son premier but marqué au Qatar à son président. Cette prise de position divise le peuple brésilien et installe une certaine gêne en ce début de Mondial.

Un vrai malaise persisterait dans le vestiaire de la Seleção depuis que la star du PSG a rompu le pacte tacite signé par les internationaux auriverde. Il aurait été décidé en accord avec la Confédération brésilienne de football (CBF) que les internationaux ne prendraient pas position durant la campagne présidentielle, traversant ainsi les élections présidentielles sur la pointe des pieds. Le climat de polarisation et de tension, omniprésent au Brésil depuis plusieurs mois, a malheureusement envahi le groupe brésilien après le duel le plus serré de l'histoire politique brésilienne, entre Luiz Inácio Lula da Silva et Jair Bolsonaro, finalement remporté par le candidat de gauche à 50,9 % des voix. Il est le premier président à perdre une réélection depuis la redémocratisation du pays en 1985.

Des milliers de partisans de Lula s'étaient réunis, le dimanche soir de la victoire de l'ancien président (2003-2011), sur l'avenue Paulista, au cœur de Sao Paulo, point de rencontre pour la célébration des titres de clubs locaux et des grands événements politiques. Dans ce rassemblement, le «Ney» a été moqué en raison de son penchant pour l'extrême droite avec des chansons déjà virales : «Neymar, il va falloir déclarer (tes impôts ndlr.)». D'ailleurs, son image est devenue un meme sur les réseaux sociaux, cette fois ridiculisée pour ses convictions totalitaires.

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