Franz Beckenbauer est mort

Par Chemssdine Belgacem - Josué Cassé
10 min.
Franz Beckenbauer s'est éteint à l'âge de 78 ans. @Maxppp

Mythe absolu, considéré comme une force révolutionnaire ayant transformé le jeu et couronné de tous les succès, Franz Beckenbauer, souvent surnommé "l’Empereur" et "le Kaiser", s’est éteint à l’âge de 78 ans. Victime d’un infarctus oculaire qui lui avait fait perdre la vue de l’œil droit il y a un an, le double Ballon d’Or, également affaibli par deux opérations du cœur, a finalement rejoint Pelé, Diego Maradona, Just Fontaine, Johan Cruyff ou encore Bobby Charlton au panthéon des légendes de ce sport. Retour sur la carrière de ce fils de postier né en 1945 et devenu la lumière du football allemand.

Ce sont forcément des nouvelles dont chaque amoureux du football aimerait se passer. Pourtant, elles ont tendance à se multiplier ces derniers mois de manière dramatique. Alors que des légendes du ballon rond sont mortes au cours des dernières années, le microcosme du football a également perdu l’un de ses plus dignes représentants ce lundi. Considéré par beaucoup comme l’un des plus grands défenseurs de l’histoire, Franz Beckenbauer s’est éteint à l’âge de 78 ans après des semaines de lutte contre la maladie. L’information provient de la famille qui avait déjà fait part de l’inquiétude autour de l’état de santé de l’ancienne icône du Bayern Munich. Aveugle de l’œil droit, le double Ballon d’Or avait par ailleurs subi plusieurs opérations au cœur. Surnommé le Kaiser dès l’année 1968, ce dernier laisse derrière lui une carrière riche, que cela soit sur le terrain ou dans les hautes sphères de clubs prestigieux. Passé par le New York Cosmos, où il a exhibé ses talents de footballeur à l’instar de Pelé participant ainsi à sa renommée internationale, Beckenbauer avait remporté la Coupe du monde en 1974 en tant que joueur puis en 1990 avec la RFA en tant que sélectionneur avant de faire sensation dans l’organigramme de l’OM puis sur le banc du Bayern Munich.

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Pour rentrer plus dans le détail de la légende de Beckenbauer, il faut remonter encore plus loin. Convoqué pour la Coupe du monde 1966 malgré son jeune âge et les critiques subséquentes, Beckenbauer ne se fait pas prier pour briller. Inscrivant quatre buts, dont une superbe frappe face à Lev Yashin en demi-finales contre l’URSS, l’intéressé tombe finalement en finale contre l’Angleterre (2-4) malgré un superbe marquage individuel sur Bobby Charlton tout au long de la rencontre. Quatre ans plus tard, face à ces mêmes Anglais en quarts, l’Empereur prendra finalement sa revanche en marquant et en qualifiant l’Allemagne, menée 2-0 dans ce choc au sommet. D’ores et déjà considéré comme un leader à part entière malgré ses 24 ans, Beckenbauer chutera, à nouveau, lors de la demi-finale contre l’Italie à Mexico, une rencontre qu’on qualifiera plus tard de « match du siècle ». À la 70e, son épaule droite se luxe après un contact. Le bras en écharpe, la main sur le cœur, il continue de courir pendant cinquante longues minutes, preuve vivante qu’il y a des tripes derrière la classe. La Nazionale finit par l’emporter 4-3 grâce au but à la 111e de Gianni Rivera, mais l’Allemagne et surtout Beckenbauer méritent les honneurs. La suite est un récital où Franz Beckenbauer ne sera presque plus jamais battu. Résultat, une Coupe du monde en 1974, une Coupe d’Europe des nations en 1972, une Coupe intercontinentale en 1976, trois Coupes d’Europe des clubs champions en 1974, 1975 et 1976, une Coupe des Coupes en 1967, plusieurs Championnats de RFA (1969, 1972, 1973, 1974 et 1982), des États-Unis lors de son passage au New York Cosmos (1977, 1978 et 1980), et quelques Coupes de RFA (1966, 1967, 1969 et 1971) pour couronner le tout. Un véritable monstre.

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L’Empereur qui incarnait le renouveau de l’Allemagne

«Et à quoi, au fond, reconnaît-on l’épanouissement physique ? À ce qu’un être épanoui fait du bien à nos sens ; à ce qu’il est taillé dans un bois qui est à la fois ferme, tendre et odorant. Il n’a de goût que pour ce qui lui fait du bien ; son plaisir, son envie cessent là où la mesure de ce qui convient est franchie. Il invente des remèdes contre les lésions, il exploite à son avantage les hasards malencontreux : ce qui ne le fait pas périr lui donne des forces. D’instinct, de tout ce qu’il voit, entend et vit, il amasse son propre capital : il est un principe de sélection, il élimine bien des choses. Il est toujours dans sa société bien à lui, qu’il commerce avec des livres, des hommes ou des paysages ; par son choix, il honore ce qu’il a choisit, ce qu’il admet, ce à quoi il fait confiance. À toutes sortes de sollicitations, il réagit lentement, avec cette lenteur dont une longue prudence et une fierté délibérée lui ont imposé la discipline. Bien loin d’aller au-devant d’elle, il examine attentivement la sollicitation qui se présente à lui. Il ne croit ni à la "malchance", ni à la "faute" : il vient à bout de lui-même et des autres, il sait oublier - il est assez fort pour que tout, nécessairement, tourne à son avantage». Issus d’Ecce Homo, publié en 1888, ces mots de Friedrich Nietzsche, l’un des plus grands penseurs allemands, résonnent alors avec une force particulière à l’heure de retracer la carrière légendaire d’un de ses semblables : Franz Beckenbauer, couronné de mille succès mais finalement vaincu, à l’âge de 78 ans, par d’innombrables soucis de santé.

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Né dans le quartier ouvrier de Giesing, sur les ruines de Munich, le 11 septembre 1945, le futur Empereur ne le sait pas encore mais il incarnera très vite le renouveau d’une Allemagne, jusqu’alors, sous occupation alliée. Qu’importe le mépris de son père - Franz Sr, employé postal - pour le football, Beckenbauer fils s’adonne rapidement à sa passion : le ballon rond. Avec le mur du jardin comme premier adversaire, il répète ses gammes. L’exigence comme seul maître mot. «Ce mur était le plus honnête des coéquipiers. Si tu faisais une passe correcte, tu la récupérais correctement», confiait-il plus tard. Agé de 9 ans seulement, il rejoint les rangs du SC Munich '06 en tant qu’attaquant fan de Fritz Walter, ancien buteur du FC Kaiserslautern, et déterminé à l’idée de rallier Munich 1860. Un rêve qui devient réalité quelques semaines plus tard puisque Franz Beckenbauer débarque du côté du Bayern, à cette époque jugé comme parent pauvre de la Bundesliga. Exclu des sélections de jeunes par la Fédération allemande de football après avoir refusé d’épouser sa petite amie, enceinte, il bénéficie finalement du soutien de Dettmar Cramer, ancien entraîneur-adjoint de la sélection, pour réintégrer la Nationalmannschaft. L’Allemagne était alors tout proche de passer à côté de sa légende. Beckenbauer de la sienne. Pourtant, l’histoire ne faisait que débuter. Talent précoce, celui qui évolue dans un rôle de milieu de terrain crève ainsi l’écran pour sa première saison complète avec l’équipe première, en Regionalliga Süd (17 buts, participant activement à la promotion du club bavarois).

Un passage à Marseille remarqué

Aussi à l’aise dans la position de libéro - un rôle qu’il n’a, si ce n’est inventé, du moins révolutionné - que celui de milieu de terrain, celui que l’on surnommera le taureau, le bombardier ou encore le nettoyeur aura, quoi qu’il en soit, marquer l’histoire du Bayern Munich mais plus globalement celle de son temps. Malgré une fin de carrière douloureuse du côté de Hambourg (1980-1982), la faute à de nombreuses blessures, après trois années passées outre-Atlantique, l’Allemand, qui s’est éteint à l’âge de 78 ans, aura également marqué l’histoire du football en tant qu’entraîneur. Dans la continuité de sa personnalité observée sur les terrains, il n’en fera aussi qu’à sa tête dans la peau de sélectionneur. En 1986, il mène ainsi une Nationalmannschaft décimée par les blessures en finale, stoppée dans son élan 3-2 par l’Argentine d’un Diego Maradona sublime passeur. Comme toujours, il revient quatre ans plus tard pour prendre sa revanche. Une victoire qui fait de lui un demi-dieu, alors que sa campagne victorieuse, en tant qu’organisateur, tout en hélicoptère de 2006 fait de lui le « Lichtgestalt des deutschen Fußballs » (l’éblouissante lumière du football allemand, ndlr). Pour retracer l’intégralité de son règne, comment également ne pas citer son aventure sur la Canebière. Juillet 1990, Bernard Tapie prend le contrôle d’Adidas, et l’Allemagne vient donc d’être sacrée championne du monde. Plus qu’un jeu à trois bandes, la venue de Beckenbauer sur le Vieux-Port répond à la volonté farouche de Bernard Tapie de soulever la C1.

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Pour autant, l’aventure ne se passera pas comme prévu. Successeur de Gérard Gili, jusqu’alors invaincu en début de saison avec sept victoires et deux nuls, le Kaiser s’incline contre Cannes (0-1) pour sa première sur le banc marseillais. «Si cela n’a pas marché, ce n’est pas à cause de la barrière de la langue ou de Bernard Tapie, mais parce que je ne voulais pas être mêlé à tout ça. Je suis aussitôt allé voir Tapie et je lui ai dit : ne m’en veux pas, mais je m’en vais», confiait alors Beckenbauer, refroidi par le contexte sulfureux de l’OM et finalement remplacé par Raymond Goethals à la fin du mois de décembre 1990. Avec un piètre bilan de huit victoires, deux nuls et cinq défaites, le double Ballon d’or refuse toutefois de partir comme un voleur et accepte de terminer la saison en tant que directeur sportif. «Le changement fut incroyable. Partout où l’OM de Beckenbauer passait, il n’était plus traité de la même manière. Il nous a apporté tout ce que l’on n’avait pas. Avec Beckenbauer, l’OM est devenu un club très discipliné. Sa part dans notre succès en Ligue des champions en 1993 est énorme», confiait finalement Bernard Tapie, convaincu par l’apport de son ex-prestigieux collaborateur. Légendaire sur les terrains, remarquable sur les bancs, Franz Beckenbauer nous a finalement quitté après plusieurs mois de lutte contre la maladie.

Opéré plusieurs fois au coeur, Beckenbauer était devenu aveugle de l’oeil droit

Après sa courte idylle en terres phocéennes, Franz Beckenbauer décide alors de retrouver son amour de toujours, le Bayern Munich. En devenant président du Bayern Munich en 1994, l’Empereur est également nommé vice-président de la Fédération allemande de football en 1998. Des responsabilités qui lui permettent encore plus de renforcer sa légende dans l’histoire du football d’outre-Rhin. Remplacé par Uli Hoeness à la tête du club bavarois en 2009, il continue d’occuper divers rôles plus ou moins importants à la Fifa. Forcément, traiter de près ou de loin avec l’organisme régent du football mondial au tournant des années 2010 n’est pas sans danger : Beckenbauer est alors accusé de corruption pour les attributions de plusieurs Coupes du monde (2006, 2018 et 2022).

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Outre ses démêlés judiciaires, l’ancien roc de la RFA a aussi la douleur de perdre l’un de ses fils, Stephan, touché par une tumeur au cerveau. C’est alors que l’état de santé de Beckenbauer va commencer à se dégrader. Subissant deux opérations cardiaques en 2016 et 2017, le natif de Munich à 78 ans a également dû se faire opérer à la hanche en août 2018. Affaibli par son cœur, il perdit la vue de son œil droit lors de ses derniers mois d’existence. Et tandis que Gerd Müller s’est éteint en 2021, la fin du règne de l’Empereur a finalement sonné ce lundi pour le plus grand dam des amoureux du football à travers le monde.

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