Premier League

Manchester City : pourquoi l’Espagne se réjouit du malheur de Pep Guardiola ?

Embourbé dans une crise sans précédent avec Manchester City, Pep Guardiola fait des heureux en Espagne. Et ils sont d’ailleurs nombreux à se féliciter de son malheur.

Par Jordan Pardon
3 min.
Pep Guardiola @Maxppp

«Nul n’est prophète en son pays» selon l’expression cliché, dont l’équivalent espagnol doit résonner avec force dans l’esprit de Pep Guardiola… Enfin, encore faudrait-il qu’il se considère véritablement espagnol. Car à l’image d’un Kylian Mbappé, mais pas nécessairement pour les mêmes raisons, le technicien espagnol a souvent été victime de son succès dans son pays de naissance, à savoir l’Espagne. Aujourd’hui, ses sorties de routes répétées avec Manchester City sont d’ailleurs célébrées comme une victoire par certains de ses compatriotes. Forcément, d’un point de vue extérieur, cette situation peut surprendre, mais dans le pays de Cervantes, pas vraiment. S’il a évolué pendant 11 années au Barça, entre 1990 et 2001, puis officié et tout raflé comme entraîneur entre 2008 et 2012, Guardiola n’a jamais montré de profonds attachements ni exprimé un quelconque sentiment d’appartenance à l’Espagne.

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Pire, il a même affiché, voire martelé ses revendications et prises de position pour l’indépendance de la Catalogne, au préjudice de l’entité espagnole. Ce qui a pu heurter certaines sensibilités, et écorner son image. «Les gens sont heureux des défaites de Guardiola parce qu’il a été international 47 fois avec l’Espagne, a raccroché les crampons, et le lendemain, il a déclaré qu’il était un indépendantiste catalan. Beaucoup pensent que Guardiola est un personnage hypocrite, car il ne l’a jamais montré (ses convictions indépendantistes quand il jouait). Je me suis sentie trompée personnellement, explique la journaliste espagnole Juanma Rodríguez pour Relevo. Il aurait pu faire comme Oleguer Presas (un ancien joueur du Barça qui avait renoncé à jouer pour l’Espagne, car il se sentait davantage Catalan qu’Espagnol). Quand on ne veut pas, on démissionne». Pour rappel, Guardiola avait tout de même participé aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, sous les couleurs de l’Espagne, puis à la Coupe du Monde 1994 et à l’Euro 2000.

Des raisons politiques, mais aussi une personnalité très clivante

S’il garde une cote de popularité importante en Catalogne, Pep Guardiola ne peut pas en dire autant dans la capitale, Madrid, où beaucoup de personnes lui vouent un profond rejet. Il y a forcément des motivations liées à la rivalité entre le Barça, club de sa vie, et le Real Madrid, qu’il a souvent éparpillé lors des Clasicos, mais sa personnalité très clivante y est aussi pour beaucoup. « «Il y a un facteur qui explique ce désamour pour Guardiola : son arrogance. Les gens voient en Guardiola un individualiste, une personne qui veut uniquement tracer son chemin, et qui se couvre de fausse modestie, en disant parfois qu’il n’est pas le meilleur, mais, qui, au fond, pense qu’il est là pour écrire l’histoire.»

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Peut-être que prendre les rênes de la sélection espagnole ces dernières années, lorsque la Roja patinait et continuait de se chercher après le départ de Vicente del Bosque, aurait pu lisser son image auprès du peuple espagnol. Mais Guardiola n’en a jamais vraiment montré l’envie, et c’est pour cette raison qu’il a davantage été lié aux sélections brésilienne et anglaise dernièrement. Autre élément de réponse qui pourrait expliquer l’euphorie créée en Espagne par ses malheurs récents : la rareté de ses échecs. En dirigeant le Barça, le Bayern Munich et maintenant Manchester City, Guardiola n’a pas vraiment eu besoin de dribbler 1000 obstacles pour gagner des titres, ce qui lui est d’ailleurs parfois reproché. «Il a toujours bien fait et les gens attendaient de voir comment il réagirait quand les choses allaient mal», explique la journaliste du Chiringuito. C’est la rançon de la gloire, et pour une fois, la capacité de rebond de Guardiola va être mise à l’épreuve.

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