Rodez, Ugo Bonnet : « je n’avais plus en tête d’être professionnel »

Arrivé en équipe 3 au Rodez Aveyron Football à l'âge de 17 ans, Ugo Bonnet (26 ans) a débuté par les divisions régionales. Comme son club, celui qui bossait encore comme pion l'an dernier a gravi doucement les échelons, jusqu'à se retrouver cette saison en Ligue 2. Déjà buteur à cinq reprises, ce qui lui a valu une nomination pour les trophées de joueur du mois de septembre, l'attaquant savoure son bonheur de découvrir le haut niveau, lui qui avait fait une croix sur une carrière professionnelle depuis longtemps déjà.

Ugo Bonnet, buteur ce jour-là face à Orléans
Ugo Bonnet, buteur ce jour-là face à Orléans ©Maxppp

Foot Mercato : comment pourriez-vous qualifier ce début de saison avec Rodez (14e de Ligue 2 avec 12 points en 10 matches) ?

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Ugo Bonnet : c'est un peu mitigé. On a fait 5/6 bons matches d'entrée. On a montré qu'on était capables de bien figurer dans ce championnat. Après, on est tombés dans la vraie Ligue 2, face à des équipes qui nous avaient bien analysées dans notre début de championnat. Elles nous ont mis en difficultés. C'est vrai que sur les trois derniers matches, on a eu plus de mal. Ça reste un bon début de championnat dans l'ensemble, mais ça pourrait être un peu mieux sur les trois derniers matches. L'effet de surprise a un peu disparu. Avec la vidéo, les clubs nous ont bloqués. Maintenant, il nous faut peut-être montrer des choses différentes tout en restant nous-mêmes. Il ne faut pas dénaturer notre jeu.

FM : à titre personnel, vous réalisez un joli début de saison avec 5 buts marqués et une passe décisive en 10 matches, vous vous attendiez à démarrer aussi fort ?

UB : je savais que j'étais capable de bien figurer, de marquer des buts en Ligue 2. Marquer 5 buts en 7 matches, là ça fait 3 matches que je n'ai pas marqué. C'est vrai qu'au début, je n'étais pas étonné mais j'étais plutôt content de moi. Comme j'ai toujours dit, je suis capable en National 1 de marquer des buts, j'ai prouvé que je pouvais être un bon buteur. Ça m'encourage à travailler encore plus, et à marquer encore dans ce championnat.

FM : vous avez été tout de même nommé pour le trophée de joueur du mois de septembre en Ligue 2, ça doit être une belle récompense...

UB : c'est sûr que c'est une belle satisfaction cette nomination aux trophées UNFP. Je ne connais pas encore le résultat (l'interview a été réalisée avant la connaissance des résultats qui ont donné le Lorientais Yoane Wissa vainqueur, ndlr), mais être nommé dans les trois meilleurs joueurs, c'est déjà quelque chose d'assez énorme. C'est surtout de représenter Rodez. Je suis un peu à l'image de l'équipe en ce début de saison.

«En Ligue 2, la moindre erreur, on la paye cash»

FM : avez-vous des objectifs personnels et collectifs ?

UB : on a bien sûr l'objectif du maintien, mais un bon maintien, pas à l'arraché en fin de championnat. Au niveau personnel, j'avais fixé 10 buts au début de saison. Aujourd'hui, j’espère arriver à 15 buts. Bon, après les chiffres ne sont pas vraiment ma source de motivation première. Je privilégie le collectif et les différents épisodes que l'on va traverser dans ce championnat. Il faudra surtout être décisif. Être mené 4-0 et marquer le but du 4-1, ça ne m’intéresse pas forcément. Je veux surtout être décisif. Il va falloir que je montre mon instinct de buteur dans les matches où ça sera serré.

FM : quelles sont vos premières impressions sur la Ligue 2, un championnat que vous avez découvert en juillet alors que vous aviez déjà 25 ans ?

UB : c'est un championnat qui est assez compliqué, plus que le National 1, ça c'est sûr. C'est surtout au niveau tactique et technique que l'on sent une différence. La moindre erreur, on la paye cash. Dès qu'on fait une erreur, l’adversaire exploite cette faille. Ce championnat est dur pour ça. Il faut être vigilant et concentré tout le temps. Un mauvais contrôle ou une passe mal assurée peut coûter cher derrière.

FM : aviez-vous encore cet objectif de devenir professionnel ?

UB : j'aurais dit non si on m'avait dit ça il y a deux ans, quand on a fini champion de CFA. C'était déjà un bon niveau. Je n'avais jamais mis cet objectif en tête, à part quand j'avais 16/17 ans où j'avais toujours cette envie d'être professionnel. Mais à un certain âge, je m'étais dit que la CFA, c'était déjà un bon niveau. On avait quand même des salaires en CFA et ça me permettait de vivre du foot. À côté, je pensais à ma vie professionnelle.

Surveillant au lycée jusqu'à l'an dernier

FM : vous aviez fait une croix définitive sur une carrière pro dans le foot ?

UB : oui honnêtement, je n'avais plus en tête d'être professionnel. Déjà un peu après le bac, puis surtout quand j'ai eu mon BTS vers 19/20 ans, je savais que le monde professionnel, plus on montait dans les âges, plus ça allait être compliqué. Je m'étais fait une raison. Après, sans être professionnel, je savais que je pouvais jouer à un bon niveau en m'accrochant. Le foot me plaisait, le jeu me procure du plaisir et ça me fait avancer.

FM : qu'avez-vous fait comme études ?

UB : j'ai fait un BTS NRC (Négociation et Relation Client) en alternance. Ça me permettait d'avoir un salaire à la fin du mois et de pouvoir vivre à Rodez car je suis de Montpellier. Par la suite, avec les entraînements en CFA qui avaient lieu le matin, ça ne me permettait plus d'avoir un métier à côté. J'ai trouvé un boulot de surveillant dans un lycée à mi-temps à Rodez. J'ai fait ça pendant 4 ans. Jusqu’à la mi-saison l'an dernier, j'avais un quart-temps. Je ne voulais pas rester uniquement dans le foot puis j'avais un peu de temps libre. J'avais besoin de penser à autre chose tout en restant dans la vie active. Je ne pensais pas du tout au monde pro. Même l'année dernière quand on nous parlait de Ligue 2 et qu'on jouait la montée toute la saison, c'était difficile d'y croire. J'ai commencé seulement à y penser quand c'est arrivé.

FM : ce n'était pas même fantasmé ou dans un tout petit coin de votre tête ?

UB : non, l’objectif était devenu la montée, mais je ne me rendais pas compte que j'allais être professionnel. Je m'en suis rendu compte une fois la montée acquise. Surtout, on allait monter en Ligue 2 et j'ai ressenti tout de suite une autre médiatisation. C'est ça aussi la grosse différence avec le National 1, c'est une médiatisation beaucoup plus forte. Tu changes de monde. C'est un nouvel univers alors que ça reste le même sport finalement.

«Pourquoi pas un jour accrocher la Ligue 1»

FM : vos coéquipiers parlent souvent de vous comme de quelqu'un qui ne lâche jamais rien. À la vue de votre parcours, ça semble assez bien vous définir...

UB : oui c'est vrai. Je ne me suis jamais mis de barrière, mais jamais d’objectif non plus. C'est ce qui m'a fait avancer. Je n'ai jamais lâché même dans les moments difficiles. J'ai toujours su m'accrocher à quelque chose. Ici, il est certain que des gens m'ont toujours poussé, ils ont cru en moi. Ça a été une force. Je n'ai jamais pris la grosse tête. J'ai passé petit à petit les étapes qui se sont offertes à moi et j'ai saisi ma chance au bon moment. Je ne me suis pas fixé de limite. Je croquais à pleine dent dans ce qu'on m'offrait. Jouer en CFA, c'était déjà un truc énorme. En National, je donnais tout et aujourd'hui en Ligue 2, ce n'est que du bonheur. On veut rester là-dedans le plus longtemps possible.

FM : on a la sensation que vous avez déjà touché du doigt un rêve qui semblait inaccessible. Qu'est ce que vous pouvez encore espérer pour la suite ?

UB : un bon maintien avec le club. Personnellement, on peut toujours rêver d'aller plus haut. Pourquoi pas un jour accrocher la Ligue 1. Ce n'est pas un objectif en soi, mais si je peux y arriver, ça serait vraiment magnifique.

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