Futsal : Aissa Saffi et le FC Chavanoz, le souffle du quartier en première division

Né dans la tête d'une bande d'amis de la cité du Moulin Vilette et toujours habité par l'âme du quartier, le FC Chavanoz (futsal) découvre la première division ce samedi.

Aissa Saffi, tête pensante du FC Chavanoz
Aissa Saffi, tête pensante du FC Chavanoz ©Maxppp

Été 2008. Une petite dizaine d’amis déambulent dans la cité du Moulin Villette, planquée au sud de la commune de Chavanoz (Auvergne-Rhône-Alpes). Comme d’habitude. Il faut dire, les temps sont durs. Aissa Saffi, personnalité appréciée du groupe, jette un œil dans le rétro. « On était une bande de copains issue d’un quartier prioritaire et c’était une période compliquée au niveau professionnel pour plusieurs d’entre nous », commence-t-il. Ce dernier, qui a connu la CFA avec Saint-Priest, se remet tout juste des croisés. L’histoire classique, dont on ne raconte jamais la fin.

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Puis, vient une idée. Basée sur pas grand-chose, hormis une passion : le ballon. Elle naît d’une opportunité, bien sûr. « On avait un collègue qui faisait des études de droit dans la région lyonnaise et qui a monté une équipe de futsal, poursuit Aissa. Ça a duré une ou deux années et quand il a passé le concours du barreau il a vite arrêté. Et nous, on a récupéré les statuts à ce moment-là. On a décidé de faire une équipe sur un coup de tête, avec d’anciens footballeurs et des mecs issus du quartier.» Le FC Chavanoz sort de terre.

«C’est parti d’une histoire rocambolesque, pour arriver à une équipe qui est aujourd’hui en D1»

Évidemment, l’aventure débute au plus bas de la pyramide. Mais, chaque année ou presque, le club grimpe d’un cran. Aissa est désormais entraîneur, son CV plaide pour lui. En parallèle l’équipe s’étoffe mais garde son noyau dur : « sur une douzaine de joueurs l’an passé (de l’équipe 1, ndlr), les trois quart ont commencé lors des deux premières années », explique le coach. Et de cette rage initiale qui suinte encore, se crée une identité : « c’est le fait de ne rien avoir. Sortir de cette situation ou du moins faire sortir quelques gars de cette situation, c’est le rêve que l’on s’est fixé. »

Une marque de fabrique qui se base d’ailleurs sur un groupe essentiellement formé de joueurs de la région, du cru, qui sont ensuite développés et amenés au niveau de l’équipe une. Illustration parfaite de cette volontée : l'académie, créée courant 2015. La méthode a fait ses preuves, puisque le FC Chavanoz découvrait l’élite ce samedi. « C’est parti de rien, d’une histoire rocambolesque, pour arriver à une équipe qui est aujourd’hui en D1 », résume souriant Aissa.

«La culture à la Nantaise, c’est ce qui se rapproche le plus de ce qu’on veut faire»

Comment ? En mettant la cause avant l’individus, toujours. Si la plupart des joueurs du FC Chavanoz a été initiée au futsal jeune et possède de véritables qualités footballistiques, l’accent est mis sur le collectif. « C’est un jeu ultra collectif et très créatif, basé sur l’intensité des efforts répétés, explique Aissa, avant d’aller plus en profondeur : l’idée c’est de jouer ensemble, tout en ayant de la créativité, un côté un peu surprenant et culotté que l’on a gardé depuis des années et qui est typique. La culture à la Nantaise, c’est ce qui se rapproche le plus de ce qu’on veut faire. Ce n’est pas basé sur les qualités individuelles - même si on a des joueurs qui, individuellement, sont très forts - mais sur le fait de mettre son talent au profit du collectif. »

Un collectif huilé, aussi, par des galères communes. Tous les joueurs, le staff et l’encadrement sont en effet amateurs et cumulent, avec cette activité, un travail. Pas forcément une évidence en première division où plusieurs joueurs, bien qu’ils ne soient pas professionnels, reçoivent des rémunérations (par le biais de primes de match ou en étant embauché dans l’entreprise qui sponsorise le club). Haris Belkaibech (25 ans, ailier) est par exemple administrateur des ventes sur une plateforme logistique de 6 à 16 heures, avant de rejoindre l’équipe à 19. Ahmed Haouli (32 ans, gardien de but) est, lui, kinésithérapeute du sport et gére son emploie du temps en fonction des matches ou des entraînements. Aissa, l’un des rares salariés du FC Chavanoz, est pour sa part adulte-relais et « œuvre dans le quartier pour développer le secteur sportif, pour attirer un maximum de jeunes et atténuer la délinquance. »

Un modèle peu commun qui va se frotter au haut niveau cette saison. Après deux montées successives, la marche sera-t-elle trop haute, trop précipitée ? Possible, reste que le vent du Moulin Vilette continuera de souffler fort derrière le FC Chavanoz : «c’est vrai que c’est arrivé très rapidement (d’atteindre l’élite, ndlr). Donc pour se structurer et anticiper toutes les problématiques, c’est compliqué. On rentre dans un très grand bain alors que l’on a encore une structure qui reste très petite. On va tout faire pour lutter sportivement, maintenant on a une saison entière pour se structurer et mettre à flot le club», lâche lucide Aissa Saffi.

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