La grinta.Les supporters du Paris SG (2001-2004) et de l’Olympique de Marseille (2009-2011) se souviennent encore du caractère volcanique de Gabriel Heinze. Rugueux, dur sur l’homme et opiniâtre, l’Argentin, également passé par Manchester United (2004-2007), le Real Madrid (2007-2009) ou encore l’AS Roma (2011/12), représentait le défenseur de devoir par excellence. Sélectionné à 72 reprises avec la sélection albiceleste (3 buts), le natif de Crespo a décidé de se lancer dans une carrière de coach. Après une saison à Godoy Cruz, il officie depuis juin à Argentinos Juniors, actuel 2e de Nacional B, équivalent de la Ligue 2, à seulement 2 longueurs du leader Guillermo Brown. Au cour d’un long entretien accordé au quotidien argentin La Nacion, il a évoqué cette reconversion, affichant sans détour ses doutes et ses difficultés.

« Quand j’ai commencé ma carrière d’entraîneur, je voulais garder une certaine distance, être loin du joueur. Mais j’ai appris que j’avais tort, il faut toujours être plus proche des joueurs, parce qu’ils ont beaucoup de problèmes. L’entraîneur ne doit pas seulement donner des consignes aujourd’hui, il faut endosser beaucoup d’autres responsabilités. Les jeunes ont besoin de toi, ils te demandent des conseils en permanence. Et si le jeune réussit, il apprécie que tu t’occupes de lui et il te demande encore plus de temps. Il y a de tout. Parfois, ils viennent directement demander des conseils et à d’autres moments, tu dois te rendre compte que ça doit venir de toi, qu’ils ont besoin de toi », a lâché celui qui avait décliné la possibilité de devenir adjoint de Marcelo Bielsa à l’OM en 2014/15, laissant entendre que le footballeur avait changé.

Pas franchement emballé par le métier d’entraîneur

« Beaucoup de joueurs ne savent pas de quoi est fait ce métier. Ils savent qu’ils doivent taper dans un ballon, mais ils ne savent pas qu’à certains moments, ils doivent le faire de telle ou telle façon... Ils ne savent pas que ce métier demande d’autres qualités que de simplement savoir être bon balle au pied : il y a un moment pour tout, mais il faut principalement faire attention, parce qu’une carrière, c’est court... Être bon footballistiquement ne suffit pas, être professionnel, c’est beaucoup plus que ça », a-t-il glissé, lui le modèle de longévité et d’engagement. Face à ces changements dans le monde du football, il semble perdu, voire désabusé, là où ses compatriotes Diego Simeone ou Marcelo Gallardo semblent habités sur le bord du terrain.

Au point d’abandonner son poste ? Il répond, en toute franchise. « Il manque beaucoup de choses dans ce club, qui va très mal... mais je ne m’attarderai pas dessus parce que tout le monde le sait déjà. Je cherche à savoir comme lutter contre toutes ces choses. Il y a certaines choses auxquelles je ne trouve pas de réponse et d’autres si. (...) Je veux essayer de tout régler sur mon banc. Mes joueurs me donnent la force pour continuer. Mais je sais aussi que, si tu n’aides plus un joueur à gagner, il n’y a plus de relation de dépendance », a-t-il expliqué, lui qui souhaite ne pas critiquer les arbitres, qu’il reprenait pourtant souvent lorsqu’il était à l’intérieur sur le rectangle vert. « Ils n’ont pas les outils pour bien travailler. (...) Je ne vais pas leur rajouter de la pression, ce serait de la folie ».

Un poil fataliste, le gaucher, qui espère pouvoir mener son écurie vers la montée en Primera A, se demande même s’il est vraiment fait pour le coaching. « Cette expérience me rendra plus fort, à coup sûr... si je choisis de continuer dans cette voie à l’avenir. Pourquoi arrêter ? Parce qu’on ne prend pas de plaisir. Je ne profite pas du tout. Le contexte du football argentin pèse-t-il ? Non... c’est personnel. Ça me regarde. Il y a des gens qui prennent du plaisir dans cette fonction (...). Peut-être que quand je serai plus vieux, je pourrai en profiter davantage. J’aime le football, mais je ne sais pas si je vais pouvoir continuer cette vie longtemps », a-t-il conclu. Entier, Gabriel Heinze ne mâche pas ses mots.