FM : comment vous vous êtes retrouvés à La Corogne (prêté par Hebei depuis le mois de janvier) ?
Gaël Kakuta : ça s’est fait un peu à la dernière minute. On est plusieurs joueurs du Hebei Fortune à avoir eu l’option de partir en prêt donc j’en ai profité pour rentrer en Espagne.

FM : l’Espagne était la priorité ou c’était la seule offre concrète ?
GK : C’était la première offre concrète et puis ça m’arrangeait, puisque c’est le championnat qui me convenait le plus. J’avais envie de retrouver la Liga.

FM : retrouver un entraîneur offensif (Garitano) était un argument supplémentaire ?
GK : c’est quand même un club avec une grande histoire. Je n’allais pas jouer n’importe où. C’est une équipe qui aime jouer au ballon, très offensive et moi ça m’arrange parce que c’est exactement ce que j’aime. Le coach a montré qu’il avait une grosse envie que je vienne et ça aussi c’est une chose importante. Du coup, je n’ai pas hésité et je ne regrette pas du tout mon choix.

FM : on vous a parlé de votre rôle, de votre temps de jeu ?
GK : quand j’étais au Rayo, l’entraîneur a suivi mes performances. Quand il a vu que je pouvais partir, il en a profité pour faire le maximum pour que je puisse venir ici. L’accueil était parfait, ils m’ont fait ressentir qu’ils étaient contents que je vienne ici. Tout se passe bien.

FM : est-ce que vous avez envie de rester sur le long terme ?
GK : oui exactement, il faut que je reste à un endroit plusieurs années, que je gagne en stabilité et développe mon football.

FM : est-ce que la Corogne ou un autre club peut s’entendre avec Hebei ?
GK : on peut toujours trouver un terrain d’entente. Pour le moment, j’appartiens toujours à Hebei, je ne peux pas trop parler de ça.

FM : c’était un problème d’entraîneur à Hebei ?
GK : non, rien à voir, je m’entendais très bien avec le coach (Manuel Pellegrini, ndlr). Mais ils n’ont droit qu’à 5 joueurs étrangers, et lui aussi a des objectifs à atteindre. On lui met un peu la pression, du coup, s’il peut faire son équipe, il va faire son équipe. Moi, je n’avais aucun problème avec lui.

FM : vous envisagez de revenir en Chine et de refaire un an là-bas ?
GK : je suis toujours sous contrat là-bas, encore deux ans après cette saison.

FM : comment ça se passe en Chine pour les joueurs étrangers ?
GK : c’est vraiment une culture différente. Dans le club où je suis, on vous accueille super bien, on avait un chauffeur. Chaque joueur avait son chauffeur, son traducteur à l’entraînement, un interprète à l’extérieur, si moi ou ma femme en avait besoin. On avait aussi un chef qui nous préparait des plats européens.

FM : au niveau des infrastructures, c’est similaire aux clubs européens ?
GK : c’est un peu comme un centre de formation. Il n’y a pas de vestiaire, chacun a sa chambre personnelle.

FM : et les relations avec les joueurs chinois ?
GK : c’est un peu difficile pour communiquer parce qu’ils ne parlent pas tous anglais, mais sinon ça va, on s’entend bien. On est là pour le foot. Sur le terrain, les automatismes se trouvent facilement, on parle la même langue, le football. Ils ne nous regardent pas avec de grands yeux mais ils sont contents de voir des joueurs européens pour venir les aider, entre parenthèses. Ils sont contents d’apprendre de nouvelles choses.

FM : qu’en est-il du niveau, par rapport à ce que vous avez connu ?
GK : il y a quand même une différence. Ils ont une culture très différente à la nôtre. Ils courent beaucoup (rires) ! Pendant 90 minutes, ça court de partout !

Lavezzi n’est pas fou

FM : avec les joueurs étrangers, ça se passait bien ?
GK : j’étais tout le temps avec Stéphane M’Bia. Je m’entendais bien avec les autres mais j’étais plus proche de Stéphane. Il n’est pas fou du tout, il est très sérieux dans son travail, il aime bien rigoler.

FM : le vrai fou, c’est Lavezzi non ?
GK : non, il n’est pas fou du tout ! Il aime bien rigoler. Les gens interprètent de leur manière. J’ai eu la chance de le côtoyer, il n’est pas fou du tout, il est normal. Il a tout le temps le sourire. C’est quelqu’un qui travaille, qui prend son travail au sérieux. Il se prépare bien avant et après les entraînements. Les gens ne le voient qu’avec le sourire. Il ne raconte pas sa vie et il donne une mauvaise image quand on le voit au restaurant mais ce n’est pas un mec comme ça. C’est une très bonne personne, très professionnelle. D’ailleurs, j’aime beaucoup parce qu’il partage son expérience avec tout le monde. Quand quelqu’un ne comprend pas quelque chose, ou est mal positionné, il va aller lui parler gentiment, lui expliquant certaines choses qui vont améliorer ses performances.

FM : vous vous entendiez bien ensemble ?
GK : oui, on rigolait beaucoup ensemble. Il parle très bien français.

FM : les journalistes qui suivaient le PSG ne peuvent pas le savoir puisqu’il ne s’arrêtait jamais en zone mixte !
GK : C’est aussi pour ça parce que les gens lui donnent une mauvaise image. Votre travail c’est de vendre du papier donc s’il ne veut pas parler... (rires). A part ça, c’est une très bonne personne.

FM : est-ce que vous conseilleriez à un joueur d’aller en Chine ?
GK : pour moi ça ne s’est pas mal passé, j’ai une bonne expérience. Donc si on me pose la question, j’expliquerais comment ça se passe là-bas. Je ne vais pas dire si c’est bien ou pas. Le joueur prendra la décision d’y aller. Il n’y a eu que du positif pour moi.

FM : quel est le positif ?
GK : j’ai été bien accueilli, j’ai été très bien traité là-bas, je n’ai rien à dire sur les clubs chinois. J’ai été toujours payé à l’heure. Tout ce dont j’avais besoin, c’était toujours là.

FM : les gros salaires versés aux joueurs étrangers ne suscitent pas de jalousie chez les joueurs chinois ?
GK : non. Au final, quand on gagne, on a tous les mêmes bonus donc ils ne sont pas fâchés contre nous !

FM : est-ce que des clubs de Ligue 1 vous ont contacté durant le mercato hivernal ?
GK : oui, il y a eu un contact avec Saint-Étienne, mais ça n’a pas pu se faire. Les deux clubs n’ont pas trouvé d’accord, par rapport à la prise en charge du salaire.

L’aventure ratée au FC Séville

FM : Vous voilà donc de retour en Liga, là où vous avez vécu votre meilleure saison, avec le Rayo, mais là où vous avez connu une désillusion avec Séville, avant de partir en Chine.
GK : déjà à la base j’ai signé 4 ans à Séville, c’était pour rester à Séville. Séville ne voulait pas faire de prêt. J’ai décidé de partir, parce que j’avais déjà trop galéré pour quitter Chelsea. Chelsea demandait un montant qui ne correspondait pas au nombre de matches que j’avais fait. La valeur était trop élevée pour certains clubs. J’ai dû continuer à faire des prêts. Ensuite je suis parti au Rayo Vallecano. Ce que personne ne sait c’est que j’ai dû baisser mon salaire de 70 % pour aller au Rayo. Sinon j’allais rester en réserve ou ils allaient m’envoyer dans un club où je n’avais pas envie d’aller, qui ne correspondait à mon jeu. J’ai dû baisser mon salaire de 70 % pour choisir le club où aller. On avait fait ce genre de montage pour que ça arrange tout le monde. Au final, j’ai re-signé un an pour baisser mon salaire comme ça et au final ça s’est bien passé au Rayo Vallecano, j’ai fait une bonne saison. Séville m’achète. J’aurai pu aller dans d’autres clubs où on me proposait plus qu’à Séville mais je me suis dit : j’ai baissé mon salaire une fois, ça s’est bien passé donc on va encore privilégier le sportif et continuer comme ça. Si à Séville ça se passe comme au Rayo, c’est directement les top clubs européens qui viendront me chercher et l’aspect financier suivra. Je vais à Séville. Ça ne se passe pas comme je voulais, voire pas du tout. Comment dire, c’était un peu spécial. Je me retrouve dans une situation pire qu’à Chelsea, où on me traite comme si on ne voulait plus de moi. C’était super bizarre. Je me suis dit dans ma tête : ça ne se passe pas comme ça. J’ai galéré pendant plusieurs années, ça fait deux ans que je me tue comme un chien, je bosse comme un malade. Je mets tout le monde de côté pour pouvoir travailler tranquillement et faire le maximum pour pouvoir jouer. J’étais au taquet tous les jours. Pour me retrouver dans une situation comme ça. J’avais un enfant, j’allais me marier. C’est bien de penser au sportif mais après, financièrement... Je ne dis pas que je n’ai rien mais j’ai quand même une famille. Baisser son salaire pour se retrouver dans une situation comme ça, pas du tout, ça ne marche pas comme ça. Dès que j’ai eu l’offre chinoise, je n’ai pas hésité du tout.

FM : beaucoup de gens suivent votre parcours depuis votre plus jeune âge et se sont demandés pourquoi vous aviez quitté Séville aussi vite.
GK : je comprends très bien qu’il y ait beaucoup de déçus. En arrivant à Séville, j’ai vu que je ne correspondais pas à son jeu (celui d’Emery, ndlr). C’était plus une équipe qui défendait. Et à chaque fois que je me suis retrouvé dans une équipe comme ça, ça ne s’est pas bien passé du tout.

FM : est-ce que vous avez ressenti que l’entraîneur ne voulait pas de vous à la base ?
GK : je n’en ai aucune idée. J’ai plus parlé avec Monchi à l’époque. Si on m’avait traité autrement, je serais resté et je me serais battu pour ma place, c’est tout à fait normal. En plus, ils m’ont acheté blessé. Je ne m’attendais pas à jouer directement, je savais qu’il fallait me battre pour la place. Mais il y a eu trop de choses, je ne rentrerai pas dans les détails, qui ont fait que c’était impossible que je reste là-bas.

FM : vous avez été mis de côté ?
GK : oui. Avec la saison que j’avais fait avant... Pour moi ça ne marche pas comme ça du tout, il y a un minimum.

FM : le problème était Unai Emery seulement ?
GK : je n’ai aucun problème avec lui, il a sa façon de travailler qui ne correspondait pas à la mienne. J’avais mis en place avec mon préparateur physique et mon kiné personnel un programme pour être bien et en forme tout le temps. Eux, ça ne leur plaisait pas ma façon de travailler, je ne vois pas pourquoi je devais changer ma manière de faire. Je ne disais pas que je ne voulais pas m’entraîner, je m’entraînais dur tous les jours. C’est juste qu’il y a des exercices de force que je refusais de faire, tout simplement, qui faisait que je continuais à me blesser. Je suis puissant et rapide de base. Pourquoi travailler d’une manière qui me blesse ? On m’a imposé une méthode qui ne me convenait pas. Tout le monde écoutait ce qu’on leur disait. J’ai dit poliment que ça ne me plaisait pas de travailler comme ça et on m’a mis de côté. C’était impossible de revenir ensuite. Je me suis retrouvé dans une situation bizarre.

FM : psychologiquement, ça devait être un peu dur, d’arriver dans un club de plus grande envergure après avoir longtemps galéré et de ne pas vivre l’aventure attendue.
GK : oui c’était dur. J’ai fait beaucoup de sacrifices pour revenir à ce niveau-là. Pour ensuite que ça se passe comme ça... Pour moi c’était impossible de rester là-bas. J’ai fait de très gros sacrifices financiers en plus.

Ses multiples prêts à Chelsea

FM : à Chelsea, vous n’aviez pas votre mot à dire sur les clubs où vous étiez prêtés ?
GK : quand un salaire est très élevé, c’est difficile de trouver un accord avec un club pour prendre une partie du salaire en charge. Ceux qui acceptent ce ne sont pas forcément des clubs où tu veux aller.

FM : Qu’est-ce que vous pensez des nombreux joueurs prêtés par Chelsea, plus d’une trentaine, par rapport à votre expérience ?
GK : dans ma période à Chelsea, les matches en réserve, c’était compliqué, la règle avait changé, c’était un match toutes les deux-trois semaines. C’est ensuite que la Youth League est apparue. J’avais plus le régime d’un joueur confirmé, tous les joueurs qui étaient avec moi, mais sans joueur ! C’est dur à 17-18 ans. Ensuite, durant mes prêts, j’ai eu ma part de responsabilité. Je n’ai pas vraiment travaillé, je n’avais pas la mentalité que j’ai aujourd’hui. Mais Chelsea est un des 5 meilleurs clubs européens. C’est toujours mon club préféré. C’est difficile de s’imposer là-bas quand on est jeune. C’est sûr que c’est un club qui achète beaucoup de jeunes et qui au final les revend cher. Si le joueur peut rester, il va rester. Mais il faut profiter du fait d’aller dans des clubs en prêt pour confirmer sur la durée, à Chelsea ou ailleurs.

FM : quel est le club qui vous a le plus plu au final ?
GK : le Rayo Vallecano. Mais le coach y était pour beaucoup. Là-bas c’était le top tous les week-ends, avec des supporters géniaux.