C’est ce qui s’appelle partir au sommet. Si tous se rappellent de sa fin dramatique en équipe de France, avec son expulsion face à l’Italie en finale de Coupe du Monde, Zinedine Zidane n’a pas raté sa sortie du Real Madrid. Car c’est bien cela qu’il a annoncé à la presse ce jeudi peu après 13 heures. Après deux ans et demi de règne, 3 Ligues des Champions, 1 Liga, 2 Supercoupes d’Europe, 1 Supercoupe d’Espagne et 2 Coupes du Monde des clubs, l’entraîneur français de 45 ans, qui était sous contrat jusqu’en juin 2020, a décidé de dire stop. La première question était donc évidente : pourquoi ?

« Comme l’a dit le président, j’ai pris la décision de ne pas rester entraîneur du Real Madrid. C’est un moment étrange, mais un peu bizarre. Il fallait prendre cette décision pour tout le monde. Cette équipe doit continuer à gagner et, pour cela, elle a besoin d’autre chose. Elle a besoin d’un autre discours, d’une autre méthode de travail. J’aime beaucoup ce club, le président aussi, qui m’a permis de venir jouer ici, je l’en remercierai toute ma vie, je crois qu’aujourd’hui, il faut changer. C’est pour ça que j’ai pris cette décision », a-t-il expliqué avant d’en dire un peu plus sur les raisons de son choix, sans toutefois dévoiler le moment où il l’a prise.

« Ma décision n’a peut-être aucun sens pour certains, mais pour moi si. C’est le moment de changer, pour les joueurs aussi. Après ces trois ans, c’est la décision adéquate. Mais je comprends la déception. (...) Je dis seulement qu’après trois ans, je me trompe peut-être, je sens que c’est le bon moment. Si je ne vois pas clairement que nous allons continuer à gagner, il est mieux de changer et de ne pas faire de bêtises. (...) C’est aussi simple que ça. Il y a un moment qui se vit, pleinement, à fond. Il faut savoir s’arrêter. Ce que je veux pour le bien de ce club, c’est qu’il continue à gagner. Et je pense qu’avec moi, ça aurait peut-être été compliqué. (...) Que puis-je demander de plus aux joueurs avec tout ce que je leur ai déjà demandé ? », a-t-il indiqué avant de marteler.

« Après trois ans, c’est difficile pour un entraîneur de continuer à gagner, surtout après trois Champions League. Moi, j’aime gagner. Je déteste perdre. Si j’ai la sensation que je ne vais pas gagner, c’est qu’il faut changer. Je pars moi. J’ai pris ma décision, et voilà », a-t-il lâché. Le coach tricolore a notamment avoué avoir traversé des moments compliqués, surtout cette saison. « Il y a eu des bons moments, mais aussi des moments difficiles. Je n’oublie pas ces moments difficiles. Si c’est pour vivre une saison où, à la fin, ça ne se passe pas bien, je ne veux pas de ça. Je veux que cette étape se termine bien. Comme quand j’étais joueur. C’est pourquoi je pense que c’était le bon moment », a-t-il confié avant d’insister. « Quand je prends une décision, c’est difficile de faire marche arrière », a-t-il lancé.

Standing ovation de la salle de presse

L’ancien n° 10 des Bleus a ensuite précisé que son choix n’avait rien à voir avec le mercato qui s’annonce et les possibles départs de Gareth Bale et Cristiano Ronaldo. « C’est un groupe qui a toujours démontré sa qualité ces dernières années. L’avenir, ce n’est pas à moi d’en parler. (...) Ma décision n’a rien à voir avec ça. (...) Être entraîneur, c’est aussi gérer ça. On en a parlé deux fois avec le président, de l’avenir, des transferts. Ce n’est pas lié à ça. C’est une décision pour le bien de tous, pour le mien et celui du groupe pour continuer à gagner. Il ne faut pas aller plus loin », a-t-il clairement détaillé, ajoutant qu’il n’entraînera pas d’autre équipe la saison prochaine. Et si tout le madridismo et son vestiaire sont sous le choc, ZZ, lui, se veut serein, fier du travail accompli.

« Je voulais transmettre de la sérénité, de l’engagement, du travail. Je voulais respecter tout et tous, surtout les joueurs, c’était fondamental pour gagner », a-t-il déclaré, n’oubliant pas de remercier tous ceux qui l’avaient aidé dans sa tâche. « Je crois que les joueurs ont besoin de changement. Je les remercie, ce sont eux qui ont gagné, ce n’est pas facile. C’est un club exigeant avec une grande histoire. On demande beaucoup aux joueurs », a-t-il glissé comme un hommage à son vestiaire, avec un message spécial adressé à son capitaine Sergio Ramos. « Il respecte ma décision, il m’a souhaité bonne chance. C’est le leader du Real », a-t-il confié. Mais l’entraîneur merengue ne s’est pas arrêté à son groupe de joueurs.

« Je ne peux que remercier le public. Il m’a toujours soutenu. J’ai une affection spéciale pour ce public. Je le remercie pour ce soutien. Il y a des moments difficiles dans une saison, les sifflets parfois, mais les joueurs en ont parfois besoin. Il faut faire face quand le public est exigeant. Je remercie tout ceux que j’ai eu autour de moi, je parle des physios, des docteurs, du staff, des intendants. On peut gagner des titres, mais c’est un club dans lequel l’exigence est très élevée. Tous les gens ici donnent leur maximum. Merci à tous ceux qui étaient près de moi durant tout ce temps. Gagner, c’est une question collective », a-t-il remercié.

Le Ballon d’Or France Football 1998 a ensuite donné son sentiment. « Je me sens bien. Ce n’est pas un jour triste. Ce n’est pas une belle journée, parce que c’est un moment compliqué, puisque j’annonce mon départ. Mais ce n’est pas triste pour moi, c’est un à bientôt, un à plus tard. Je serai toujours proche de ce club. Je connais beaucoup de gens ici. Ma relation avec le club ne changera en rien. (...) Ça peut être un à bientôt, parce que Madrid m’a tout donné. C’est le club de ma vie », a-t-il conclu avant que les journalistes présents, malgré le choc, lui offrent une standing ovation bien méritée.