À chaque fois qu’on semble le jeter aux oubliettes, Cédric Fauré refait surface en inscrivant des buts.

Natif de Toulouse, il fait partie de cette catégorie de footballeurs qui dérange, et personne ne saurait expliquer pourquoi. Buteur attitré (20 réalisations en L2) de la génération des “Pitchounes” (épaulée par Stéphane Lièvre, Christophe Revault et William Prunier) qui a connu la montée en Ligue 1 en 2003, l’attaquant n’a pas bénéficié à l’époque du soutien de ses dirigeants malgré 10 réalisations pour sa première année dans l’élite.

Après Guingamp, Istres, Le Mans et Reims avec lequel il a inscrit 31 buts en deux saisons, Cédric Fauré (29 ans) qui est de retour dans l’élite sous les couleurs du Havre, fait le point sur son parcours avec Foot Mercato.



La déception avec le TFC

Foot Mercato : Cédric, après une saison prometteuse (2003-2004) avec le TFC pour une première année dans l’élite, vos dirigeants ne vous ont pas renouvelé leur confiance. Que vous a-t-on expliqué à l’époque ?

Cédric Fauré : l’année où le club est monté en première division, j’avais marqué 10 buts. Les attaquants qui atteignent cette performance aujourd’hui sont plutôt bien placés. Sauf qu’à l’époque des faits, Cissé (26 buts avec l’AJA) et Frei (19 buts avec Rennes) avaient franchi le cap des 20, donc mon total devenait ridicule comparé au leur. Mais moi j’étais satisfait de ce que j’avais réalisé pour un baptême dans l’élite, et au sein d’une équipe qui a été relégable tout au long de la saison. Le club n’a pas souhaité me conserver, c’était leur choix. Je n’ai pas reçu d’explication, on m’a juste fait comprendre qu’on ne voulait pas me garder.

FM : comment avez-vous vécu cette période ?

CF : au début j’ai été très marqué, d’autant plus qu’il y avait d’autres clubs de L1 intéressés par mes services et que le TFC m’avait cassé du sucre dans le dos. Que le club ne souhaite pas me garder, parce qu’il nourrit d’autres ambitions c’est un fait. Mais de là à me tailler une réputation qui n’avait rien à voir avec la réalité, je n’ai pas compris. Je suis quelqu’un de simple et de discret dans la vie, mais ils ont réussi à me coller une étiquette qui était complètement inventée. J’arrive à m’en débarrasser aujourd’hui, mais il y a encore des restes.

FM : Cédric, si le TFC était venu vous chercher à Reims vous seriez parti ?

CF : c’est un club que je porte dans mon coeur. Si demain ils viennent me chercher et que les modalités de la collaboration sont bien établies pourquoi pas ? Mais aujourd’hui, je suis au Havre, et le TFC s’est terminé pour moi. D’ailleurs, cela ne m’a pas traversé l’esprit d’y retourner.



La L2 comme tremplin pour rebondir

FM : après Toulouse, vous rebondissez à Guingamp et à Istres en L2, à quoi vous êtes-vous accroché pour remonter la pente ?

CF : je m’appuyais sur ma femme, ma fille, et certaines personnes de mon entourage. J’ai toujours cru en moi, en me disant que j’aurais une nouvelle chance de rejouer en Ligue 1. Je savais qu’il y aurait d’autres entraîneurs qui allaient croire en moi et apprécier le joueur que je suis. Frédéric Hanz avec Le Mans, Jean-Marc Nobilo avec Le Havre, ont fait abstraction à cette mauvaise réputation inventée qui me précédait, pour se focaliser uniquement sur le paramètre sportif.

FM : comment qualifierez-vous votre passage au Mans de janvier à juin 2006 (14 matches en L1, 2 buts) ?

CF : Le Mans n’est pas une expérience négative, puisqu’aujourd’hui encore Frédéric Hanz ne dit que des choses positives à mon sujet. Ce qui s’est passé, c’est que j’étais un joueur prêté. Quand je suis arrivé, ils avaient cinq ou six attaquants sous contrat et des jeunes qui montaient. Il n’allait pas encore recruter. D’ailleurs, quand je suis parti il n’y a pas eu d’arrivée en attaque. Cela fait partie du football, je l’ai accepté. Je ne suis pas rancunier.

FM : en rejoignant Reims en L2 la saison suivante, vous avez eu des doutes sur votre capacité à vous imposer en L1 ?

CF : non je n’ai pas douté. Au poste où j’évolue, si vous commencez à douter c’est perdu d’avance. Je suis allé à Reims avec l’objectif de faire monter le club et lui apporter un plus au niveau de l’expérience. Malheureusement, nous n’avons par accroché la montée, mais j’ai néanmoins réussi deux belles saisons (31 buts) qui me permettent d’être au Havre en L1 aujourd’hui.

FM : où avez-vous puisé les ressources pour réussir de nouveau ?

CF : j’ai vécu des expériences tellement difficiles, mais qui ont contribué à me forger un mental d’acier. Perdre un enfant n’est pas quelque chose de bénin, j’ai réussi à surmonter cette épreuve. Les claques que j’ai prises dans la vie font de moi aujourd’hui un homme costaud. Pour que je sois atteint, il en faut plus que le foot. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, je sais de quoi je suis capable.



Le nouveau challenge havrais

FM : Le Havre vous offre une nouvelle opportunité de prouver vos qualités dans l’élite, quelles sont vos motivations ?

CF : rattraper le temps perdu, en essayant de réaliser une belle saison en L1. Je vais tout faire pour aider le club à se maintenir. Mon objectif est d’apporter le maximum à chaque fois que je serais sur le terrain.

FM : vous succédez à Guillaume Hoarau qui a marqué de son empreinte le club, c’est une pression supplémentaire qui pèse sur vous ?

CF : au niveau du poste, oui on peut dire que je lui succède. Mais au niveau du profil non. Guillaume Hoarau a fait une très belle saison en L2, ce fut également mon cas avec Reims. Mais maintenant c’est la L1, et c’est toute autre chose. Si les gens s’attendent à ce que j’inscrive 28 buts en L1, ils peuvent le penser. Si cela m’arrive, ce sera quelque chose de merveilleux. Mais il faut rester lucide, je n’inscrirais pas 28 buts cette année. Il a ses qualités, j’ai les miennes. Nous sommes deux attaquants aux styles différents.

FM : buteur lors des matches de préparation, c’est le signe d’une intégration réussie ?

CF : j’ai marqué contre Auxerre, c’est important pour moi et bénéfique à toute l’équipe. Les gars savent que je suis là pour cela. Je ne me voile pas la face. C’est important d’avoir de la réussite d’entrée, ça prouve que je trouve petit à petit mes marques.

FM : Le Havre pourrait être la surprise en L1 cette saison ?

CF : l’objectif est de réaliser la meilleure saison, c’est-à-dire obtenir le maintien le plus tôt possible. À partir de là, si on a l’opportunité de surprendre pourquoi pas ? Mais l’objectif du club est d’obtenir le maintien le plus rapidement possible.

FM : quelles seront les valeurs que vous allez mettre en avant pour atteindre vos objectifs ?

CF : on va essayer de s’appuyer sur l’expérience de certains joueurs, mais aussi la fraîcheur des jeunes. Tout cela va épouse la stratégie définie et mise ne place par le club. Il y a beaucoup de qualité dans l’équipe, la réussite passe par les succès à domicile à l’image de Valenciennes la saison dernière. Si nous assurons chez nous, le maintien ne sera pas un problème.