Foot Mercato : Tout d’abord, comment allez-vous ?

Jean-Marc Chanelet : Et bien écoutez, je vais bien. Tout va bien.

FM : Vous avez pris votre retraite en 2005. Que faîtes-vous aujourd’hui ?

JMC : J’ai arrêté le foot depuis 5 ans maintenant. J’ai terminé à Grenoble en 2005. Dans un premier temps, j’ai commencé par observer des matches pour Le Mans, à l’époque où Frédéric Hantz était entraîneur. J’en ai fait de même à Guingamp. Ça m’a permis d’entrer en contact avec un agent sur Lyon et nous nous sommes donc mis à travailler ensemble depuis maintenant 3 ans.

FM : En quoi consiste votre rôle ?

JMC : Mes fonctions sont vastes (rires). Il faut d’abord activer un réseau de connaissances, réactiver un réseau que j’ai pu avoir durant ma carrière mais aussi en tisser un nouveau. C’est important et ça prend du temps, que ce soit au niveau des joueurs, des entraîneurs, des présidents ou des instances sportives. Ensuite, il faut se déplacer, aller voir des matches aussi bien pour les jeunes que pour les joueurs déjà professionnels. C’est une manière de repérer des joueurs intéressants. Il s’agit enfin de savoir ce que recherchent les clubs en question et les mettre en relation avec les joueurs que l’on peut avoir.

FM : Étant basé sur Lyon, avez-vous des relations privilégiées avec l’Olympique Lyonnais ?

JMC : Étant sur Lyon, le contact est forcément plus facile. Mais on ne se limite pas à Lyon et sa région. On essaye d’aller voir en France mais aussi à l’étranger.

FM : Avez-vous eu du mal à gérer cette reconversion ? On parle souvent de petite mort pour un footballeur arrêtant sa carrière...

JMC : C’est vrai que ce n’est jamais simple de terminer comme ça une carrière. Je me suis posé une année tranquillement pour savoir ce que je voulais faire. Ça demande un certain temps, il faut retrouver sa voie. Après, ça dépend des individus mais pour ma part, ça c’est fait en douceur.

FM : L’idée de devenir entraîneur, ou dirigeant, vous a-t-elle traversé l’esprit ?

JMC : Rester sur le terrain, non. Il faut avoir une fibre que je ne pense pas avoir. C’est un métier qui est très prenant il faut le reconnaître. Il faut anticiper les matches à venir, réfléchir sur le jeu, analyser les matches passés. Je ne pense pas avoir ces capacités là. Je démarre donc tranquillement mon activité, je vois comment ça fonctionne derrière les terrains. Aujourd’hui, je suis nouveau là dedans mais peut être qu’un poste de dirigeant pourrait me tenter à l’avenir.

FM : Vous imaginiez-vous choisir une voie hors du milieu du football ?

JMC : Je suis ouvert à tout. Mais c’est vrai, quand on n’a pas planifié ça pendant sa carrière et qu’on n’a pas pris le temps de se poser, c’est plus simple de revenir au football. Certains footeux qui avaient réussi à quitter le football ont fini par y revenir tôt ou tard. J’ai eu cette opportunité d’observer des matches et ensuite de faire une rencontre qui m’a permis de me positionner et de m’inciter à continuer dans cette voie.

Une carrière inévitablement liée à Lyon et Nantes

FM : Quels souvenirs gardez-vous de votre carrière de footballeur ?

JMC : J’ai fait 16 ans de professionnalisme, avec 8 ans de Ligue 2 et 8 ans de Ligue 1. Il y eu des titres, que ce soit le Championnat de France, la Coupe de la Ligue, la Coupe de France, le Trophée des Champions et une demi-finale de Ligue des Champions. Ça, c’est des bons souvenirs. Voilà à peu près ce que je retire de ma carrière assez discrète mais assez longue. Je suis passé au bon moment dans des bons clubs, avec un parcours atypique puisque je suis arrivé sur le tard.

FM : Qui dit Jean-Marc Chanelet dit forcément Lyon et Nantes. Quel club vous a le plus marqué ?

JMC : J’ai envie de dire qu’il y a eu une continuité. J’ai découvert la première division avec Nantes. J’arrivais à l’époque de deuxième division et je devais même descendre en National avec Nîmes. Et je me retrouve propulsé chez le champion de France avec les Coco Suaudeau, Pedros, Loko, Ouedec et compagnie. Déjà, c’était un sacré bon en avant pour moi. Dans la foulée, j’ai découvert la Ligue des Champions. C’était une belle expérience pour moi de me retrouver dans un club qui jouait encore au football, où le jeu à la nantaise existait. J’ai passé 5 saisons là-bas, avec aussi Raynald Denoueix. Avec l’âge, je voulais découvrir autre chose. J’avais deux choix : Lille et Lyon. J’ai choisi Lyon. Ça s’est bien passé et ça a coïncidé avec le démarrage de l’OL qui a finalement gagné 7 titres d’affilée. Donc finalement, ce sont deux périodes complémentaires.

FM : Vous avez remporté la Coupe de la Ligue et les deux premier titres de champions de l’OL. Sentiez-vous que ce club allait alors poursuivre sur cette lancée pour remporter 5 titres de champion supplémentaire ?

JMC : Au départ, non. Ce que je ressentais, c’est qu’il y avait vraiment une grande détermination de la part des dirigeants du club à franchir un palier. Lyon restait déjà sur deux troisième place de suite, ils voulaient donc franchir un pas de plus. L’idée, c’était de terminer dans les trois premiers pour accrocher une place en Ligue des Champions et pourquoi pas plus encore. On sentait cette détermination avec un recrutement conséquent, un nouvel entraîneur. Tout ça était mûrement réfléchi par le président Aulas qui nous a donné les moyens d’aboutir à quelque chose.

FM : Vous avez également connu Nantes. Quel regard portez-vous sur ce club qui végète aujourd’hui en Ligue 2 ?

JMC : C’est vrai que c’est regrettable. Nantes a perdu tout ce qui faisait sa force avant. Le club se basait sur une bonne formation et propulsait pas mal de jeunes en équipe première, avec des principes de jeu. Depuis le départ de Raynald Denoueix en 2001, le club est tombé petit à petit en déliquescence. Les valeurs se sont perdues. Un club ne se construit pas rapidement, le style de jeu non plus. Il faut une continuité des équipes de jeunes jusqu’à l’équipe première. Quand on perd tout ça, on perd son football. Et aujourd’hui, je ne vois pas Nantes redevenir ce qu’il était encore il y a 8-10 ans.

FM : Une expérience à l’étranger aurait-elle pu vous séduire ?

JMC : Alors ça, oui effectivement. Après mon passage à Lyon, j’aurais bien aimé allé en Angleterre. C’est un football qui m’aurait plu, c’est un état d’esprit qui m’aurait plu. Mais j’étais un petit peu vieux et ça n’incitait pas les clubs à miser sur moi. C’est un petit regret. Une expérience à l’étranger, ça m’aurait plu.

FM : Quel joueur vous aura le plus marqué ?

JMC : Sur Nantes, il y avait un certain Japhet N’Doram qui était un très grand joueur. Il y avait aussi Reynald Pedros et Éric Carrière. Après, à Lyon, il y avait toute une ribambelle de joueurs brésiliens comme Sonny Anderson, Edmilson et Juninho qui étaient des joueurs de haut niveau.

Son regard sur l’équipe de France

FM : Vous n’avez jamais connu les Bleus. Est-ce un déception ?

JMC : Quand on est footballeur, on veut toujours aller plus haut. Quand on est en Ligue 2, on veut être en Ligue 1. Quand on est en Ligue 1, on veut être dans les meilleurs clubs. Après, on se dit que la sélection est possible. Bon, j’ai eu un parcours atypique en découvrant la Ligue 1 à 26 ans. Ce qui m’est arrivé, c’est déjà pas mal.

FM : Comment voyez-vous les Bleus dans ce Mondial ?

JMC : Je suis inquiet vu les piètres prestations. Mais il y a une différence entre ce que l’on voit et la vie du groupe en interne. Le groupe a l’air soudé. En 1998, les matches de préparation n’avaient pas été mirobolants et finalement l’équipe était allée chercher le trophée. En tant que supporter, j’espère qu’il en sera de même. Maintenant, cette équipe de France n’a pas non plus les mêmes leaders.

FM : Quels sont vos favoris pour cette Coupe du monde ?

JMC : Je ne vais pas être original. Je vois le Brésil aller loin, et également l’Argentine.