Foot Mercato : l’année 2020 a très bien commencé pour l’Olympique Lyonnais, qui avait vécu une première partie de saison délicate. Êtes-vous surpris que cela se passe aussi bien pour vous ?

Jason Denayer : surpris ? Non, parce que je pense qu’on a un groupe de qualité et que ça allait venir à un moment. Ça arrive en début d’année 2020. C’est un peu tard, mais c’est mieux vaut tard que jamais.

FM : comment expliquez-vous ce renouveau ?

J.D : je pense que les vacances ont fait beaucoup de bien au groupe. On s’est vidé la tête, on est revenu avec beaucoup plus de pensées positives. Ça a porté ses fruits (...) Personnellement, j’ai essayé de penser à autre chose, de me vider la tête pour revenir à 100%. Ces vacances étaient là pour se relaxer le plus possible.

FM : à un moment donné, sur la première partie de la saison, vous êtes-vous dit que la saison allait être très difficile ?

J.D : la saison était difficile, car nous sommes passés par des moments qui n’étaient pas faciles, notamment lors des blessures ou lors des défaites, etc...Je pense que c’était un moment difficile.

FM : vous aviez dit dans une interview qu’un match ne vous empêchait jamais de dormir. Malgré tout, sur le début de l’année, avez-vous eu du mal à trouver le sommeil ? Avez-vous plus cogité que d’habitude ?

J.D : non, c’est quelque chose qui, pour moi, reste dans le football. Ça veut dire qu’on a des moments de réflexion, après le match dans le vestiaire, une ou deux heures après le coup de sifflet final. Je pense que c’est important pour nous de penser au reste et de se concentrer sur notre vie, c’est-à-dire que le match est passé et qu’on ne pourra plus revenir en arrière. Donc autant bien dormir (sourire) et passer à demain (...) Mais c’est sûr qu’on réfléchit plus. C’est certain qu’on y pense. Mais de là à ne pas en dormir, je n’irais pas jusque là (sourire).

FM : avec le recul, comment analysez-vous les difficultés rencontrées sur la première moitié de l’exercice 2019-20 ?

J.D : au début, tout avait bien commencé. Ensuite, on a perdu des matches. On a aussi eu des cartons rouges. Ce ne sont pas des excuses. C’était compliqué. C’était un moment qu’on ne peut pas vraiment expliquer. Je pense aujourd’hui qu’on est tous contents que ça soit passé.

FM : est-ce que cela peut être aussi lié aux départs de Nabil Fekir, Tanguy Ndombele et Ferland Mendy ?

J.D : je pense, car ce sont des joueurs qui ont énormément de qualités. Donc ce sont des joueurs qui pèsent pour un groupe. C’est sûr qu’il y a eu une différence. Les joueurs qui les ont remplacés devaient aussi s’adapter. Ce qui n’était pas facile pour eux. C’est sûr que ça a été une perte pour nous de les voir partir (...) Je suis toujours ce qu’ils font cette saison. Nous sommes toujours en contact.

FM : vous étiez le capitaine de l’équipe lors du passage de Sylvinho. Avez-vous vécu ce début de saison comme un échec personnel en ayant le brassard ?

J.D : un échec personnel ? Non, car on n’est pas tout seul sur le terrain. Je pense que c’était un échec collectif. On l’a tous ressenti de la même manière. Mais quand on est capitaine, on a un peu plus de responsabilités. Donc c’est sûr que ça touche un peu plus. Le plus important pour nous était de retrouver une bonne dynamique. Je pense que c’est ce qu’on fait depuis le début de l’année.

FM : Rudi Garcia a ensuite nommé Memphis Depay capitaine. Comment avez-vous vécu cela ?

J.D : personnellement, je ne l’ai pas mal vécu. C’était le choix du coach. C’était un nouveau coach qui venait avec sa vision des choses. Il a donné les raisons pour lesquelles il avait choisi Memphis. C’étaient ses raisons à lui. Donc j’ai respecté sa décision. Memphis est une très bonne personne et un très bon joueur. Je pense qu’il le mérite autant que moi.

FM : ce brassard vous est revenu après la blessure de Memphis. Quel genre de capitaine êtes-vous ?

J.D : moi, j’essaye de garder ma personnalité. Je tente de rester moi-même, de ne pas m’inventer de personnalité, c’est-à-dire être différent de ce que je suis. J’essaye de rester la même personne. Quand j’ai des choses à dire, je les dis.

Mbappé, le joueur qui lui a donné le plus de mal en L1

FM : vous avez convaincu dès votre arrivée à Lyon. Vous attendiez-vous à une évolution si rapide ?

J.D : je pensais et j’espérais surtout faire de bonnes prestations. Je pense que c’est ce qui m’a aidé. Le fait de parler le français, qui est ma langue maternelle, m’a beaucoup aidé pour m’intégrer. On avait aussi un groupe qui était super et qui l’est toujours aujourd’hui. Le groupe m’a beaucoup facilité la tâche.

FM : quand vous avez été présenté à Lyon, je me souviens que vous aviez dit que vos objectifs étaient d’enchaîner les matches, d’être régulier et de retrouver la sélection belge. On peut dire que le pari OL est réussi pour le moment.

J.D : Lyon m’a beaucoup apporté. C’est un club qui m’a donné "tout" sur ces points-là. Pour le moment, tout se passe super bien. J’espère que ça va continuer ainsi.

FM : comment jugez-vous votre saison jusqu’à présent ?

J.D : il y a eu des hauts et des bas, à l’image des prestations de l’équipe. Je pense que 2020 a bien commencé. J’espère que ça va continuer ainsi. Personnellement, je vais faire du mieux que je peux.

FM : le CIES vous avait classé parmi les cinq joueurs les plus performants en Europe en novembre dernier. J’imagine que c’est flatteur...

J.D : je n’avais pas vu, mais ça fait plaisir c’est sûr.

FM : cela fait environ un an et demi que vous êtes en Ligue 1. En tant que défenseur, quel joueur vous a donné le plus de fil à retordre ici et pourquoi ?

J.D : Kylian Mbappé. C’est un joueur qui est complet, qui va vite et qui est technique. Il a une super finition.

FM : vous allez le croiser de nouveau dans quelques jours puisque vous allez affronter le Paris Saint-Germain (9 février). Comment vous y préparez-vous ?

J.D : je ne vais pas dire que je regarde les vidéos parce qu’on le connaît tous. On va essayer de se préparer collectivement en premier lieu. Ensuite, on va tenter de faire de notre mieux sur le terrain.

Jason Denayer juge les babys Gones

FM : à l’OL, quel est le joueur qui vous impressionne le plus ?

J.D : je pense qu’on a un très bon effectif. Il y a Memphis, qui est un super joueur. Moussa Dembélé l’est également. Il y a aussi des joueurs comme Berto (Bertrand) Traoré, qui est techniquement au-dessus, je pense. On a un effectif très complet. On a aussi Antho (Anthony) Lopes au poste de gardien (qui est bon).

FM : il y a aussi pas mal de bons jeunes à l’OL...

J.D : oui, chez les jeunes il y a Rayan Cherki, Amine (Gouiri), Maxence (Caqueret)...et j’en passe encore...

FM : concernant Rayan Cherki, aviez-vous déjà vu un jeune joueur de 16 ans aussi fort durant votre carrière ?

J.D : à son âge, je ne pense pas. Mais il y a Jadon Sancho, qui est actuellement au Borussia Dortmund. Je me suis entraîné avec lui quand j’étais à Manchester City. C’est un peu le même genre de joueur qui a cette capacité à faire la différence dès son plus jeune âge. J’espère pour lui qu’il va continuer à travailler comme il le fait et qu’il va continuer à s’améliorer.

FM : vous avez cité Amine Gouiri, qui joue un peu moins. Que pensez-vous de lui ?

J.D : il joue un petit peu moins, mais je pense qu’il y a beaucoup de concurrence à son poste. Mais c’est un très bon joueur qui doit continuer à travailler comme il le fait parce qu’il travaille énormément. Ça va payer.

FM : Oumar Solet, qui évolue à votre poste, s’est gravement blessé. Mais jusqu’ici, lui aussi n’avait pas eu beaucoup de temps de jeu. Que lui manquait-il justement pour avoir un peu plus sa chance ?

J.D : Oumar avait déjà fait des matches avec nous. C’était peut-être la confiance du staff, etc... qui lui manquait. Malheureusement, il a eu sa blessure. Mais c’est un joueur qui est très fort et très complet. J’espère qu’il va se rétablir très vite et revenir très fort.

FM : votre compatriote Héritier Deyonge a rejoint l’OL l’été dernier. Quel rôle jouez-vous auprès de lui ?

J.D : au début, lors de pré-saison, on était ensemble. J’essayais de l’aider le plus possible. Maintenant, on ne se voit plus trop, car il joue avec la CFA. On est un peu séparé et on se voit rarement. Mais quand on se croise, on se parle et on échange un peu.

FM : vous évoluez aux côtés de Joachim Andersen, qui connaît une adaptation un peu plus compliquée que la vôtre. Comment le percevez-vous ? Que lui manque-t-il pour retrouver son meilleur niveau ?

J.D : il y a aussi la barrière de la langue à gérer pour lui. Ça fait qu’il devait s’adapter à la langue, mais aussi une autre culture et un autre football que l’Italie. Je pense que c’est un très bon joueur. Ça prendra le temps qu’il faudra. Chacun s’adapte à sa façon. C’est quelqu’un qui a énormément de qualités. Au moment où ça viendra, je pense que ce sera super (...) Comme je vous ai dit, c’est un joueur qui est complet. Il doit peut-être retrouver la confiance qu’il avait avant et ça ira.

FM : vous êtes aligné à ses côtés ou à ceux de Marcelo. Est-ce que cela change des choses dans votre façon de jouer selon si vous êtes avec l’un ou l’autre ?

J.D : c’est sûr, parce que ce sont deux styles différents. J’essaye de m’adapter le plus possible au style de chacun.

FM : concernant Marcelo, lui aussi a vécu des moments compliqués pour d’autres raisons puisqu’il était en conflit avec certains supporters.

J.D : Marcelo est quelqu’un qui a beaucoup d’expérience. Il a énormément de maturité. Je pense que ça a été un moment difficile pour lui avec les supporters. Il a su faire avec et aujourd’hui, ça s’est arrangé avec eux aussi. Je pense qu’il a fait preuve d’énormément de maturité et de professionnalisme.

Le Belge évoque son avenir et un retour en Premier League

FM : sur la première partie de saison notamment, Lyon a encaissé pas mal de buts. En tant que défenseur, j’imagine qu’on prend cela très à cœur.

J.D : c’est sûr qu’en tant que défenseur, quand on encaisse des goals (buts), ce n’est pas facile. On se remet sans cesse en question. Mais ça fait partie du football, on va encore en encaisser.

FM : Rudi Garcia vous a rejoint en octobre dernier. Quelle est votre relation avec lui ?

J.D :on parle bien. On parle de tout et de rien. On a une bonne relation.

FM : vous en avez également une très bonne avec Moussa Dembélé, dont vous êtes proche. Quel regard portez-vous sur lui ?

J.D : Moussa, c’est un joueur qui a énormément de qualités, que ce soit naturel ou footballistiquement. C’est un joueur qui, pour moi, a beaucoup d’avenir. Il est en train d’enchaîner les performances.

FM : en parlant d’avenir, avez-vous peur que les clubs anglais tentent de vous le piquer d’ici la fin du mercato ? Est-ce juste de dire que c’est un championnat taillé pour lui ?

J.D : peur, je ne pense pas. Personnellement, je serais fier pour lui s’il venait à partir dans un grand club (à l’avenir). Je pense qu’on s’y attend tous à un moment donné. Qu’il continue comme ça (...) Je pense qu’il a tout pour jouer là-bas. C’est un joueur qui est extrêmement performant physiquement, qui a des qualités de buteur. Donc pour moi c’est un joueur qui a tout pour jouer en Angleterre.

FM : vous êtes aussi passé par la Premier League. Y retourner un jour, est-ce envisageable ?

J.D : pourquoi pas (sourire).

FM : que vous a-t-il manqué pour vous y imposer ?

J.D : déjà, je pense que j’étais un peu trop jeune et que je manquais de patience. Donc je voulais absolument jouer et c’est d’ailleurs pour ça que j’ai été prêté plusieurs fois. Je pense que je manquais de patience et de maturité.

FM : vous êtes encore sous contrat jusqu’en 2022 à l’OL. Une prolongation est-elle possible ?

J.D : moi, je me plais bien à Lyon. Donc pourquoi pas prolonger. Ça me ferait plaisir.

FM : dans un mois pratiquement, vous allez affronter la Juventus en huitième de finale aller de l’UEFA Champions League. Les observez-vous d’un peu plus près ?

J.D : pas spécialement. Quand il y a de bons matches de la Juventus, je les regarde. Mais de toute façon, on aura bientôt des vidéos qui vont arriver de la part des analystes. Donc on aura le temps de bien les étudier.

FM : vous allez croiser Cristiano Ronaldo, qui enchaîne les buts en ce moment. Comment appréhendez-vous cela ? Vous sentez-vous plus attendu sur un tel match en tant que défenseur ?

J.D : ce n’est pas nouveau ça qu’il marque des buts (rire). On s’y prépare. Ce sont des joueurs qui sont imprévisibles, des joueurs qui réitèrent ces performances depuis plus de dix ans je pense. On sait déjà à quoi s’attendre. Ce ne sera pas facile. De toute façon, nous tout ce qu’on peut faire c’est donner le meilleur de nous-même. Ensuite, on verra (...) Je me sens un peu attendu quand même. On sera le rempart entre les attaquants et le goal. Donc oui je me sens un peu attendu.

FM : vous aurez peut-être l’occasion de prendre des conseils auprès de votre ancien coéquipier au Celtic Virgil Van Dijk (Liverpool), qui a déjà croisé la route de CR7. Vous attendiez-vous à une telle ascension de sa part ? Est-ce le meilleur défenseur du monde à vos yeux actuellement ?

J.D : pour moi, c’était déjà un joueur qui avait des facilités quand il était au Celtic. Donc son évolution était un peu normale. C’était prédit. C’est mérité ce qui lui arrive (...) Aujourd’hui, pour moi, c’est le meilleur défenseur du monde.

Objectif Euro 2020

FM : durant votre carrière, vous êtes aussi passé par l’Académie Jean-Marc Guillou. Comment avez-vous été repéré ? Que retenez-vous de votre passage là-bas ?

J.D : je jouais à Anderlecht et un joueur avec lequel je jouais m’a dit qu’il allait passer un test là-bas. Donc j’ai passé le test avec lui. Tout s’est bien passé et finalement je suis resté là-bas. Le passage à l’Académie Jean-Marc Guillou m’a beaucoup aidé en tant que personne et en tant que footballeur. On travaillait 4 heures par jour. Donc c’était vraiment poussé. On s’est beaucoup amélioré au niveau des qualités techniques. On jouait pieds nus. C’est la philosophie de l’Académie. Au début, c’était un peu compliqué pour nous. On ne comprenait pas. Mais ensuite, on s’y est habitué et c’est devenu quelque chose de normal.

FM : c’est aussi là-bas qu’on vous a repositionné en tant que défenseur, car à l’origine vous étiez attaquant.

J.D : oui, j’étais attaquant. Pendant le jour du test, à un moment donné je me suis retrouvé derrière et il y a eu quelques actions qui se sont passées. Le recruteur m’a appelé et m’a demandé si ça ne me dérangeait pas de jouer en défense. J’ai dit non et c’est là que j’ai commencé à jouer en défense.

FM : est-ce que vos restes d’ancien attaquant vous servent encore aujourd’hui ?

J.D : je n’ai plus trop l’occasion de me retrouver devant (rires)...mais il faut voir.

FM : dans quelques mois aura lieu l’Euro 2020. J’imagine que c’est dans un coin de votre tête malgré la forte concurrence...

J.D : oui, c’est sûr que je pense à l’Euro. Mais pour ça, il faut essayer de réaliser de bonnes performances pour être appelé dans l’équipe. Le plus important est de se concentrer sur le club. C’est ce qui apportera la convocation (...) Il y a les prestations en club, les convocations avant l’Euro, tout ça va compter.

FM : quelles sont les forces de la Belgique ?

J.D : je pense que l’équipe belge est assez complète. On a d’énormes qualités, surtout en attaque avec Eden Hazard, Romelu Lukaku, Kevin De Bruyne, Dries Mertens, etc...Ce sont des joueurs qui sont très forts. Je pense que ça va aller.

FM : est-ce qu’Eden Hazard est le joueur le plus fort avec lequel vous ayez joué, clubs et sélection confondus ?

J.D : je pense à Eden Hazard oui. Quand il a le ballon, il fait ce qu’il veut. Il peut faire la différence. Il a des qualités de passe, de finisseur. Il est super complet.

FM : il faudra un grand Hazard cet été pour atteindre les Diables Rouges à atteindre leurs objectifs. Quels sont-ils ?

J.D : comme je l’ai dit, je pense qu’on a un groupe pour aller très loin à l’Euro. L’objectif pour la Belgique est de gagner l’Euro, sachant qu’on est la première nation au classement FIFA. Donc je pense que c’est ça l’objectif. Il y a de très bonnes équipes comme la France, l’Allemagne, les Pays-Bas donc c’est sûr que ce ne sera pas facile.

FM : à l’été 2018, on a beaucoup évoqué le "seum" de la Belgique après l’élimination face à la France. En parle-t-on encore là-bas ou est-ce digéré totalement ?

J.D : c’est plus en France que l’on parle de ça parce qu’en Belgique on ne calcule pas trop. C’est vrai qu’au moment où ça s’est passé, c’était normal d’être un peu dégoûté. Mais aujourd’hui c’est passé.

FM : vos proches disent de vous que vous êtes une personne "cool" et "qui a un lion en vous". Est-ce que cette description vous correspond ?

J.D : je suis quelqu’un d’assez calme et de plutôt réservé. J’aime souvent être avec mes amis et ma famille. Je regarde aussi des matches. Des matches intéressants avec de grosses équipes. J’aime bien suivre quand il y a des joueurs avec lesquels j’ai joué ou que je connais. Je regarde souvent les matches en Angleterre, en Italie ou en Espagne. J’ai des amis qui jouent aux Pays-Bas donc je suis quand ils jouent.