Ce dimanche soir, l’Olympique de Marseille s’apprête à recevoir l’Olympique Lyonnais. Cette confrontation est énormément attendue pour plusieurs raisons. La première est que cette affiche demeure un choc de notre cher championnat hexagonal. La seconde est que les supporters phocéens se préparent à sortir un grand tifo pour les 120 ans de leur écurie favorite et qu’il se murmure que celui-ci devrait être plus beau que celui qui avait été sorti lors du OM-PSG en 2015. Et enfin, Rudi Garcia, sur le banc de l’équipe présidée par Jean-Michel Aulas, va retrouver l’Orange Vélodrome, quelques mois après l’avoir quitté.

Justement, épuisé par plus de deux ans et demi sur le banc de l’OM, l’ancien de l’AS Roma et de Lille s’était séparé d’un commun accord avec Jacques-Henri Eyraud, estimant que son cycle touchait à sa fin. Il a été remplacé sur le banc de touche par André Villas-Boas, qu’il va donc croiser ce dimanche soir (rencontre bien évidemment à suivre sur notre live commenté). Mais, après des débuts intéressants, qu’est-ce qui oppose donc les deux entraîneurs ?

Des différences avec les médias, mais...

Tout d’abord, sur le plan de la communication, les deux hommes sont quasiment à l’opposé. « Il y a beaucoup moins de langue de bois dans les conférences de presse. André Villas-Boas semble répondre cash aux questions. S’il calcule, il le fait alors très bien parce que son discours face aux journalistes paraît sincère... Celui de Rudi Garcia en conférence de presse l’était moins, mais peut-on lui reprocher ? Comme il le dit aujourd’hui, il était seul au front. Et il faudra voir comment se comportera AVB dans quelques mois si Zubizarreta et Jacques-Henri Eyraud ne s’expriment pas un peu plus », nous explique Alexandre Jacquin, chef adjoint du service des sports de La Provence.

La relation avec les médias est donc assez différente, mais il convient de préciser aussi que le contexte est différent et que Rudi Garcia a eu le temps de voir beaucoup de choses vu le temps qu’il a passé à Marseille. Alexandre Jacquin détaille : « avec André Villas-Boas, nous avons pour l’instant davantage accès aux entraînements : un quart d’heure par semaine, le jour de la conférence de presse. Ce n’est pas énorme, mais c’est déjà ça. Rudi n’entretenait pas de mauvais rapports avec les journalistes, mais il a pu être vexé par certains papiers et le faisait savoir, sans toutefois être dans le conflit. Car c’est un homme intelligent lui aussi et il sait très bien que la presse doit faire son travail. Pour l’instant, les relations sont cordiales entre Villas-Boas et les journalistes, mais cela durera-t-il ? Il faudra voir après une grosse crise... »

La gestion du groupe

Dans la gestion, il y a aussi peu de similitudes. Quand Rudi Garcia passait son temps à remobiliser son groupe et à insister sur la mentalité, André Villas-Boas, lui, fait un grand suivi de ses joueurs. Il parle quasiment à tout le monde en privé et continue d’encourager ses ouailles. « Il y a, à ce que l’on nous dit, une relation plus franche et directe qu’avec Garcia. Mais d’un autre, le groupe est tellement limité en nombre qu’il y a très peu de concurrence. C’est donc plus simple à gérer pour Villas-Boas... Il n’a pas besoin d’adapter son discours à chaque joueur pour les garder concernés comme le faisait Rudi Garcia », lâche le journaliste du quotidien régional.

« André Villas-Boas est peut-être plus proche de nous que l’était Rudi Garcia. Au quotidien il délègue beaucoup à ses adjoints, Carvalho en tête pour la défense, mais il n’hésite jamais à nous parler personnellement quand ça va ou ça ne va pas. Rudi Garcia, lui, s’appuyait plus sur un noyau dur pour lui faire remonter les informations, ce qui n’est pas vraiment le cas du coach en place », nous explique un des joueurs de l’OM qui a connu les deux façons de travailler.

André Villas-Boas est plus dans le contrôle

Si effectivement, André Villas-Boas ouvre plus les entraînements aux médias, il fait plus attention à ce qui pourrait fuiter. Il est plus dans le contrôle que pouvait l’être Rudi Garcia. Alexandre Jacquin nous donne un exemple. « S’il ouvre un quart d’heure d’entraînement par semaine à la presse, AVB prend en revanche bien soin de travailler dans la discrétion : même les salariés qui sont tous les jours à La Commanderie ne peuvent pas s’approcher des terrains », nous détaille-t-il.

Ce contrôle passe aussi par changer les habitudes du groupe. Il souhaite que tous les joueurs prennent leur repas ensemble et il fait en sorte que les entraînements soient plus courts que ceux de Rudi Garcia. « Ils durent en moyenne moins d’une heure », nous avance Romain Canuti qui suit le club au quotidien pour Le Phocéen. Mais, même si les entraînements durent moins longtemps avec le Portugais qu’avec le Français, leur façon de travailler est bien différente.

La tactique plus que la mentalité

Quand Rudi Garcia insistait beaucoup sur l’esprit de combat et la mentalité, André Villas-Boas, lui, est plus dans la gestion tactique et l’intensité. Fan de la périodisation tactique (manière qui consiste à une mise en pratique des situations de match à travers l’entrainement visant à améliorer les bonnes décisions et de comprendre le jeu), André Villas-Boas va demander beaucoup d’intensité et de concentration, ce qui explique la durée des entraînements.

« Rudi nous demandait beaucoup de courage en plus des consignes qu’il nous donnait. Peut-être qu’à la fin, il nous a un peu perdus mentalement et c’était compliqué ensuite. André, lui, c’est beaucoup de tactique. C’est du coup plus compliqué de perdre l’adhésion du groupe, c’est moins épuisant psychologiquement. Après, Rudi a eu une grosse longétivé à Marseille donc c’est relativement compliqué d’émettre des hypothèses », nous avance un autre joueur de l’effectif, qui admet tout de même être plus friand des entraînements du Portugais.

Et sur le terrain, ça donne quoi ?

Quand Rudi Garcia avait rapidement tout fait pour faire passer Payet en position de meneur de jeu, André Villas-Boas, lui, est plus un adepte du 4-3-3. Peu fan du double-pivot devant la défense, il s’est évertué à mettre en place deux éléments sur les ailes et un avant-centre. Même lorsque Germain (habituel attaquant de pointe) était titulaire, il évoluait bien sur l’aile droite. Payet, revenu de suspension, évolue lui aussi sur l’aile et pas dans l’axe contrairement à l’époque Garcia.

André Villas-Boas semble donc un peu moins flexible sur ses compositions d’équipe même s’il nous a habitués à modifier beaucoup ses systèmes en cours de jeu, ce que faisait beaucoup moins son prédécesseur. En d’autres termes, les deux hommes ont des façons de penser, de communiquer et de faire relativement différente, mais Rudi Garcia a beaucoup de circonstances atténuantes, rien qu’en raison de sa longévité. À André Villas-Boas de faire mieux et de, pourquoi pas, terminer sa carrière d’entraîneur à l’OM, comme il l’a déjà évoqué.