Le football italien n’est pas épargné par les scandales de racisme. Et la double confrontation récente entre l’AC Milan et la Lazio Rome (le 13 avril en Serie A et le 24 avril en demi-finale de la Coupe d’Italie) s’est ajoutée à la longue liste des tristes affaires de ce genre. Des tensions nées d’une brouille entre les Lombards Franck Kessié et Tiémoué Bakayoko, et le Romain Francesco Acerbi lors de la rencontre de championnat qui ont accouché d’actes racistes de la part de certains ultras de la Lazio avant et pendant le match de coupe. Un nouveau scandale qui a encore une fois affiché toute l’étendue du chantier transalpin en matière de lutte contre ces ignominies. Un constat douloureux à accepter, notamment pour Leonardo.

Dans un long entretien, ce dernier est d’ailleurs revenu sur cette double confrontation. « Premièrement, je ne parle pas parce qu’on a perdu (contre la Lazio, en demi-finale retour de la Coupe d’Italie). La Lazio a gagné sur le terrain et a mérité d’aller en finale. Deuxièmement, après l’affaire du maillot d’Acerbi, nous sommes intervenus pour résoudre ce cas, mais nous avons pris le soin d’éviter toute déclaration publique afin d’apaiser le plus possible l’approche de ce match de Coupe d’Italie », a-t-il déclaré dans une interview accordée à la Gazzetta dello Sport, avant de poursuivre sur cette affaire.

Leonardo se paie les politiques

« C’a été une grave erreur (de la part des deux joueurs milanais), que nous avons tout de suite reconnue. Mais dans cette affaire, l’histoire du maillot a été mise en avant alors que dans ce match, il y a eu des provocations, des insultes. Nous n’avons rien dénoncé. Nous avons puni nos joueurs et nous les avons condamnés publiquement. Gattuso a ensuite expliqué en conférence de presse que Bakayoko et Kessié s’étaient excusés. Acerbi avait ensuite envoyé des signaux de paix et Bakayoko les a bien accueillis. Nous avons fait en sorte que les deux joueurs se parlent ». Insuffisant puisque la commission de discipline a infligé une amende aux Rossoneri. Ce qui a eu le don d’agacer encore plus le Brésilien qui s’en est pris aux instances dirigeantes ainsi qu’à certains hommes politiques du pays.

« Avant la commission de discipline ne statue de manière très opportuniste, le secrétaire d’État à la présidence du Conseil des ministres, Giorgetti, et le président de la Fédération, Gravina, ont commenté très durement le comportement de nos joueurs et ont réclamé publiquement des sanctions. C’est curieux, pour ne pas dire grave non ? Par contre, après les insultes racistes faites à l’encontre de Kessié et Bakayoko mercredi dernier, je n’ai pas vu la même réactivité. Où étaient Giorgetti et Gravina ? Le vice-résident du Conseil (et ministre de l’Intérieur), Salvini, s’en est sorti avec un commentaire très général et a utilisé le mot « honte » seulement pour évoquer le jeu du Milan. Il faudrait surtout utiliser ce mot pour des faits bien plus graves ».

... et l’arbitre du match

Car pour Leonardo, après les incidents du match de Serie A entre les deux équipes, rien n’a été fait en amont pour éviter de nouvelles tensions autour du match de Coupe d’Italie. « La veille (du match de coupe), nous avons contacté toutes les parties prenantes les alerter : la fédération, la Ligue, les responsables de l’arbitrage, les responsables de l’ordre public ... Et nous avons lancé des appels à la responsabilité envers les joueurs. Ils étaient silencieux, nous étions silencieux. Mais comme si cela ne suffisait pas, le matin du match, il y a eu cette manifestation sur la Piazza Loreto (le déploiement de la banderole à la gloire de Mussolini par des ultras de la Lazio, ndlr). Il fallait prêter la plus grande attention afin d’éliminer toute forme de provocation pouvant entraîner la violence ». Enfin, après avoir tiré à boulets rouges sur les responsables politiques et les dirigeants du football italien, Leonardo n’a pas oublié qu’il lui restait une dernière cartouche à tirer. Et c’est l’arbitre du match à San Siro, M. Mazzoleni, qui se l’est prise de plein fouet.

« Il y avait mille raisons pour arrêter le match. Avec les nouvelles normes, on n’aurait même pas dû attendre la deuxième ou la troisième vague d’insultes pour réunir les équipes au centre du terrain et faire une annonce avant d’arrêter la rencontre en cas de récidive. Au lieu de ça, il n’y a rien eu. Tout le monde a entendu ces insultes et ces cris. Il y a eu deux annonces de faites donc ça veut bien dire que ces cris (de singe) étaient audibles. Pourtant, Mazzoleni a fait comme s’il avait été le seul à ne rien entendre. (…) On nous avait garanti que les pouvoirs publics seraient intervenus en cas de chants racistes. Mazzoleni avait déjà vécu le cas Koulibaly lors du match Inter-Naples. Nous étions tranquilles. Ce n’était pas à nous de bouger pour demander l’arrêt du match, d’autant qu’on ne voulait pas qu’on pense que ça nous servait d’alibi à cause du résultat. c’est Mazzoleni qui devait prendre la décision. Je pense que les arbitres devraient être mieux aidés par les institutions pour ne pas se retrouver seuls au monde dans ce genre de situation. » Un coup de gueule qui fera parler. Reste toutefois à savoir s’il fera réellement bouger les choses.