Qui est Ryan Mason, le nouvel entraîneur de Tottenham ?

Ancien milieu de terrain formé chez les Spurs et passé un éphémère instant à Lorient, Ryan Mason a vécu ses plus belles heures de joueurs sous la direction de Mauricio Pochettino à Tottenham. Parti du côté de Hull City, il voit sa carrière se stopper net un soir de janvier 2017 où une fracture du crâne le condamnera à prendre sa retraite à 27 ans, à défaut de lui ôter la vie. Reconverti entraîneur au sein de son club formateur, voilà que le destin le propulse à la tête de l'équipe première, devenant le plus jeune manager de l'histoire de la Premier League.

25 février 2016, Ryan Mason fête un but en Ligue Europa avec Nacer Chadli face à la Fiorentina
25 février 2016, Ryan Mason fête un but en Ligue Europa avec Nacer Chadli face à la Fiorentina ©Maxppp
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Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ce n'est pas José Mourinho qui sera sur le banc des Spurs en finale de Carabao Cup face à Manchester City, ni contre Southampton ce mercredi. Limogé en début de semaine, le Portugais ne pourra même pas prétendre à ramener le premier titre de Tottenham depuis 2008. À sa place, nous verrons le jeune Ryan Mason, 29 ans et déjà à la tête d'une grande équipe anglaise. Il assurera l'intérim au moins jusqu'à la fin de la saison, tentant de hisser le club dans le top 4 en Premier League, et donc de remporter la Coupe de la Ligue. Un sacré challenge pour celui qui n'était même pas coach il y a trois ans. Pas de quoi l'effrayer pour autant, il en a vu d'autres dans sa vie.

À vrai dire s'il n'avait pas connu une terrible fracture du crâne en janvier 2017, le forçant à mettre un terme à sa carrière de joueur, il ferait peut-être partie de l'effectif au même titre qu'un Harry Kane et un Hugo Lloris. Il a d'ailleurs joué avec eux. Formé à Tottenham, l'ancien milieu de terrain effectue ses premières apparitions 2008 à 17 ans. Prêté successivement dans les divisions inférieures à Yeovil Town, Doncaster puis Millwall, il effectue même une pige à Lorient en 2013, mais l'expérience tourne court. Christian Gourcuff ne compte pas sur lui et il se contentera de 4 petites apparitions avec la réserve des Merlus, aucune en Ligue 1, avant de repartir toujours en prêt du côté de Swindon Town.

Un petit tour à Lorient et puis s'en va

«Ce fut une mauvaise expérience, rembobinait Mason de son aventure bretonne dans le Daily Mail en 2016. J'étais assez proche de la première équipe de Tottenham et j'avais été un peu sur le banc. J'ai été titulaire pour la première fois en League Cup, puis je me blesse au genou. Rien de très grave mais j'ai été absent quelques semaines et je suis descendu dans la hiérarchie. Ce n'était probablement pas une bonne idée de choisir Lorient, mais je pensais que jouer dans le championnat de France serait mieux que de jouer en réserve. Ça n'a tout simplement pas fonctionné. J'avais hâte de rentrer à la maison. J'y étais seul de janvier à la fin de la saison. Au moins, j'ai appris un peu de français, c'est probablement la meilleure chose de cette expérience.»

La rencontre avec Mauricio Pochettino va tout changer. Déjà âgé de 23 ans, le box-to-box tape dans l'œil du nouvel entraîneur des Spurs en pré-saison. Malgré un physique assez frêle, ce qui lui a souvent été reproché en Angleterre, ses qualités, ses déplacements et son intelligence plaisent à l'Argentin. Il en fait même un de ses hommes de bases. «C'est peut-être une question de confiance. Le coach a reconnu que je m'entraînais bien. Il a dit que je jouerai pour lui en Premier League cette saison. C'était génial d'entendre ça.» Des paroles aux actes, il n'y a qu'un pas. De septembre à décembre, Mason enchaîne 11 titularisations de suite en Premier League, passant même devant des recrues onéreuses comme Paulinho et Mousa Dembélé.

Au prime de sa carrière sous Pochettino

Cette saison-là, Tottenham termine 5e de Premier League. Le joueur réalisera un exercice plein avec 37 rencontres disputées toutes compétitions confondues. Il est même en train de changer de dimension en devenant international anglais. En mars 2015, Roy Hodgson le convoque chez les Three Lions. Il entrera en jeu face à l'Italie, remplaçant Jordan Henderson. Ça sera son unique sélection. Mason ne le sait pas encore mais les pépins physiques vont l'assaillir. La saison suivante débute pourtant bien, mais, rapidement, il est victime d'un problème au genou, puis son absence se prolonge à plusieurs semaines pour une blessure à la malléole. De retour à la fin de l'hiver, le train est passé à Tottenham et ne s'arrêtera plus. Du moins que tant que joueur.

À l'été 2016, Hull City le recrute pour 15 M€, un montant record pour les Tigers. Mais tout bascule six mois plus tard en janvier lors d'un match de Premier League. À la lutte avec Gary Cahill sur un corner, le milieu de terrain ne se relève pas d'un duel trop âprement disputé avec le défenseur de Chelsea. Il est victime d'une fracture du crâne, une blessure rare en football. Transporté dans l'heure au St Mary's Hospital de Londres, il doit subir une intervention chirurgicale d'urgence, il y a hémorragie. Ses jours sont même en danger. Sauvé par les médecins, Mason reste de longues semaines en observation et doit régulièrement passer des batteries de tests avant de reprendre le chemin de l'entraînement.

L'accident et la retraite forcée

«Je dormais entre 20 et 22 heures par jour. Les médecins me réveillaient pour faire des tests et mesurer la tension artérielle, mais la plupart du temps je devais dormir… Je savais que j’avais des agrafes et des plaques de métal dans ma tête, mais c’est seulement six mois après que les médecins sont venus vers moi pour m’expliquer exactement ce qu’ils avaient fait. S’ils me l’avaient dit avant, je ne sais pas si j’aurais tenu. En tout, j’ai 14 plaques métalliques dans le crâne et 28 vis qui les maintiennent en place. Quarante-cinq agrafes ont été utilisées pour fermer la blessure autour de ma tête», énumérait plus tard le natif d'Enfield Town au magazine Four Four Two.

Le constat est implacable. L'homme à la tête de métal ne peut pas reprendre la compétition sans compromettre sa santé. En février 2018, plus d'un an après l'accident, Hull City annonce que son joueur doit prendre une retraite anticipée forcée. «C’est avec un profond regret que le club annonce qu’à la suite de sa blessure à la tête subie le 22 janvier 2017, Ryan Mason doit se retirer immédiatement du football. Ryan a demandé conseil à de nombreux neurologues et neuro-chirurgiens de renommée mondiale qui lui ont tous dit qu’un retour au football de haut niveau n’était pas conseillé.» Durant sa convalescence, il a eu le temps de cogiter. Le ballon rond reste sa passion et c'est vers le coaching qu'il se tourne rapidement. Tottenham lui propose même un poste dans son académie dès le mois d'avril 2018.

Plus jeune manager de l'histoire de la Premier League

Ce chemin lui était sans doute prédestiné. En même temps qu'il passe et obtient ses diplômes, Mason grimpe même vite les échelons. Il prend en main les U19 en juillet 2019 puis un an plus tard, il est nommé responsable du développement des jeunes U17 aux U23, un rôle central. En parallèle, il mène un combat autrement important en militant pour interdire le jeu de tête chez les enfants de moins de 11 ans. «Si vous avez un enfant de sept ou huit ans qui veut jouer de la tête contre une balle dure, alors que son cerveau et l'os dans son crâne ne sont pas complètement développés, ça pourrait potentiellement causer des dommages», interpelait le jeune retraité de 29 ans sur la BBC, citant en exemple le port du casque obligatoire aux États-Unis entre autres.

En matière de traumatisme crânien, le nouvel entraîneur des Spurs s'y connaît bien. Il a en partie remporté son combat, car la FA a officiellement pris position, assurant qu'elle engageait des recherches pour protéger les joueurs en cas de choc à la tête. L'histoire de Ryan Mason est souvent citée en exemple en Angleterre. L'annonce de sa retraite a ému, alors que sa venue sur le banc de son club formateur est pour le moment occultée par la Super League, dont Tottenham était un membre fondateur avant de se retirer. «Il y a de nombreuses émotions qui traversent mon esprits en ce moment, mais la plus importante est probablement la fierté», a lâché en conférence de presse le désormais plus jeune manager de l'histoire de la Premier League, avant d'affronter Southampton en championnat.

Une première médiatique où il a d'ailleurs été plus question de son histoire personnelle, de sa relation avec Mauricio Pochettino, avec qui il a «échangé quelques messages et m'a souhaité bonne chance», que de plan de jeu. «Ce que je peux vous garantir, c'est que je vais tout donner dans les sept prochains matches pour préparer les joueurs à gagner », promettant des joueurs «courageux et agressifs.» «Le football est un sport fou et... fou (il insiste). C'est bizarre, j'ai tellement vécu en tant que joueur, j'ai dû faire face à tellement de choses, avoir une blessure grave, me battre pour ma vie, revenir, devoir prendre ma retraite, arriver à ça : entraîner un grand club de football, le représenter et apprendre... c'est fou.»

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