Reda Hammache : « le Red Star FC est prêt à assumer ses ambitions »

La nomination de Reda Hammache intervient au cœur d’une séquence historique dans l’actualité du Red Star FC, celle du rachat du club audonien par les investisseurs américains de 777 Partners. Son arrivée s’inscrit dans la volonté des nouveaux propriétaires, ainsi que celle de Patrice Haddad, maintenu au poste de président qu’il occupe depuis 2008, de faire grandir le club tout en préservant son très fort ancrage local. Originaire de Seine-Saint-Denis, Reda Hammache qui a été Directeur Sportif en Ligue 1 du côté de Nîmes, arrive au Red Star avec toute son expertise du milieu du football. Que ce soit à travers l’objectif Ligue 2 pour retrouver l'élite et pour avoir l'agrément du centre de formation ou avec la politique d'ancrage territoriale pour continuer d’attirer et mettre en lumière les talents franciliens et de cultiver ainsi l’identité singulière du Red Star, Reda Hammache évoque l’actualité sportive du Red Star FC.

Reda Hammache à Marville au centre d'entrainement du Red Star (crédit photo Red Star)
Reda Hammache à Marville au centre d'entrainement du Red Star (crédit photo Red Star) ©Maxppp

FM : Reda Hammache, pourquoi avez-vous rejoint le Red Star ?

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Reda Hammache : il y a une part d'affect. Je suis issu du territoire. C'est un club que je connais très bien, que j'ai vu évoluer, avec ses hauts et ses bas. Et j'ai toujours perçu le potentiel de ce club. Et aujourd'hui, je pense que c'est le bon moment pour rejoindre le Red Star, parce qu'après tout ce qu'il a vécu, j'ai le sentiment qu'il est enfin structuré, organisé, grâce au travail qu'a pu faire Patrice Haddad depuis 14 ans. Aujourd'hui, j'arrive très facilement à percevoir le potentiel de développement à très court terme mais aussi sur le long terme. Là où, avant, ça relevait de l'utopie. D'avoir le nouveau Bauer sur le même site que le stade actuel, d'avoir un centre d'entraînement de qualité, d'avoir des équipes de jeunes qui commencent à performer et continuer à développer une image très positive sur le territoire. Tout est mis en place pour que le Red Star aille plus haut.

FM : votre arrivée entre aussi dans la stratégie globale menée par le club depuis plusieurs années au niveau de l'ancrage dans le territoire et de toutes les solutions apportées pour aider les jeunes au niveau du football et de l’éducatif avec le Red Star LAB.

RH : pour moi qui suis né ici, qui ai grandi, joué, entraîné et recruté ici, c'est important et ça représente quelque chose de fort, une sorte de retour aux sources. J'ai encore un ancrage familial très fort à l'heure actuelle, dans les différents quartiers de la ville de Saint Denis ou même ici, à Saint-Ouen. Le sens des responsabilités à mon niveau, je le perçois encore plus ici au Red Star que ça aurait été le cas dans un autre club. Le Red Star FC a vocation à former des joueurs de football, mais également d’ouvrir cette jeunesse à d’autres horizons si jamais ils ne réussissent pas à devenir joueur professionnel. On ne se substitue pas à l’Éducation nationale, on a en plus du foot, en plus de l’enseignement traditionnel, ce troisième pilier qui est à la fois artistique, culturel, éducatif avec le Red Star LAB.

FM : dans quel état avez-vous trouvé le club à votre arrivée, aussi bien au niveau des infrastructures que du sportif ?

RH : j'ai été très agréablement surpris. J'ai surtout découvert un club qui est prêt à pouvoir assumer ses ambitions. Quand on discute un peu avec les personnes en interne, j'entends souvent dire que c'est un club qui est structuré pour le monde professionnel. Aujourd'hui, en vivant les choses de l'intérieur depuis deux semaines, j'ai la confirmation de cela. Le Red Star doit retrouver la Ligue 2, et cette anomalie doit être corrigée le plus rapidement possible.

FM : quelle va être votre mission au sein du club ?

RH : globalement, c'est la gestion de l'ensemble du département sportif, qui intègre l'équipe première avec toutes ses composantes, dont le recrutement. Mais également toute la partie "jeunes", qui est aujourd'hui représentée par l'association dont Souleymane Camara est le manager général, mais qui, à terme, en plus de l'association, sera mise en lumière par le centre de formation. À très court terme, l'urgence, c'est de gérer tous les sujets qui ont trait à l'équipe première, puisqu'on est dans une phase transitoire, qui est le bilan de la saison et la préparation de la saison à venir. Avec l'ambition de pouvoir être prêt dès la reprise de l'entraînement, fin juin.

FM : forcément, vous avez déjà un plan en tête pour y parvenir...

RH : ça va passer par la consolidation de ce qui s'est bien fait cette saison, et notamment sur la deuxième partie du championnat. Il y a cette volonté de devoir s'appuyer sur l'ossature de l'effectif actuel avec une certaine stabilité que l'on souhaite promouvoir à travers le staff et les joueurs. Ensuite, pouvoir identifier les axes de progression pour pouvoir agir en conséquence. Au fur et à mesure de mon diagnostic, je commence déjà à percevoir certains axes de développement.

«Notre volonté est de continuer avec Habib Beye »

FM : et avec Habib Beye à la tête de l'équipe ?

RH : Le président s'est déjà exprimé à ce sujet la semaine dernière en évoquant la volonté de vouloir continuer l'aventure avec Habib, c'est également ma volonté et celle de tout un club. On travaille ensemble en ce sens et on espère pouvoir concrétiser ça rapidement.

FM : en quoi votre expérience de directeur sportif au Nîmes Olympique en Ligue 1 va-t-elle vous aider dans cette mission ?

RH : ça serait une erreur de ne pas m'appuyer sur l’expérience que j’ai pu engranger à Nîmes. Maintenant, ce sont deux contextes complètement différents incarnés par des personnes différentes sur un territoire différent. À moi également de m'adapter dans ce nouvel environnement de travail.

FM : quels ont été vos premiers rapports avec 777 Partners (le nouveau propriétaire américain du Red Star) depuis votre arrivée au club ?

RH : un des éléments marquants des échanges que j'ai pu avoir avec 777 Partners, c'est le niveau de passion qui se dégage chez chacun d’entre eux. Aujourd'hui, ils vont être supports sur pas mal de sujets, notamment sur des sujets liés à la performance dans son ensemble, mais ils sont également dans un véritable état d'esprit d’échanges et de partages, pour que nous puissions prendre les meilleures décisions.

«777 a complètement adhéré à l'idée de me voir rejoindre le club»

FM : c'est un signal fort d'ailleurs de voir la nomination de quelqu'un du territoire, qui connaît parfaitement le football francilien plutôt qu'un directeur sportif étranger ou ne connaissant ni le club ni son histoire...

RH : ils auraient pu demander au président Patrice Haddad d'étudier des profils complètement différents, mais ce n’est pas la feuille de route. 777 a complètement adhéré à l'idée de me voir rejoindre le club. Parce qu'ils ont tout de suite perçu la pertinence de me voir rejoindre ce projet.

FM : à ce sujet, quelle va être votre marge de manœuvre concernant le sportif par rapport à 777 ?

RH : un des éléments fondamentaux de toutes les discussions, aussi bien celles que le président a ou celle que je peux avoir avec le groupe, c'est justement cette capacité à s'adapter à nos demandes et donc forcément à notre point de vue, du moment que c'est maîtrisé et que ça rentre dans un cadre qui est déterminé en amont.

FM : avez-vous une idée des contours de la future équipe du Red Star version 2022-23 ?

RH : on veut se donner la possibilité de renforcer l'existant. La priorité, c'est de conserver un certain nombre de joueurs au sein de l'effectif pro. On souhaite conserver l'ossature de l'équipe qui a performé sur la deuxième partie de saison. En admettant que le match contre Sète, qui a été arrêté, aurait pu se transformer en une victoire, on est 5e du classement avec la deuxième meilleure attaque et la quatrième défense. On est sur des standards qui, à l'échelle d'une saison, peuvent nous permettre d'envisager la montée. Ça serait une erreur de ne pas s'appuyer là-dessus. Dans un second temps, il s’agira d'adapter le recrutement en fonction de la stabilité qu'on va réussir à amener au sein de l'effectif pro.

FM : au-delà du recrutement, il y a forcément des axes à améliorer au sein du club pour faire encore mieux que cette saison.

RH : au quotidien, il y a une forte volonté de renforcer certains axes comme la performance individuelle, l'analyse vidéo, l'utilisation de la data de manière plus poussée. On a tout un volet qui a trait à la performance athlétique, on veut continuer de développer aussi nos méthodologies d'entraînement, chose qu'on a déjà commencé à faire avec notamment l'arrivée de Pierre Sage au mois de janvier, qui était auparavant à l'Olympique Lyonnais. On souhaite renforcer et consolider également la cellule de recrutement existante, qui se compose aujourd'hui de deux personnes. Et en parallèle, la formation, qui est un volet très important pour nous.

FM : la formation, justement. En National, vous n'avez pas d'agrément pour le centre de formation. Mais vos U16, qui viennent de monter en U17 Nationaux, montrent qu'aujourd'hui, vous avez un vrai savoir-faire au niveau de la formation...

RH : le paradoxe, c'est qu'on a le sentiment de ne pas être très loin de ce qu'on souhaite avoir comme configuration au niveau de la formation. Mais toujours avec cette contrainte liée au fait de ne pas avoir d'agrément qui fait qu'à un moment donné, on perd nos meilleurs éléments. Il y a un travail considérable qui a été effectué par l'association ces dernières années, sous la houlette de Souleymane Camara et avec qui je travaille en étroite collaboration sur tous ces sujets. Ce travail commence à porter ses fruits. On a des équipes ultras performantes au niveau de l’école de foot, de la préformation, et de la formation, avec notamment le très beau parcours des U16 Elite, qui nous permettent d'accéder aux U17 Nationaux, le plus haut nationalement au niveau des jeunes. En parallèle, on a l'équipe réserve, qui est en lice pour monter en National 3. Demain, avec une configuration de ce type, si on est en Ligue 2, on est déjà dans la capacité de pouvoir demander immédiatement l'agrément pour le centre de formation, puisqu'on a déjà les infrastructures sur le Parc Marville. On a vraiment le sentiment de ne pas être très loin. Mais on a besoin de continuer à faire plus, tous ensemble, pour pouvoir atteindre cet objectif, à savoir la Ligue 2, qui nous permettra enfin d'arrêter d'être pillés… Il faut savoir que, sur les dix dernières années, ce n’est pas moins de 65 joueurs qui ont quitté le club pour rejoindre des structures professionnelles. Ça représente beaucoup et c'est un manque à gagner considérable pour le club, notamment en terme de protection et de mise en lumière du territoire.

«40 % de joueurs du groupe pro issus de la région parisienne, on peut faire encore plus»

FM : le président Haddad nous confiait d'ailleurs, lors d'une précédente interview, qu'il rêvait d'avoir 75 % des joueurs de son équipe issus du territoire, est-ce possible selon vous ?

RH : l'effectif pro actuel est composé à 40 % de joueurs issus de la région parisienne. Nous, on estime, au regard de la richesse du territoire, qu'on peut faire encore plus. Cela implique que ça fait partie des axes de développement. Mais si on le compare à d'autres clubs, on pourrait considérer que c'est déjà très bien et s'en contenter. Mais non, on est conscient de la richesse du territoire et on veut se rapprocher d'un modèle qui pourrait ressembler à d'autres clubs européens qui s'appuient sur leurs territoires. Après, l'idée c'est de ne pas s'enfermer dans des chiffres ou des quotas parce que ça sous-entendrait qu'on serait fermé à la compétence extérieure, ce que je ne veux absolument pas. Mais avec l’ouverture du centre de formation, on pourra accompagner nos jeunes jusqu’à l’équipe pro.

FM : concernant vos ambitions, est-ce que celui de devenir à terme le deuxième club de Paris en fait partie ?

RH : on doit surtout se concentrer à conserver la singularité du club et éviter de regarder ce que font les autres clubs. On estime que, si on travaille bien, on sera récompensé, mais ça n'empêche pas d'avoir des ambitions à très court terme, qui vont générer d'autres ambitions derrière. En restant très concentré sur le respect de ce que doit être le Red Star, son identité, son histoire et ses valeurs.

«Il faut que tout le monde soit au diapason»

FM : en parlant de valeurs, aujourd'hui, il y a une vraie fracture avec une partie de vos supporters qui refusent l'arrivée du nouvel investisseur américain 777...

RH : c'est vrai. Au niveau du sportif, le message qu'on veut faire passer, c'est qu'on a forcément besoin d'eux parce qu'on connaît l'importance d’un public comme celui de Bauer. Aujourd'hui, je viens aussi dans ce club pour ça, pour vivre des émotions fortes à Bauer. On a besoin d'eux, mais on est obligé de dire aussi qu'on veut que ça se passe dans un cadre autre que celui qu'on a vécu contre Sète. Avec les jets de fumigènes sur le terrain, on a perdu la rencontre sur tapis vert 3-0 et on a aussi été pénalisé d’un point au classement. Quatre points de perdus, c’est énorme.

FM : en quelque sorte, vous voulez qu'on laisse le temps à 777 de faire ses preuves.

RH : les signaux de l'interne ne vont pas à l'encontre de ce qu'ils veulent. On prône la stabilité, on prône l'appartenance, le territoire, la singularité du club et de ses valeurs. Ce qu'on fait au quotidien va dans ce sens. Au regard des ambitions sportives, on n’a pas de temps à perdre, il faut que tout le monde soit au diapason pour le premier match de championnat. On doit tout de suite marquer de notre sceau l'ambition et l'impact qu'on veut mettre dans la dynamique de jeu, dans la dynamique d'équipe et, pour cela, on aurait besoin d'une dynamique au stade, forcément.

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