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«Faire mieux à chaque compétition organisée» : le Qatar poursuit son développement après la Coupe du Monde 2022

Quatre ans après la Coupe du Monde 2022, le Qatar ne se repose pas sur ses lauriers. Entre organisation de grands événements internationaux et développement d’un championnat domestique en pleine mutation, l’émirat poursuit sa stratégie pour bâtir un héritage durable pour le sport.

Par Valentin Feuillette
8 min.
Aspire Zone @Maxppp

Quatre ans après avoir accueilli la première Coupe du monde de football organisée au Moyen-Orient, le Qatar continue d’affirmer sa place sur la carte mondiale du sport. Loin de considérer l’événement de 2022 comme un point final, l’émirat s’inscrit dans une dynamique de continuité, portée par une vision claire : capitaliser sur l’héritage laissé par le Mondial pour élever encore ses standards organisationnels et renforcer son attractivité internationale. À Doha, le sport n’est plus un simple outil de visibilité, mais un véritable levier de développement à long terme. La Coupe du Monde 2022 reste, dans les esprits qataris, bien plus qu’un souvenir. Elle constitue une référence, un socle sur lequel s’appuie désormais chaque nouvel événement organisé dans le pays. L’accueil des supporters venus des quatre coins du globe, la proximité des sites, la sécurité et l’expérience offerte au public ont profondément marqué les acteurs locaux. Un héritage que le Qatar revendique et cherche à faire vivre au fil des compétitions, avec la volonté affirmée de reproduire et même de dépasser, ce qui a été accompli durant ce mois historique.

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C’est dans cette logique que s’inscrit le discours du Dr. Ahmed Abbassi, directeur exécutif des compétitions et du développement du football à la Qatar Stars League, lorsqu’il évoque l’impact durable de la Coupe du monde et la philosophie qui guide aujourd’hui l’organisation des événements sportifs dans l’émirat. « Nous avons vécu un mois extraordinaire dans le pays durant la Coupe du monde 2022. Ce fut une période merveilleuse pour nous, car nous avons accueilli le monde entier et pu mettre en avant notre culture, notre hospitalité, notre pays magnifique, ainsi que notre sécurité et notre art de vivre. Nous avons partagé ce moment de bonheur avec la planète entière. C’est un honneur et un immense plaisir pour nous de pouvoir revivre ce type d’expérience à chaque opportunité qui se présente. Cette année encore, nous avons eu la satisfaction d’organiser de nombreux événements sportifs, pas uniquement dans le football, mais aussi en Formule 1, en UFC, en basketball et en tennis. À chaque fois, notre exigence est de viser le plus haut niveau possible. Notre objectif est d’offrir à tous les sportifs, aux dirigeants, aux arbitres, aux entraîneurs, aux volontaires, à toutes les personnes qui travaillent dans le football, ainsi qu’aux passionnés de sport en général, la possibilité de vivre des moments uniques, dans les meilleures conditions qui puissent exister ».

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4 compétitions organisées à Doha en deux mois

La concentration exceptionnelle d’événements sportifs à Doha, en l’espace de deux mois, illustre cette ambition : la Coupe du Monde U-17, la Coupe Arabe, la Coupe intercontinentale et la Coupe du Golfe U23. Pour Jassim Abdulaziz Al Jassim, directeur général du comité local d’organisation des événements de football au Qatar, cette réussite dépasse largement le simple cadre sportif : « le tournoi a rencontré un succès immense. J’ai personnellement observé des joueurs terminer leur rencontre, prendre une douche, se changer, puis se rendre dans un autre stade pour soutenir une autre équipe et assister à un match qui se jouait en parallèle. À mon sens, c’était tout simplement la meilleure organisation que l’on ait jamais vue. La rencontre entre le Japon et le Mexique a énormément fait parler sur les réseaux sociaux, mais ce n’était qu’un exemple parmi beaucoup d’autres. On a souvent vu des joueurs d’équipes différentes se retrouver pour regarder un match ou passer du temps ensemble. Il n’était pas rare de voir, par exemple, un joueur brésilien jouer au baby-foot avec un joueur suisse. Au départ, nous avions quelques inquiétudes sur le bon fonctionnement de ce modèle. Aujourd’hui, nous voulons capitaliser sur ce succès pour les quatre prochaines éditions ». Une organisation millimétrée qui a permis aux acteurs du jeu de vivre les compétitions autrement, dans un cadre propice aux échanges et à la rencontre, notamement la Coupe du Monde des moins de 17 ans remportée par le Portugal.

Au-delà du succès populaire et médiatique, ces compétitions ont également servi de laboratoire à de nouvelles idées. Inspiré par l’expérience de 2022, le Qatar a cherché à repousser les limites en matière de programmation et de simultanéité des rencontres à l’Aspire Zone. Une approche assumée, pensée pour offrir au public une diversité de spectacles rarement observée ailleurs : « nous cherchons en permanence à nous challenger afin de faire encore mieux lors des prochaines éditions. Pendant la Coupe du monde 2022, beaucoup ont souligné à quel point il était exceptionnel de pouvoir assister à trois ou quatre matchs le même jour. Nous nous sommes donc lancé le défi de dépasser encore cette expérience. Lors de la Coupe du monde des moins de 17 ans, nous avons accueilli 48 équipes. Huit matchs se disputaient chaque jour, simultanément, sur des terrains situés côte-à-côte dans l’Aspire Zone. Tous les spectateurs présents avaient ainsi le privilège de pouvoir suivre, au cours d’une même journée, un peu du Brésil, puis du Maroc, de l’Argentine, du Portugal, de l’Autriche ou encore de l’Italie», détaille avec passion Dr. Ahmed Abbassi.

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Cette montée en puissance alimente naturellement les spéculations autour de futures candidatures à l’organisation de grandes compétitions internationales. Mais au Qatar, la prudence reste de mise. Avant d’envisager de nouveaux projets d’envergure, les autorités préfèrent analyser en profondeur les impacts économiques, sociaux et touristiques de tels événements. Même si la Coupe du monde des clubs 2029 pourrait être une prochaine étape pour le Qatar : « ce sujet n’a pas encore été abordé en interne. Le pays mène actuellement une étude approfondie sur l’organisation de grands événements, afin d’en analyser les retombées économiques, financières, touristiques et sociales. Ce n’est qu’une fois cette étude finalisée que nous envisagerons éventuellement de déposer une candidature. À ce stade, aucune discussion n’a eu lieu ; je pense donc qu’il s’agit uniquement de rumeurs concernant une édition en 2029. Je ne crois pas non plus que la FIFA ait entamé des échanges à ce propos. En revanche, j’avais beaucoup apprécié l’édition 2025 », a poursuivi Jassim Abdulaziz Al Jassim lors de notre entretien à Doha, qui rappelle que toute ambition future s’inscrira dans une stratégie globale réfléchie.

Un championnat qui progresse

Parallèlement à l’organisation d’événements internationaux, le Qatar s’attache à renforcer ses compétitions domestiques. La Qatar Stars League connaît ainsi une transformation profonde, tant sur le plan sportif que structurel. Loin de se contenter d’attirer des joueurs en fin de carrière, le championnat a progressivement trouvé un équilibre entre expérience, jeunesse et potentiel. Dr. Ahmed Abbassi insiste sur cette évolution, symbole d’une stratégie de développement assumée et structurée : « au cours des quatre dernières années, le championnat a profondément évolué. Il s’agit aujourd’hui d’une compétition totalement différente, qui a trouvé un véritable équilibre entre des joueurs de renom capables d’apporter encore beaucoup sur le terrain, comme Marco Verratti, Julian Draxler ou Joselu, et des joueurs en pleine maturité sportive, à l’image de Roger Guedes ou Rodri Sanchez. Ce sont des profils âgés de 24, 25 ou 26 ans. À cela s’ajoute le talent de très jeunes joueurs de 18 ou 19 ans issus de l’académie de Barcelone, ainsi que de jeunes champions du monde en provenance d’Uruguay ». Les chiffres viennent appuyer cette progression. En quelques années, la valeur du championnat a fortement augmenté, tandis que le profil des joueurs a évolué vers davantage de jeunesse et d’intensité.

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Selon un benchmark de la saison 2024-2025 réalisé par SkillCorner, la Qatar Stars League (QSL) s’impose comme l’un des championnats les plus exigeants physiquement. Elle surpasse l’UAE Pro League et la Saudi Pro League en distance totale parcourue et en intensité, avec 16 % de distance à haute intensité en plus que le championnat émirati et 5 % de plus que la ligue saoudienne. La QSL affiche également un volume de course légèrement supérieur à celui de la Liga espagnole et se classe première en Asie dans l’équilibre entre distance totale et intensité, devant la Corée et le Japon. Fait marquant, elle est la ligue générant le plus de pressions à haute intensité, devant les cinq grands championnats européens et asiatiques, malgré une capacité de conservation du ballon sous pression encore perfectible. Une dynamique qui rend la compétition plus attractive, plus disputée, et qui permet à l’ensemble des clubs de nourrir des ambitions légitimes. Mais pour les dirigeants qataris, cette croissance ne saurait être uniquement quantitative.

La durabilité du modèle, la stabilité économique et la qualité du produit sportif restent au cœur des priorités. Une vision que conclut Dr. Ahmed Abbassi, fier du chemin parcouru, mais résolument tourné vers l’avenir : « nous avons réussi à faire grandir le championnat. Sa valeur marchande a plus que doublé : elle a augmenté de 150 % au cours des trois dernières années. Dans le même temps, nous avons rajeuni l’effectif global, en faisant passer l’âge moyen des joueurs de 32 à 27 ans. Aujourd’hui, cela se traduit par un championnat de qualité, plus intense, avec davantage de jeunes joueurs capables de maintenir un rythme élevé. C’est une compétition attractive, où chaque club a la possibilité de se battre pour le titre. Mais nous ne comptons pas nous arrêter là. Nous poursuivons notre trajectoire de développement en mettant l’accent sur la durabilité, un axe essentiel pour nous, et nous sommes extrêmement fiers du chemin parcouru ». Quatre ans après avoir accueilli la Coupe du Monde 2022, le Qatar continue de capitaliser sur cet héritage.

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