Liga : pourquoi le Real Madrid a repris le titre au FC Barcelone

Le Real Madrid est champion d'Espagne pour la 34e fois de son histoire. Une saison pendant laquelle les troupes de Zinedine Zidane ont su se montrer supérieures à leur rival barcelonais.

Vinicius Junior et Karim Benzema sous le maillot du Real Madrid
Vinicius Junior et Karim Benzema sous le maillot du Real Madrid ©Maxppp

Ces dernières années, le Real Madrid a fêté de nombreux succès en Europe, avec pas moins de quatre titres de Ligue des Champions. Mais sur la scène nationale, qui reste très importante pour celui qui se veut le plus grand club du Vieux Continent mais aussi de son pays, forcément, c'est le FC Barcelone qui fait la loi. Les Catalans ont remporté huit des onze dernières Ligas, et si on prend en compte la surprise Atlético de Madrid en 2013/2014, les Merengues ont dû se contenter de deux petits sacres. Un bilan rachitique donc, surtout que les Barcelonais n'ont pas toujours été au top, à l'image du titre de la saison dernière. Et cette saison enfin, les troupes de Zinedine Zidane vont pouvoir retrouver la gloire. Des trophées remportées, inutile de se voiler la face, en grande partie grâce à Lionel Messi, bien épaulé par Marc-André ter Stegen.

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Cette saison, le Real Madrid a plus ou moins su inverser la tendance. Forcément, c'est en partie à cause du FC Barcelone, qui a encore baissé d'un cran par rapport à la saison dernière. Les Catalans, qui ont connu un changement de coach en cours de saison pour la première fois depuis 2003, ont effectivement connu encore plus de difficultés sur le plan individuel. Une fois n'est pas coutume, l'apport des recrues a été assez négatif, de nombreux de joueurs sont clairement sur la fin à l'image d'Ivan Rakitic, Arturo Vidal voire même Luis Suarez, et le rendu collectif a aussi été assez moyen. Quique Setién n'a pas vraiment réussi à donner un second souffle à une équipe qui était déjà en bout de course en janvier lors de son intronisation, et au fur et à mesure que les jours avancent, on évoque une distanciation de plus en plus importante entre les joueurs et leur entraîneur. Seules les apparitions de Riqui Puig et d'Ansu Fati sont venues apporter un peu de joie à une saison globalement morose.

Un état d'esprit différent

De son côté, Zinedine Zidane a tout de même essuyé quelques critiques. Premièrement, car son équipe n'a que très rarement proposé un football attirant, et l'animation offensive merengue reste globalement assez médiocre, dépendant excessivement de quelques coups de génie de ses meilleurs éléments. On parle là d'une équipe qui a remporté par exemple deux de ses derniers matchs sur le score de 1-0 grâce à deux penaltys de Sergio Ramos. Là aussi, on retrouve quelques maux communs aux deux équipes. Des individualités en difficulté - on peut citer Eden Hazard ou Marcelo - une défense loin d'être sereine et des séquences offensives très poussives. Globalement, le bilan reste assez peu glorieux, et en Espagne, on parle clairement d'un champion au rabais. Un spectateur neutre a-t-il plus pris plaisir devant les Blancos que les Blaugranas cette saison ? Pas sûr. Concrètement, le Real Madrid est-il vraiment meilleur que le FC Barcelone ? La réponse est en revanche évidente sur ce coup : oui, ce Real Madrid édition 2019/2020 est bien meilleur que son ennemi juré.

Certains signes ne trompent pas. On peut le voir sur le repli défensif des deux équipes, où la densité des efforts des joueurs du milieu et de l'attaque est totalement différente côté merengue que côté barcelonais. Les Madrilènes sont par exemple mieux rodés tactiquement lorsqu'il s'agit de se replier ou de défendre devant leur surface. Ce n'est peut-être pas flagrant d'un point de vue statistique, mais certains signes ne mentent pas. Un Ferland Mendy semble bien plus impliqué dans les labeurs défensif que Jordi Alba, son pendant à Barcelone. Dans des domaines plutôt liés à l'état d'esprit et à la solidarité, souvent tout aussi importants que l'aspect tactique dans des luttes au coude à coude comme celles-ci, l'équipe de la capitale est aussi bien au-dessus de son rival de toujours. On le voit lorsque les milieux ou les joueurs plus offensifs compensent les montées des latéraux, ce qui est extrêmement rare à Barcelone par exemple.

Zidane contrôle et exploite du mieux possible son vestiaire, qu'en est-il de Setién ?

Même si nous n'avons logiquement pas accès à l'intimité des deux vestiaires, les signes visuels envoyés des deux côtés ne trompent pas forcément. Les télévisions espagnoles ont, à plusieurs reprises déjà, diffusé des images des fameuses pauses d'hydratation du FC Barcelone, où les joueurs semblent peu concernés par les consignes tactiques données par Eder Sarabia, l'adjoint de Setién, et par l'entraîneur catalan lui-même. Tout le contraire de ces mêmes séquences côté madrilène, où on voit des joueurs particulièrement attentifs aux instructions distillées par le Marseillais. Un body language qui pourrait être anecdotique, mais ensuite, sur le terrain, on sent bien que le discours de Setién ne passe pas forcément. A-t-il plié face aux cadres du vestiaire ? A-t-il été obligé de faire des concessions sur son style de jeu pourtant si offensif habituellement ? Personne ne le sait, mais on est bien loin de ce qu'il nous avait promis en conférence de presse et de son éloge du Cruyffisme.

Zinedine Zidane lui en revanche, bien qu'on ne puisse pas parler de spectacle particulièrement convaincant tous les week-ends, arrive tout de même à proposer quelque chose de cohérent avec ses idées. On le voit notamment au niveau de ses schémas tactiques, où il parvient à enchaîner le 4-3-3 et le 4-4-2 sans trop de soucis et sans que ses troupes en pâtissent vraiment, au contraire. Dans un système qui fonctionne plus ou moins bien, Zizou n'a donc pas vraiment eu de difficultés à intégrer des joueurs comme Ferland Mendy, Fede Valverde (déjà présent au club mais peu utilisé), Éder Militão qui est plutôt convaincant ces derniers temps ou même un Vinicius Junior qui est sur une belle courbe ascendante. Les soucis d'Eden Hazard semblent aussi s'expliquer, en grande partie, par des pépins physiques plus que par un problème d'entraîneur. Côté catalan, il est vrai qu'Ansu Fati et Riqui Puig ont commencé à montrer de belles choses, mais Antoine Griezmann n'a pas été au niveau et Frenkie de Jong, sans être mauvais, n'a pas encore montré son meilleur visage.

Lionel Messi, une dépendance qui coûte cher ?

Pendant des années, la lutte entre le Real Madrid et le FC Barcelone a été symbolisée par le duel entre les deux plus grands joueurs de la planète, Lionel Messi et Cristiano Ronaldo. Les deux hommes, tout de même bien épaulés, ont porté leur équipe à bout de bras dans un des plus grands duels individuels - si ce n'est le plus grand - de l'histoire. Désormais, La Pulga est seule. Une situation qui fait les affaires du FC Barcelone, puisque si l'Argentin est toujours aussi décisif, les buts du Portugais manquent clairement à Madrid. Même si Karim Benzema a réussi à hausser son apport statistique, le club de la capitale n'a pas réussi à remplacer les buts du Lusitanien. Mais à Barcelone, le constat est clair : on est trop dépendant de Lionel Messi. Certains estiment que cette dépendance aux coups de génie du numéro 10 peut donc être néfaste. Un argument qui peut se tenir, dans la mesure où l'animation offensive catalane est souvent phagocytée par le natif de Rosario. Un bel exemple reste le nombre de montées de Jordi Alba où ce dernier préfère jouer pour LM10 même s'il a des partenaires mieux placés. Ce qui donne donc souvent un Barça trop prévisible, et on peut imaginer que le transfert de Griezmann avait aussi pour but d'atténuer cet effet de dépendance intense.

Il serait une énorme bêtise de dire que Lionel Messi est un poids pour le Barça - d'autant plus qu'on a vu qu'à Madrid on souffre toujours du départ de CR7 - mais force est de constater qu'il serait probablement plus intéressant pour l'équipe que le jeu tourne moins autour de l'Argentin. Cela pourrait se régler par l'arrivée d'une nouvelle star, ou la prise de pouvoir d'un joueur dans l'entrejeu (Riqui Puig par exemple), qui prendrait les commandes au milieu sans que l'Argentin doive décrocher jusqu'au milieu à chaque action pratiquement. A Madrid, on sent effectivement que le danger peut venir de plusieurs joueurs différents. C'est surtout la ligne des milieux et les joueurs au profil défensifs qui parviennent à apporter un vrai plus si on compare avec ceux du FC Barcelone, à l'image des nombreuses tentatives de Kroos ou Casemiro, alors que les joueurs axiaux du Barça sont plus timides. De même pour les latéraux qui apportent globalement plus à Madrid.

Le règne des tauliers ?

Zinedine Zidane reste un entraîneur assez conservateur, qui fait confiance à ses tauliers, mais il n'hésite pas à effectuer des rotations de match en match. On n'ira peut-être pas jusqu'à dire que le Français marche à la méritocratie lorsqu'il choisi ses hommes, mais les joueurs en forme ont globalement un peu plus d'opportunités, tout comme les rotations sont plus nombreuses pour permettre à des joueurs moins habituels de faire leurs preuves. Du côté de Barcelone, ce n'est pas vraiment le cas. Il est ainsi difficile de justifier les multiples titularisations de joueurs comme Arturo Vidal, et même s'il est capable de sortir un but extraordinaire à tout moment, Luis Suarez ne devrait peut-être pas enchaîner tous les matchs. Il est difficile aussi de comprendre pourquoi Puig et Fati jouent aussi relativement peu, et même s'il faut logiquement gérer le temps de jeu de joueurs aussi jeunes, surtout dans le cas du premier, beaucoup de monde souhaite les voir titulaires régulièrement à Barcelone.

Certains évoquent ainsi une main-mise du vestiaire sur les choix sportifs. Là aussi, nous ne pouvons pas différencier ce qui est vrai de ce qui reste au stade de la rumeur, mais le constat est encore évident : les joueurs avec le plus de pouvoir dans le vestiaire, ou du moins ceux qui sont le plus proches des tauliers, ont souvent un temps de jeu relativement élevé compte tenu de leurs performances. Et ça, sur le terrain, ça se voit, là où Zinedine Zidane n'hésite par exemple pas à mettre Luka Modric ou Marcelo sur le banc de touche. Il a également réussi à éviter des polémiques majeures en mettant au placard des joueurs comme Gareth Bale ou James Rodriguez sans que cela ne fasse tant parler, là où Setién a dû se justifier à de nombreuses reprises pour une mise sur le banc d'Antoine Griezmann par exemple.

Une meilleure condition physique... et plus de diversité face au but

Précédemment, nous avons évoqué une meilleure assise défensive côté merengue. Ceci s'explique par des raisons tactiques, mais pas que. Force est de constater que physiquement, la différence de niveau entre les deux géants de la Liga est effarante. Un constat qui était déjà vrai avant l'interruption du foot, mais qui est encore plus flagrant en ce moment. Les joueurs de Zinedine Zidane semblent effectivement en bien meilleure forme, et forcément, ça se ressent lorsqu'il faut se replier, faire le pressing ou même se projeter vers l'attaque. Des joueurs comme Sergio Ramos et Karim Benzema sont en pleine forme, alors qu'à Barcelone, beaucoup de cadres tirent la langue. Les rotations nombreuses du coach français sont probablement à l'origine de cet avantage madrilène, tout comme on peut imaginer que le staff merengue a fait un meilleur travail que l'équipe de préparateurs du Barça.

Et quand on dit que les chiffres ne mentent pas... Plus haut, nous avions évoqué que du côté merengue, le danger peut venir de plus de joueurs qu'à Barcelone. C'est vrai dans le jeu, mais aussi face au but. Les statistiques le prouvent, puisque 21 des 23 joueurs de l'effectif madrilène ont fait trembler les filets à au moins une reprise en Liga. Seuls Eder Militao et Brahim Diaz n'ont pas marqué le moindre but cette saison. Comme le souligne AS, 15 buts ont été marqués par des milieux de terrains madrilènes en Liga ! Au Barça, on n'est pas forcément loin de ce total, mais cela s'explique notamment parce qu'Arturo Vidal termine souvent les actions dans la surface, ce qui n'est pas le cas de ses homologues madrilènes. Des explications qui peuvent donc servir à comprendre pourquoi la saison, en Liga du moins, a été plus réussie pour les Blancos que pour les Blaugranas.

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