Débarquer et s’imposer dans une nouvelle équipe est souvent compliqué. À Barcelone, Antoine Griezmann l’a appris à ses dépens. Mais après 5 mois à essayer de trouver sa place aux côtés de Lionel Messi et de Luis Suarez dans un système en 4-3-3 qui le voyait évoluer sur le côté gauche - un poste qu’il n’affectionne plus - l’international français pourrait s’épanouir dans les jours qui viennent grâce à un concours de circonstances.

Une situation idéale ?

Dans les grandes équipes où la concurrence est souvent rude à chaque poste, les blessures des uns font le bonheur des autres. Récemment opéré du genou droit, Luis Suarez va donc manquer les 4 prochains mois de compétition et cette situation est paradoxalement une aubaine pour Griezmann, et peut-être même pour le Barça.

Si en coulisses, les dirigeants blaugranas s’activent pour recruter un attaquant pour remplacer (du moins numériquement) l’Uruguayen, Griezmann a déjà montré qu’on pouvait compter sur lui pour être décisif devant. Replacé dans l’axe par Quique Setién dans un système en 3-5-2, l’attaquant français a retrouvé une position axiale dans laquelle il s’est épanoui à l’Atlético de Madrid et en équipe de France. Mais le contexte demeure différent. Avec les Colchoneros et les Bleus, Griezmann avait pour habitude de tourner autour d’un attaquant qui servait d’appui (Diego Costa et Olivier Giroud) et pouvait pleinement laisser libre cours à sa créativité en évoluant majoritairement face au jeu. À Barcelone, le Français est associé à Messi, qui est cet électron libre pouvant décrocher à sa guise et devant beaucoup porter le ballon pour créer pour lui-même et ses partenaires.

Pour que le duo Griezmann-Messi fonctionne, le Français devra donc changer son jeu en décrochant moins, en portant moins le ballon et en jouant davantage en appui, chose qu’il a parfaitement su faire sur le seul but du FC Barcelone contre Grenade (1-0), lors de 20e journée de Liga. S’il n’a pas fait de passe décisive ou même marqué, Griezmann a été déterminant sur l’action du but en lançant parfaitement Vidal dans la surface d’une subtile déviation en une touche. Le Chilien a pu ensuite talonner le ballon pour Messi qui a terminé le travail. Cette “hockey assist” (avant dernière passe décisive) démontre que le Français peut être plus qu’utile dans ce Barça de Setién qui semble vouloir densifier les solutions et les combinaisons dans l’axe avec son 3-5-2. Mais pour définitivement s’imposer, Griezmann devra faire parler son sens du but qui est déjà bien aiguisé.

Redoutable buteur

Longtemps mené sur la pelouse d’Ibiza en 16e de finale de Coupe du Roi, le FC Barcelone a évité une humiliation grâce à son attaquant français. Une nouvelle fois titularisé devant, Griezmann a inscrit un doublé sur deux actions où il a attaqué la profondeur, chose qu’il faisait peu jusque-là et qui est vitale dans la réussite du projet de jeu de Setién, dont les équipes ont souvent su contrôler le jeu, mais en manquant parfois de verticalité. Si Griezmann ajoute définitivement cet aspect à sa panoplie offensive, il pourrait être une arme redoutable pour le Barça. Car malgré ses difficultés à trouver sa place dans le jeu jusqu’ici, il a déjà fait preuve d’une efficacité redoutable devant le but.

Avec seulement 1,1 tir tenté par match (soit 30 tirs en 28 matches toutes compétitions confondues), Griezmann a tout de même inscrit 11 buts soit 1 but tous les 3 tirs environ. À titre de comparaison, Luis Suarez a inscrit 14 buts en 58 tirs soit 1 but tous les 4 tirs, et Messi, 17 buts en 66 tirs soit aussi 1 but tous les 4 tirs environ. Mieux, les statistiques avancées montrent que le Français demeure vraiment efficace devant le but en Liga. Les expected goals (statistique qui mesure grosso modo le nombre de buts qu’un joueur aurait “dû” marquer selon l’endroit du tir et ses probabilités) indiquent que Griezmann aurait dû marquer à peine 4 buts en championnat. Mais la qualité de finition du Français a fait qu’il a “surperformé” en inscrivant 3 buts de plus. Contre Ibiza en Coupe du Roi, il a inscrit un doublé sur ses deux seuls tirs du match. Preuve que Griezmann est capable d’évoluer comme un “vrai” avant-centre, pouvant être discret dans le jeu (seulement 32 ballons touchés contre Ibiza, contre 49 ballons joués en moyenne en Liga depuis le début de la saison) mais dont l’efficacité fait la différence à l’instar de Mauro Icardi, qui touche moins de 18 ballons par match depuis son arrivée à Paris mais qui a déjà inscrit 17 buts en 16 matches.

Pourrait-on voir Griezmann évoluer de manière similaire en s’effaçant davantage dans la construction du jeu, laissant cette responsabilité à Messi, De Jong, Vidal voire Arthur, pour mieux sanctionner l’adversaire dans la surface ? C’est une possibilité qui n’est pas à écarter et qui pourrait le rendre incontournable dans l’effectif blaugrana alors que les huitièmes de finale de Ligue des Champions arrivent à grands pas. Griezmann a clairement une bonne carte à jouer pour prouver qu’il est déjà le grand attaquant que recherche le Barça. Si l’arrivée de Rodrigo Moreno pourrait freiner l’ascension du Français, celle possible de Giroud en Catalogne ne serait pas forcément une mauvaise nouvelle pour Griezmann puisqu’il évoluerait avec un joueur dont il partage déjà des automatismes en plus d’une bonne affinité technique. Reste à savoir si Setién compte vraiment instaurer son 3-5-2 dans la durée et laisser Griezmann dans une position axiale ? Quid également de sa situation après le retour de blessure de Luis Suarez ? Une chose est sûre, si Griezmann se montre décisif en huitièmes de finale puis lors d’éventuels quarts de finale de Ligue des champions, le placer sur le banc où à une autre position sur le terrain en avril/mai serait difficilement justifiable. Luis Suarez a peut-être vraiment du souci à se faire…