La MLS aussi a ses stars insoupçonnées. Il n’y a pas que les Rooney, Ibrahimovic, Vela et autre Schweinsteiger qui brillent sur les terrains américains. À 36 ans, Chris Wondolowski est un grand inconnu du public français. Il est pourtant une légende aux USA. L’attaquant vient de devenir le meilleur buteur de l’histoire du championnat. Grâce à un quadruplé inscrit face à Chicago Fire (4-1) le 18 mai dernier, le joueur des Earthquakes de San Jose a atteint la barre des 148 buts, dépassant un autre nom mythique, bien plus connu en Europe celui-là, Landon Donovan (145 buts).

"Wondo" a pu être célébré comme un héros, notamment par celui dont le record est tombé. « J’espérais que ce jour ne vienne pas, mais tu mérites le record. Je te félicite. Je suis heureux de te remettre le flambeau. Tu as marqué plus de buts que moi en moins de matchs, ça m’attriste mais je suis très heureux pour toi. Tu as eu une grande carrière qui nous a tous inspirés » l’a félicité Donovan. Un message qui a rendu fou de joie le principal intéressé. « C’est fou, c’est surréaliste de recevoir son message et qu’il connaisse même mon nom. »

Wondolowski entre dans la légende

Ces dernières semaines, ce record était attendu outre Atlantique mais il étonne toujours lorsqu’on regarde dans le rétroviseur. À l’image d’un Antoine Griezmann par exemple dont une telle réussite n’était pas programmée au plus haut niveau, Wondolowski a dépassé toutes les attentes durant sa carrière. Il a beau avoir brillé avec son équipe universitaire de Chico State Wildcats puis avec les Rooks Chico en ligue mineure, le Californien n’a été drafté qu’en 41e position en 2005 par les Earthquakes de San Jose. Pas de quoi faire les gros titres.

Ses débuts sont compliqués. Il joue peu et évolue surtout avec la réserve. À la fin de sa première saison professionnelle, la franchise déménage à Houston pour créer le Dynamo. Tous les joueurs y sont envoyés. Durant 4 ans, Wondolowski joue les seconds rôles et même est raillé pour sa maladresse. Ses neuf petits buts au total ne pèsent pas lourd dans une franchise, qui remporte tout de même deux fois le championnat (2006 et 2007). Il se réfugie dans le travail puis rentre en 2009 aux Earthquakes, qui ont repris du service un an plus tôt grâce à de nouveaux investisseurs. C’est ici qu’il commencera à se révéler, à l’âge tardif de 26 ans.

Une explosion sur le tard

L’année de son retour est timide encore une fois avec seulement trois pions mais au moins il joue. Le temps de prendre le rythme et le buteur explose au grand jour. Depuis 2010, Wondolowski a toujours dépassé la barre des 10 buts, inscrivant même 27 réalisations en 2012, ce qui lui a valu le trophée de meilleur buteur (obtenu en 2010 aussi) et celui de MVP de la saison. C’est durant cette période qu’il goûte à la sélection (35 capes, 11 buts). Appelé par Jürgen Klinsmann à partir de 2011, il remportera la Gold Cup en deux ans plus tard et ira même jusqu’à disputer la Coupe du Monde 2014, où il entrera deux fois en jeu.

Sa régularité avec San José n’est en revanche pas récompensée sur le plan collectif. La franchise se qualifie rarement pour les playoffs et l’attaquant ne sera finalement récompensé que par ce joli record. Dans un pays où la statistique est reine, c’est toujours une ligne de plus au palmarès, d’autant que son histoire est régulièrement citée en exemple. On touche là au rêve américain. Il n’est pas le joueur le plus rapide. Il ne se déplace pas avec élégance sur le terrain, ni ne dépasse les défenseurs par sa puissance mais frappe par son efficacité. D’un certain point de vue, il rejoint la catégorie des Pippo Inzaghi.

Le buteur de ne veut pas s’arrêter là

« Ce sont ses mouvements qui sont intelligents. Il a un certain talent pour l’anticipation et comprend comment utiliser les espaces dans le bon timing. Il trouvera toujours le moyen de mettre le ballon au fond du filet. Je l’ai vu marquer du genou et de tant de manières différentes. C’est un pur finisseur », analysait Greg Vanney, le coach de Toronto, la victime préférée dans la carrière de l’attaquant. À 36 ans, il ne devrait plus beaucoup croiser la route de la franchise canadienne, et même si ses statistiques baissent irrémédiablement avec le temps, même si les médias aiment le critiquer, Wondolowski assure que son histoire n’est pas encore terminée. « Je m’amuse en ce moment. Ce record me rajeunit et ravive ma passion. »