Foot Mercato : Tout d’abord, comment allez-vous ?

Alain Giresse : Ma foi, ça va, on a la santé, il fait beau, c’est l’été. Tout va bien pour le moment.

FM : Quelle est votre actualité sur le plan professionnel ?

AG : C’est stand-by après les péripéties du Mali. Derrière, il n’y a pas eu d’enchaînement sur une autre sélection ou un club. Je suis toujours en stand-by, dans l’attente de possibilités. J’ai eu quelques contacts.

FM : Privilégiez-vous toujours une aventure à la tête d’une sélection ?

AG : Pas forcément, non. Je m’ouvre à toute possibilité.

FM : On avait évoqué un retour à la tête du Mali. Qu’en était-il réellement ?

AG : La CAN se passe. Une longue attente se passe sans informations au sujet d’un futur renouvellement de contrat qui se terminait au 31 mai. Les discussions s’enclenchent pratiquement au terme de ce contrat avec des propositions qui remettaient tout en cause en ce qui concerne l’organisation et le mode de travail. Sur ce, j’ai décliné, puisque j’estimais qu’il fallait que l’on continue à fonctionner de la même façon. Deux matches se sont passés sans que je sois à la tête de l’équipe. Et là, le responsable de l’équipe nationale me rappelle et me demande si on peut rediscuter. Je réponds que si on revient au mode de fonctionnement d’avant, OK. Il me dit oui. Du coup, je redescends pour finaliser et à mon arrivée, je me rends compte que ce responsable n’avait plus la main, il avait été dépassé par les autorités. Donc je suis parti là-bas pour rien. Ça ne s’est pas fini d’une manière très élégante.

FM : Malgré cette fin étrange, vous retiendrez tout de même les bons moments sur le plan sportif

AG : Certainement. Ce n’est pas parce qu’il y a quelques individus qui ne maîtrisent pas l’intérêt de l’équipe nationale que j’oublierais le travail accompli. Personne ne m’enlèvera ce travail de deux années avec le staff et les joueurs, ni même le fait d’avoir été au-delà de que ce tout le monde espérait avec notre troisième place à la CAN. Sportivement, c’était un travail bien accompli qui laisse de grands souvenirs.

FM : Avez-vous été étonné par le départ de Seydou Keita en Chine ?

AG : Sur le plan sportif, quand on est dans le meilleur club du monde (le FC Barcelone), même si on n’est pas toujours titulaire mais qu’on participe, qu’on se montre, ça peut toujours surprendre. Après, il y a des éléments qui font qu’il avait tout connu, tout gagné, et que, passé la trentaine, une nouvelle aventure sur le plan sportif et économique comme il l’a dit lui-même n’était pas à négliger. Cette opportunité s’est présentée, il a sauté le pas. Après, ce qu’on ne maîtrise pas forcément nous Européens, c’est que derrière lui il y a plus qu’une famille. Et c’est sans doute ça qui a aussi amené son choix sur le plan financier.

FM : On commence beaucoup à parler en France de Kalilou Traoré que vous avez lancé en sélection des Aigles.

AG : Il faut en parler ! Il a vraiment un gros potentiel. Le problème, c’est qu’il n’est pas dans un championnat très exposé médiatiquement. Kalilou Traoré a le potentiel pour rejoindre l’un des cinq grands championnats. Le problème, c’est qu’il y a un manque d’information au sujet de ce qu’il fait tous les week-ends en championnat. Par ailleurs, il a été blessé durant la CAN, une CAN qui a par exemple été décisive pour des joueurs comme Samba Diakité et Bakaye Traoré, qui sont partis en Angleterre et en Italie.

FM : Traoré est évoqué comme l’une des pistes du Stade Rennais en cas de départ de Yann M’Vila. Pensez-vous qu’il s’agisse d’une option crédible ?

AG : Oui, bien sûr. Il a les possibilités pour jouer dans le championnat de France et à ce poste-là, sans problèmes. J’espère pour lui que ça pourra se faire.

FM : On a également annoncé Mahamadou N’Diaye du Vitoria Guimarães à Lyon. Pensez-vous qu’il a lui aussi le potentiel pour rejoindre la Ligue 1 et s’y imposer ?

AG : Il est plus jeune, moins mûr, mais il a vraiment un gros potentiel. Je l’ai fait démarrer la CAN. Je crois beaucoup en ce joueur et en sa capacité à devenir un très bon défenseur central pouvant facilement évoluer dans le championnat de France.

FM : Sur le plan personnel, votre nom avait été évoqué un temps pour prendre la suite de Laurent Blanc à la tête de l’équipe de France. Etaient-ce des informations justifiées ?

AG : La médiatisation du changement d’entraîneur a fait que l’on a cité mon nom. Mais je n’ai pas été contacté par la Fédération Française. Mon nom a circulé. Je ne m’y attendais pas. Personne ne s’attendait non plus au départ de Laurent Blanc. Ça a été tellement vite. Honnêtement je me suis dit que c’était sympathique que l’on puisse évoquer mon nom pour la succession de Laurent Blanc. Après, je n’ai pas eu le temps d’avoir une réflexion concrète puisque l’enchaînement avec Didier Deschamps s’est fait rapidement. J’en suis resté au stade de la satisfaction que le travail que j’ai accompli fasse que l’on ait peu penser à moi.

FM : Que pensez-vous justement du choix Didier Deschamps ?

AG : C’est plus que logique, c’est quelque chose qui était écrit. Depuis qu’il a choisi d’embrasser la carrière d’entraîneur, c’était écrit. Il ne manquait plus que la date, si je peux m’exprimer ainsi ! D’ailleurs, il n’a jamais caché que cela faisait partie de ses objectifs et de son plan de carrière.

FM : Vous qui l’avez vécu, le passage du poste d’entraîneur à celui de sélectionneur n’est-il pas compliqué à gérer ?

AG : C’est différent, mais je pense que Didier Deschamps a les capacités pour gérer ça. Il sait trop bien ce que c’est qu’une sélection pour avoir été longtemps international, pour avoir gagné des trophées, pour avoir été un capitaine très impliqué dans la vie du groupe. Je pense qu’il saura plonger dans ce qu’est le travail en sélection, d’une part sur le plan organisation, suivi des performances, d’autre part sur le plan relationnel avec les joueurs, pour imprimer la dynamique et l’état d’esprit de son groupe.

FM : Pensez-vous qu’il a la matière en termes de réservoir de joueurs pour remettre l’équipe de France à un niveau plus conforme à son standing ?

AG : Tout le problème est de savoir quel est le niveau actuel de l’équipe de France. Le problème, c’est que quand on évoque l’équipe de France, on est obligé de penser à 2010 et les évènements de Knysna. Sur le plan sportif, à ce moment-là, la sélection n’était pas forcément au point zéro. Si on prend après 2000, on ne peut pas dire que les parcours en compétition aient été brillants, hormis 2006 et la finale du Mondial. Mais il n’y avait pas ces à-côtés médiatiques au sujet du comportement. Il y a encore des choses à améliorer au niveau du statut de l’international, sur son comportement, sur quelques joueurs. Si on réfléchit sur le plan sportif, l’Euro n’est pas catastrophique, on sort en quarts de finale contre l’Espagne. On était dans les huit meilleurs européens. On a encore du travail. On n’a pas encore d’assise défensive. Le milieu, on arrive à le contrôler. Devant, il y a de la qualité mais on n’a pas encore trouvé les complémentarités. On a encore du travail, ce n’est pas encore une équipe fluide. On a les qualités mais le niveau correspond à peu près à ce que l’équipe a montré sur le terrain.

FM : Que pensez-vous des sanctions à l’encontre de Samir Nasri, Jérémy Ménez, Yann M’Vila et Hatem Ben Arfa ?

AG : Ce qui me gêne, ce qui est impressionnant, c’est que maintenant tout sort. Des situations en interne, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Donner à cela des dimensions publiques, ça me dérange. On aurait pu régler cela en interne. De tout temps, il y a eu des situations en interne, qui se sont réglés sans que cela ne soit rendu public, et qui ont fait aussi mal au joueur. Ces sanctions pénalisent aussi l’équipe sur le plan sportif, à condition que le sélectionneur compte sur ces joueurs.

FM : Seriez-vous partant pour un challenge sur un banc en Ligue 1 ?

AG : Ce n’est pas dans les tuyaux ces temps-ci. Un entraîneur ne met rien de côté. Toute possibilité existe. On s’aperçoit que les parcours des entraîneurs ne sont pas toujours linéaires. Prenez par exemple Carlos Queiroz. Adjoint de Manchester United, Real Madrid, sélection portugaise et aujourd’hui sélection iranienne. Claudio Ranieri est aujourd’hui entraîneur de Monaco en Ligue 2. On ne peut pas dire qu’il y a de logique. On est face à des projets, des challenges qui nous séduisent ou pas. J’espère que ça va bientôt arriver, parce ce que ça va commencer à me démanger !

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