Foot Mercato : Il y a quelques jours, vous êtes officiellement devenu un joueur d’Atlanta United en Major League Soccer. Pourquoi ce choix ?

Florentin Pogba : Avant tout, j’ai fait ce choix pour découvrir un autre championnat. C’était aussi la meilleure offre que j’avais reçue et celle qui me plaisait le plus. C’est vrai que ça s’est fait au dernier moment. Mais Atlanta avait toujours un œil sur moi (...) J’y étais déjà allé en septembre dernier. Les premiers contacts m’avaient plu. Le projet m’intéressait et le club m’avait dit de patienter jusqu’à cet hiver comme il y avait un changement d’entraîneur qui se préparait. Ils m’avaient dit qu’ils allaient revenir vers moi si le nouveau coach était intéressé. Et tout s’est passé comme prévu.

FM : Vous aviez aussi eu des discussions avec Elche en Espagne. Pourquoi avoir finalement refusé ?

FP : Atlanta est arrivé avec une meilleure offre que celle d’Elche. J’étais sur le point de tout finaliser avec eux et j’ai reçu l’offre d’Atlanta la veille. Donc j’ai préféré aller en MLS plutôt qu’en Espagne. Le projet de vie comme le projet sportif m’intéressent plus. Actuellement, la MLS est en train de bien se développer avec de nombreux joueurs qui ont évolué en Europe et au haut niveau. Je pense que ça peut être une bonne expérience pour moi.

FM : Aviez-vous eu des touches en France ? Est-ce que ça vous a un peu surpris que des clubs français ne misent pas sur vous ?

FP  : J’ai eu des approches mais pas d’offre réelle sur la table (...) Ne pas avoir de proposition concrète d’un club de Ligue 1, sachant que j’ai joué 5 ans dans un club de L1 et que j’ai fait du bon travail avec l’AS Saint-Étienne, ça m’a surpris oui bien sûr. Mais comme on dit la vie continue.

Vivre le rêve américain

FM : Comment se passent vos premiers pas à Atlanta ?

FP : Tout se passe très bien. Il y a une très bonne ambiance. Je n’ai pas de difficultés à parler la langue. Je parle bien l’anglais. Il y a beaucoup de joueurs qui parlent l’espagnol aussi. Donc je ne suis pas dépaysé. Tout va bien pour le moment et j’en suis très content.

FM : Avez-vous pu déjà jouer avec votre nouvelle équipe ?

FP  : Oui. Nous avons fait quatre matches amicaux. J’en ai joué deux car je venais juste d’arriver et que l’équipe avait déjà repris depuis deux semaines. J’y vais petit à petit. J’espère jouer le plus vite possible à domicile. Mes premiers matches se sont bien passés. C’était un immense plaisir de retrouver le terrain après une longue absence. Ça joue bien au football, dans de bonnes conditions. Rien à dire, ce n’était que du positif !

FM : Vous parlez de "bonnes conditions". Que pensez-vous des infrastructures ?

FP : La première fois que j’y suis allé en septembre dernier, j’ai dit que c’était un truc de fou. C’est vraiment professionnel avec un grand P. Les installations sont extraordinaires, géniales. Le stade, je n’en parle même pas. J’ai vraiment hâte de faire mes premiers pas dans ce stade et j’espère que ce sera avec la victoire au bout.

FM : Vous avez dit que vous êtes aussi venu à Atlanta pour un projet de vie. Qu’est-ce qui vous attire tant aux États-Unis ?

FP : Un peu tout. On sait que les Américains sont un peu spéciaux mais ils ont beaucoup de style. Par rapport à ma façon d’être, ça me ressemble beaucoup. J’ai aussi de la famille qui vit là-bas. Le football s’y développe aussi. On peut perfectionner l’apprentissage de la langue, découvrir une autre culture. C’est une autre vie qui commence.

Pogba n’a pas lâché l’affaire malgré une période difficile

FM : Cela représente aussi une bouffée d’oxygène pour vous. Votre dernier match officiel remontait au 6 mai 2018. Comment avez-vous vécu cette période ? Y avait-il de la frustration ?

FP : C’était plus que de la frustration. Il y avait un manque total de football. Je m’entraînais seul. Et s’entraîner seul et vivre et travailler avec un groupe, ce sont des choses totalement différentes. J’avais un préparateur physique. On se retrouvait tous les jours jusqu’à ma signature à Atlanta. Pendant six-sept mois, on s’entraînait tous les jours non-stop. Je me laissais des week-ends histoire de me reposer un peu. Mais sinon c’était non-stop. Je devais m’entraîner. Je n’avais pas le choix. Je n’ai rien lâché. Je me suis dit qu’un jour ou l’autre ça allait payer et qu’il fallait travailler. C’était dur, mais dans ma tête à aucun moment je me suis dit que j’allais lâcher. Je me suis dit qu’il fallait passer par là car si je lâchais derrière je n’aurais rien gagné.

FM : Avez-vous eu aussi la peur qu’on vous oublie à un moment ?

FP  : Un joueur inactif est un joueur qui n’existe pas. Quand les mois passent et que tu ne trouves rien, tu te dis que ta valeur baisse. Je n’ai pas douté. Mais je me suis dit qu’il fallait vite retrouver un nouveau projet. Plus tu ne joues pas, plus les autres jouent, donc moins il y a de places. Pour trouver un club en pleine saison, que le coach veuille de toi sachant que tu n’as pas joué depuis longtemps donc que tu manqueras de rythme et qu’il faudra donc du temps, il y a tout ça qui rentre en tête. Il y a aussi la vie de famille. J’ai une femme, deux enfants. Tu te dis que tu as une maison à entretenir, etc.. Tout ça alors que tu n’as pas de salaire qui rentre. Il y a tout ça qui te met sous pression sans te mettre la pression, mais c’est là malgré tout. Il faut en tenir compte.

FM : Quel rôle ont eu vos proches justement durant cette période ?

FP  : J’ai eu de bons amis qui m’ont soutenu jusqu’au bout. Ils sont venus me voir et travailler avec moi pour ceux qui n’avaient pas de club non plus. C’était une période assez dure. Mais j’ai eu le soutien de ma famille, ce qui est normal, ainsi que de certains proches. Ça permet aussi de garder la tête haute et de continuer à y croire. C’est très important dans des moments comme ça.

FM : On le sait, vous êtes très soudés avec vos frères Mathias et Paul. Comment allez-vous gérer l’éloignement avec eux ?

FP  : Nous sommes peu habitués à être aux quatre coins du monde avec le football. Là, je change complètement de continent. Mais ça ne va rien changer dans notre relation. Même quand on était tous en Europe, on se voyait peu mais on restait en contact. Ce n’est pas le fait d’être aux États-Unis aujourd’hui qui va changer les choses. Généralement, pendant nos vacances, on aime bien aller aux États-Unis. Donc pendant les vacances, dès qu’ils auront un petit moment, ils sauront où aller. Et ça ne sera pas des vacances mais ça sera pour venir voir leur frère (sourire).

Une famille soudée

FM : Vous avez tous dit que vous aimeriez un jour jouer tous ensemble dans la même équipe. Est-ce que ça pourrait être aux États-Unis ?

FP : Pourquoi pas ! Dieu seul sait. Pour moi, c’est un championnat qui va se développer très vite. Pourquoi ne pas se retrouver tous ensemble dans ce championnat en fin de carrière. Ce serait le plus beau rêve que je pourrais réaliser dans ma vie footballistique.

FM : L’été dernier, vous êtes allé soutenir Paul lors du Mondial en Russie. Comment avez-vous vécu ce sacre ? Est-ce que ce succès de Paul est aussi un peu le vôtre et celui de votre famille ?

FP : On est très fiers. Pour moi, quoi qu’il arrive, si Paul l’a gagné, on l’a gagné aussi. Sans nous, sans la famille, il ne la gagnerait pas. C’est la victoire de l’équipe de France. Mais tous les efforts, avant, pendant et après, il sait très bien qu’il a besoin de sa famille autour de lui pour réaliser de bonnes performances, pour continuer à y croire. Donc on a aussi, comme toutes les familles des joueurs, notre petite part dans cette victoire. C’était un plaisir inoubliable et qui restera gravé à vie dans nos mémoires.

FM : Concernant Manchester United, sa saison s’est passée en deux étapes. La première avec Mourinho qui l’a un peu plombé. La seconde avec Ole Gunnar Solskjaer avec lequel il a retrouvé son meilleur niveau. Comment Paul a-t-il vécu le départ de Mourinho ? Quelle est sa relation avec le nouveau coach ?

FP : Avec le nouveau coach, je pense que ça se passe très bien. Vu ce qu’il est en train de faire en ce moment, ça ne peut qu’aller. En ce qui concerne sa relation avec José Mourinho, je ne sais pas et je ne veux pas le savoir. Quand je l’appelle, je ne lui demande pas la relation qu’il a avec ses coaches. Mais je n’ai pas besoin de lui demander comment ça se passe avec Solskjaer, ses performances parlent d’elles-mêmes. J’espère que ça va continuer ainsi pour lui.

FM : Il sera suspendu pour le huitième de finale retour de Ligue des Champions face au PSG. J’imagine que c’est une grande déception pour lui...

FP  : L’envie de retrouver la Champions League et retrouver une équipe de la ville dans laquelle il a grandi, je pense que c’était une motivation en plus. Malheureusement, ce ne sera pas le cas. C’est une déception pour lui et pour l’équipe. On croit toujours à la remontada. On verra comment se passera ce match retour.

FM : Lors d’une interview accordée à Marca, vous avez déclaré au sujet de Paul : « Manchester City, le Real Madrid ou le Barça. Il ne signera pas à City, donc il viendra en Espagne, au Barça ou au Real ». Selon vous, a-t-il sa place aujourd’hui dans l’un de ses clubs ? Et est-ce que ça veut dire que le PSG ne le tenterait pas ?

FP  : Je ne sais pas (pour le PSG). Il faudrait lui demander si ça l’intéresserait. Mais je parlais en terme de club. Pour lui, les clubs que j’ai cité lui ressembleraient plus. Par rapport à sa valeur aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup de clubs qui peuvent le recruter. Il signe ou il ne signe pas, je sais qu’il n’y a pas beaucoup de clubs qui peuvent le faire signer aujourd’hui. C’est lui qui choisira. Ces clubs-là pourraient être intéressés si jamais il y avait un transfert à faire.

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