Nous sommes en mars 2012, et après seulement quelques mois passés en Ligue 2 à Amiens, Benjamin Gavanon décide de tenter l’aventure chinoise. Osé car à l’époque, seuls Nicolas Anelka et Dario Conca ont accepté de rejoindre la méconnue Super League chinoise. Le milieu de terrain français, lui, sera l’un des trois joueurs étrangers à étoffer l’effectif du Shenzhen Ruby, tout juste relégué en deuxième division malgré l’arrivée un an plus tôt d’un certain Philippe Troussier. Deux saisons enrichissantes, sur tous les points de vue, malgré l’échec de la non-remontée au niveau supérieur : « Ce n’est pas commun d’aller en Chine, je suis donc vraiment content de l’avoir fait. Quand je suis parti, je me suis souvent demandé si j’allais tenir deux ans. Il y a toujours cette peur de ne pas savoir où l’on va, de ce qu’il va se passer dans un endroit qu’on ne connaît pas. Finalement, au niveau du foot, ça c’est bien passé, j’ai pris du plaisir même si nous n’avons pas réussi à remplir notre objectif, qui était de remonter. Mais le niveau n’est pas aussi mauvais que ce que l’on pourrait croire. » nous a confié l’aîné des frères Gavanon, 11 buts (6 penaltys) en 56 matches joués en Chinese League One.

« En Chine, il se passe des choses bizarres »

Si le niveau de la deuxième division chinoise n’est pas catastrophique, il reste quand même bien en deçà de ce qu’il se fait en Europe, à l’image du football chinois en général. « C’est vrai qu’en deux ans là-bas, je dois avouer que je n’ai toujours pas compris comment ils passaient pro. Il n’y a pas de cursus au niveau des jeunes, pour développer le haut niveau des joueurs au sein du même club. Il y a l’équipe première et basta. Les plus grosses lacunes sont tactiques. Pour eux le foot, c’est prendre le ballon et dribbler. » juge l’ancien Nancéien, qui a également vécu de l’intérieur certaines caractéristiques propres aux championnats en développement : « Pour le versement des salaires, malheureusement, c’est quand ils veulent. Vous avez beau avoir des papiers signés, ils décident de les verser quand ça leur chante. Ça peut se faire dans l’heure ou un mois et demi plus tard. » explique Benjamin Gavanon, qui a également vu des « choses bizarres », en fin de saison notamment : « La corruption ? Ils en parlent. C’est vrai que quand vous arrivez en fin de championnat, il se passe des choses un peu bizarres. Après, pour savoir vraiment ce qu’il se passe, c’est plus compliqué. Moi en tant qu’étranger, on ne m’a jamais rien demandé. Mais c’est vrai que lorsqu’on se déplaçait contre des équipes mal classées, en fin de championnat, il y avait des décisions bizarres. Après est-ce qu’il y a un peu de parano, peut-être oui, même si moi je pense vraiment que la corruption existe là-bas malgré le fait qu’ils ne rigolent pas avec ça, car maintenant, ceux qui se font choper vont en prison. »

La fratrie Gavanon enfin réunie ?

Pas prolongé par le Shenzhen Ruby, à l’instar de Philippe Troussier, qui l’a fait évoluer la saison dernière au poste de libéro dans son célèbre 3-5-2, Benjamin Gavanon est rentré dans sa région natale depuis trois semaines et privilégie un challenge en France, même s’il ne ferme aucune porte : « Depuis que je suis rentré, j’ai eu 4-5 propositions, de la Ligue 2 au National en passant par l’étranger (dont l’une d’un club de D2 chinoise, ndlr). J’écoute tout le monde, je ne me suis pas encore décidé. Les discussions ne sont pas fermées. Ma priorité, c’est de rester chez moi, dans ma région, ou à défaut en France, et de me poser clairement. » À Cannes peut-être par exemple, où évolue son petit frère Jérémy, lui aussi formé à l’OM ? « Avant de partir en Chine, j’y avais déjà pensé. Ça reste toujours d’actualité pour moi, surtout maintenant. Deux ans sont passés, je me rapproche forcément de la fin de ma carrière. C’est donc toujours dans mes ambitions, ne serait-ce qu’une année, de pouvoir évoluer avec mon frère. Cannes en plus, ce n’est pas loin, et moi je suis sur le marché, donc cette solution existe. Jérémy est titulaire depuis 4 ans là-bas (au poste de gardien de but, ndlr), il fait partie des plus anciens, il faudrait qu’il me file un petit coup de main (rires). » s’amuse le Marseillais.

« Boucler la boucle avec l’OM »

Et l’OM dans tout ça ? À l’instar de Jacques Abardonado et Laurent Merlin récemment, Benjamin Gavanon se verrait bien boucler la boucle en venant renforcer l’équipe réserve marseillaise, actuellement 11e (à un point de la zone rouge) de son groupe de CFA 2 : « Je n’ai eu aucun contact avec l’OM depuis mon retour. Je crois que je ne fais pas partie de la liste (rires). Mais j’ai lu qu’ils cherchaient des anciens joueurs formés au club et je pense correspondre au profil. Pour moi, ça serait une manière de boucler la boucle. J’ai été formé là-bas, mes plus belles années à l’OM, je les ai faites en CFA (champion de France de CFA en 2002, pour 3 apparitions en pro). Donc s’ils m’appellent pour aider la CFA à continuer à grandir, forcément ça serait une belle opportunité. Ça me permettrait aussi de vivre chez moi, de m’inscrire dans un projet et de continuer ma passion, c’est ce qui m’intéresse. » Un intérêt pour le moment pas réciproque, mais qui ne décourage pas le joueur, qui prépare en parallèle sa reconversion. « Soit je retrouve un contrat en Ligue 2 ou National, soit je retrouve un club plus petit avec une possibilité de reconversion. J’ai commencé à passer mes diplômes d’entraîneur, il ne me manque que le DEPF. Beaucoup d’offres peuvent arriver dans les semaines à venir avec aussi des choses intéressantes pour le futur. » Avis aux amateurs.