Ce dimanche 17 février entre dans l’histoire du football italien. Cuneo s’est imposé contre Pro Piacenza sur le score sans appel de (20-0) pour le compte de la 27e journée du groupe A de Serie C ! C’est le plus gros écart enregistré au cours d’une rencontre professionnelle de l’autre côté des Alpes depuis un Brescia-Ancona (12-0, Serie B) lors de la saison 1950/51. L’heure est à la honte dans les médias transalpins : « le projet de la honte », « grotesque » (Gazzetta dello Sport), « farce Pro Piacenza » (Corriere dello Sport), « la honte du football » (Tuttosport).

Le son de cloche est le même chez les dirigeants du football italien. « C’est une insulte au sport et à ses principes fondamentaux. Notre responsabilité, pour préserver la passion des tifosi et la crédibilité de nos championnats, est de trouver des investisseurs sains. Ce à quoi nous avons assisté ce dimanche sera la dernière farce du genre », a lancé Gabriele Gravina, président de la Fédération Italienne de Football à La Gazzetta dello Sport. Et si les réactions sont aussi vives, c’est qu’en dehors de l’étendue du score, la manière est catastrophique. Pro Piacenza, en grande difficulté financière, n’a disputé que 19 matches cette saison (en 27 journées) et a déjà pris 8 points de pénalité. Un quatrième forfait lui aurait coûté sa place en Serie C.

Sept joueurs seulement au coup d’envoi, le kiné aligné d’entrée !

En liquidation judiciaire (verdict le 11 mars), l’écurie, quitte à bazarder la partie, n’a aligné que sept joueurs au coup d’envoi, la majeure partie de son effectif ayant pris la poudre d’escampette face à d’innombrables salaires impayés : six joueurs (18 ans de moyenne d’âge), qui n’étaient même pas membres des équipes de jeunes du club dissoutes depuis plusieurs semaines, et le kiné Picciarelli, âgé de 39 ans, au poste de défenseur central, qui, victime de crampes, est sorti après l’heure de jeu ! Le flocage de son maillot a même été caché au scotch ! Un autre joueur, qui n’avait pas ses papiers et sa licence chez lui, a pu le remplacer, son père ayant ramené lesdits documents. Le capitaine Cirigliano, 19 ans, a même été inscrit sur la feuille de match en tant qu’entraîneur...

Un pari risqué, puisque, selon La Gazzetta, cette rencontre de troisième division pourrait ne pas être homologuée. Fabiano Santacrocce, capitaine de Cuneo, passé par Parme et Naples, était loin d’avoir le sourire après ce succès historique. « 13-0 (sic) en première période contre une équipe qui joue avec six gamins de 17 ans et un dirigeant en défense centrale. Sans mots... Je ne ressens que de la honte pour ceux qui ont rendu tout ça possible », a-t-il lancé à l’issue de la partie. Pro Piacenza ne se relèvera peut-être pas de cette triste après-midi, qui devrait longtemps rester gravée dans la mémoire du football italien...