Ils sont plusieurs à jouer gros mercredi soir, à l’occasion du choc entre le Real Madrid et le Paris Saint-Germain en huitièmes de finale aller de la Ligue des Champions. Mais en tête de liste, on retrouve avant tout Unai Emery. Le tacticien basque ne fait pas encore l’unanimité du côté de Paris, et si son parcours sur la scène nationale est pratiquement parfait en termes de résultats pour le moment, c’est surtout en Europe que va être jugé l’ancien de Séville et de Valence. L’occasion de voir comment la presse espagnole évalue les qualités du coach francilien, qui a laissé de beaux souvenirs en Espagne. Pour Edu Herrero, journaliste du quotidien AS, « Emery a une très belle cote en Espagne. Ses équipes ont toujours été performantes et il a toujours tiré le meilleur de ses joueurs. C’est de l’intensité pure, dans tous les aspects, lui, ses mouvements, ses équipes. Il reviendra ». Un coach méticuleux qui suscite l’admiration. « Il a laissé la trace d’un entraîneur méthodique, travailleur, infatigable et studieux. Depuis qu’il était joueur il savait ce qu’il voulait être et sa détermination pour y parvenir est admirable. En Espagne il ne lui manquait que le dernier palier à franchir », affirme de son côté José Aguado de La Razón.

Ivan Vargas, notre confrère de fichajes.com, est cependant un peu plus mitigé : « Emery a laissé de bons souvenirs en Espagne avec ce qu’il a réussi à Almeria, Valence ou Séville. En revanche, les matchs contre les grandes équipes sont souvent mal gérés et les résultats sont mauvais ». Mais il existe des doutes quant à sa capacité à mener le PSG vers la victoire en Ligue des Champions. « Personnellement, il me semble être un bon entraîneur pour de bonnes équipes, mais pas des tops équipes. A Séville ou Valence c’est parfait, mais je ne sais pas s’il est capacité pour inculquer ses méthodes aux stars », continue ainsi Vargas. « C’est ce qu’il doit montrer. Son prestige a été très touché par le match retour au Camp Nou. Il a toujours bien réussi dans des équipes où aucune star ne contestait son leadership. Son défi maintenant est aussi passionnant que dangereux », explique de son côté Aguado. Edu Herrero met en avant le fait qu’il n’a pas le droit à l’erreur cette année : « il a gagné 3 fois l’Europa League avec Séville, l’étape naturelle maintenant est de lutter pour la Ligue des Champions comme l’ont fait des coachs comme Mourinho à Porto ou Simeone à l’Atlético par exemple. C’est vrai que de prendre un vestiaire comme le PSG est un grand défi pour le Basque, et il a là une autre grande opportunité de prouver sa valeur, peut-être la dernière s’il n’en profite pas. Il s’est déjà sauvé après le 6-1 au Camp Nou l’an dernier et aussi après avoir terminé à 8 points de Monaco en Ligue 1, mais il n’a plus de vies »

Le PSG d’Emery meilleur que celui de Blanc ? Pas sûr !

Son arrivée à Paris n’a d’ailleurs pas forcément poussé les Espagnols à suivre l’actuel leader de la Ligue 1. C’est surtout l’arrivée massive de stars qui a poussé les fans de foot de l’autre côté des Pyrénées à s’intéresser au club de la capitale française. José Aguado confirme que le club français est très suivi, mais pas forcément seulement à cause d’Emery : « le PSG est un peu plus suivi oui, en raison du facteur Emery et parce que le PSG est devenu une des places fortes du football européen. La dépense d’argent en été et la présence de Neymar, suivi par le Real Madrid, influencent autant voire plus qu’Emery ». Une version confirmée par nos autres confrères interrogés. « Le PSG est autant suivi en Espagne qu’avant son arrivée. C’est une équipe intéressante de par ses stars, et cette saison elle est très suivie, mais c’est à cause de Neymar et Mbappé », confie Ivan Vargas. « On suit beaucoup plus le PSG sur ces deux dernières années mais pas forcément à cause d’Emery, sinon à cause de la grosse équipe qui a été composée et les dépenses brutales du Cheikh pour Neymar, Mbappé, Cavani, Di Maria, Draxler, Pastore, Thiago Silva », ajoute Herrero.

Mais chez les journalistes, on suit quand même de près l’évolution de celui qui était un des entraîneurs phares du championnat espagnol. Et là, les avis divergent. « Mon opinion c’est qu’il n’a pas progressé depuis son départ en France. Lors de sa première saison il a fait pire que ce qu’avait fait Blanc et n’a même pas pu gagner la Ligue 1.En Ligue des Champions face au Barça il n’a pas su motiver l’équipe. Peut-être que la seule chose que je peux dire en sa faveur c’est que maintenant il est dans un vestiaire avec beaucoup de stars et il les a bien gérées cette saison », lance Ivan Vargas « Unai Emery a amélioré son PSG, celui de la première saison, mais je doute qu’il ait amélioré celui de Laurent Blanc. Évidemment, il a de meilleurs joueurs que le Français avait mais il n’a pas plus de titres, ce qui est l’objectif d’Al-Khelaifi. Le PSG d’aujourd’hui est plus complet : il a une attaque prodigieuse, mais c’est aussi une équipe maintenant plus solide en défense et au milieu. Elle a marqué 76 buts et encaissé 17 en Ligue 1, le bilan est incroyable. C’est plus une équipe que l’an dernier. Et en attaque le PSG a un avantage vis à vis de la BBC, tant Cavani que Neymar ou Mbappé travaillent, font le pressing et courent », affirme Herrero, alors que José Aguado se veut plus prudent : « il faut attendre de le voir en Europe pour voir si le PSG s’est amélioré avec Emery. Sa domination en France se répète année après année. Emery doit prouver en Europe s’il a réussi à transformer le PSG en équipe capable d’être compétitive au niveau des plus grands ».

Un duel avec Zidane attendu

En Espagne, on sait que les deux entraîneurs, Zinedine Zidane et Unai Emery jouent très gros. « C’est un duel à la vie à la mort. Celui qui tombe ne sera plus à son poste la saison prochaine. Les deux jouent leur vie : Zidane, à cause de sa mauvaise saison en Liga et son élimination en Copa, et Emery parce qu’il a été recruté par le PSG pour gagner la Ligue des Champions et que ce serait sa deuxième tentative ratée. Al-Khelaïfi n’aura pas plus de patience. Florentino nonplus », confie Edu Herrero. « Le charisme contre la méthode. Zidane a de l’aura, de la psychologie, il sait comment évoluer dans des structures comme le Real Madrid. Emery c’est le contraire, c’est quelqu’un de très studieux, un analyste infatigable, mais il doit convaincre les stars de qui il est. Zidane les a convaincus par le simple d’être Zidane », analyse Aguado. Pour Ivan Vargas, ce sont surtout les individualités qui vont faire la différence : « le duel entre Zidane et Emery dépendra des joueurs. Je crois qu’aucun des deux n’a beaucoup d’influence sur le jeu de leur équipe ». C’est maintenant à Unai Emery et à ses troupes de jouer...