Avec Didier Drogba Mamadou Niang et André-Pierre Gignac, il fait partie des attaquants à avoir brillé à Marseille (20 buts en 31 matches avec l’OM en 2016-17) sur les quinze dernières saisons. Alors forcément, son avis compte quand il s’agit de donner son sentiment sur ce OM version André Villas-Boas et surtout Dario Benedetto. C’est juste après la qualification de son équipe d’Al-Hilal pour les demi-finales de la Ligue des Champions asiatique que nous avons retrouvé par téléphone un Bafé Gomis très emballé à l’idée de donner son sentiment sur cet OM 2019-20, surtout après la belle victoire marseillaise à Monaco (3-4).

FM : Bafé, d’Arabie Saoudite, arrivez-vous à suivre la Ligue 1 ?

BG : bien sûr, je suis la Ligue 1, déjà parce que je suis Français. Il ne faut jamais oublier de là où l’on vient. Et puis aussi parce que c’est le championnat que je connais le mieux. C’est là que j’ai passé le plus de temps, notamment les clubs où je suis passé... et notamment Marseille parce que c’est là-bas ou j’ai passé ma dernière année en L1. Et c’est aussi là-bas ou j’ai le plus de copains et d’anciens coéquipiers avec qui j’ai joué comme Bouna Sarr, Flo Thauvin, Dimitri Payet ou encore Maxime Lopez. J’ai eu la chance de poser avec ces joueurs là la première pierre de ce projet. Et c’est vrai que je suis attentivement l’évolution de ce projet et de cette équipe.

FM : en parlant de vos anciens potes de l’OM, avez-vous eu des retours de leur part depuis l’arrivée d’André Villas-Boas ?

BG : je ne suis pas rentré dans les détails, mais d’après ce que j’ai pu entendre, il prône beaucoup le jeu. La préparation a été beaucoup basée sur le ballon. Ça a été difficile au début lors des amicaux face à des équipes qui étaient prêtes et qui mettaient beaucoup d’intensité notamment lors du stage en Angleterre. Mais depuis quelques matches, on voit une équipe qui monte en puissance et j’ai vu une belle maîtrise marseillaise lors du dernier match face à Monaco. Même en étant menés 2-0, ils ne se sont pas dispersés, ils ont continué, ils avaient une ligne directrice. Je pense que l’an dernier ça aurait été tout le contraire. Il y aurait eu moins de solidarité. Ce n’est pas la faute de Rudi Garcia, mais on ne sentait pas beaucoup de solidarité dans l’effort l’an dernier. C’est peut-être l’effet Villas-Boas. Je vois un Bouna qui fait un bon début de saison malgré le fait que ce ne soit plus son poste, il avait perdu des automatismes, car il s’était fixé au poste de latéral droit. On voit qu’il amène beaucoup de centres, qu’il sert ses attaquants. On voit un Dimitri Payet qui touche beaucoup moins de ballons, mais qui arrive à être plus efficace dans les 30 derniers mètres. On voit beaucoup de choses et ça me plaît. Le défenseur central espagnol a une belle complémentarité avec Bouba (Kamara), c’est une bonne pioche d’Andoni.

« Tous les attaquants qui arrivent timidement à Marseille n’ont pas eu de succès. »

FM : si on parle d’Álvaro González, on est obligé d’évoquer Dario Benedetto…

BG : vu comment le coach a insisté pour l’amener, je ne suis pas surpris de voir cet attaquant argentin marquer des buts. Il se déplace bien, il est toujours dans les bons coups. On sent qu’il s’est vite adapté. D’après ce que j’ai pu voir, il s’était renseigné sur Marseille auprès d’André-Pierre (Gignac). Il marque de beaux buts. C’est un attaquant que Marseille recherchait depuis longtemps et j’espère que ça va continuer. Ça sera le fer de lance de cette attaque avec un caractère qui est fait pour l’OM. C’est quelqu’un qui assume ses responsabilités. Même si beaucoup ont pu parler après son penalty à Nantes. À Marseille, on a toujours besoin d’un attaquant qui prend ses responsabilités et qui ne se cache pas. Et je pense que c’est ce qu’il a fait et c’est pour ça qu’il a été récompensé. Tous les attaquants qui arrivent timidement ou à court de forme à Marseille n’ont pas eu de succès.

FM : quand vous parlez d’attaquant timide, vous pensez à Kostas Mitroglou ?

BG : non pas spécialement Mitroglou. Mitroglou n’est pas le seul attaquant qui a échoué à l’OM. Pour citer André-Pierre Gignac notamment qui est arrivé blessé, pas au meilleur de sa forme. Je pense que le succès d’André-Pierre est qu’il a toujours dit et prôné qu’il réussirait quoiqu’il arrive à Marseille et qu’il ne partirait pas tant qu’il n’y était pas parvenu. Après deux saisons difficiles, il a trouvé ses marques, il a réussi et il a été l’un des très grands joueurs de ces dernières années à Marseille. Je vois beaucoup de caractéristiques en Benedetto similaires à celles d’André-Pierre. En tant que supporter Olympien on espère tous qu’il va réussir. Il n’y a pas si longtemps que ça, je disais toujours que j’avais l’humeur des supporters marseillais entre mes pieds. Et maintenant c’est à son tour.

« Le match contre Monaco résume beaucoup ce nouvel OM. L’an passé, il aurait difficilement pu revenir à 2-2 »

FM : peut-on déjà parler de renouveau ou de renaissance à l’OM ?

BG : après cette victoire à Monaco, de loin, d’Arabie Saoudite quand je parle avec des amis marseillais je ressens beaucoup plus d’enthousiasme que l’an passé où ils étaient plutôt inquiets de voir l’OM perdre de cette manière. Le match résume beaucoup ce nouvel OM. L’an passé, il aurait difficilement pu revenir à 2-2. Cette année, on voit que même en étant mené 2-0, on voit une équipe qui continue à aller de l’avant, qui marque et qui finit par remporter ce match. Et je pense que c’est de bon augure pour la suite. Il ne faut pas oublier de souligner les joueurs qui sont revenus en forme comme Steve Mandanda. J’ai eu la chance de le côtoyer quelques jours à Merano cet été pendant mes vacances. Je l’avais senti très motivé à l’idée de revenir à Marseille et prouver que c’est un grand gardien et qu’il va falloir compter sur lui. Le fait de lui avoir redonné ce brassard lui a donné des ailes et des responsabilités.

FM : pour parler des jeunes pépites de l’OM, Lihahji ou encore Chabrolle, vous avez un avis à leur sujet ?

Oui, on m’en a parlé un peu. Ce sont deux joueurs prometteurs avec un gros potentiel. Mais il faut aller doucement, car à Marseille tout va très vite. Ils ont la chance d’avoir un staff de qualité avec un entraîneur qui a connu les grands clubs et de jeunes joueurs prometteurs. Le chemin est encore long. Il faut les laisser progresser, s’entraîner auprès de grands joueurs et grandir tranquillement. J’ai eu l’expérience avec Bouba et Maxime Lopez que j’ai eu la chance de voir débuter. On sait qu’une carrière en Ligue 1 n’est pas un long fleuve tranquille. Il ne faut pas griller les étapes...