L’horrible image a fait le tour des réseaux sociaux. Ce dimanche 3 novembre, Everton reçoit Tottenham pour le compte de la 11e journée de Premier League. À la 78e minute, André Gomes part en conduite de balle sur le côté gauche mais il est déséquilibré par un tacle de Son, qui touche son pied droit (au niveau du cou-de-pied) sans que le choc soit très violent. Gomes perd donc l’équilibre et tombe à terre mais pendant sa chute son pied droit reste planté au sol. Et là, c’est le drame ! Sa cheville droite a quitté sa position normale et part à contre-sens. Les images sont horribles et traumatisent tous les joueurs proches de l’international portugais, qui hurle de douleur au sol. Quelques heures plus tard, le verdict tombe : fracture de la cheville droite avec dislocation.

C’est quoi une fracture de la cheville avec dislocation ?

« Une fracture de la cheville, c’est tout simplement quand un ou plusieurs os de la cheville se cassent. Dans le cas de Gomes, il semblerait que le tibia et le fibula (aussi appelé péroné, qui est l’os situé à l’extérieur de la jambe, ndlr) aient été touchés et peut-être le talus (un os essentiel qui sert de pivot pour étendre ou fléchir la cheville, ndlr). À mon avis, les ligaments antérieurs et postérieurs du tibia fibulaire, le ligament deltoïdien et le ligament interosseux ont sans doute aussi été endommagés. Pour la dislocation, pour faire simple, c’est quand l’os se déplace en dehors de l’articulation », explique Song Chourp, kinésithérapeute du sport et expert en podologie.

Ce genre de blessures spectaculaires restent assez rares. Récemment, on a vu le basketteur Gordon Hayward se faire une blessure similaire sur une mauvaise réception après un saut (octobre 2017) et dans le foot, Grégory Coupet, en novembre 2009, s’était aussi fracturé la cheville, seul, sur une chute semblable à celle de Gomes. « Les os de la cheville se fracturent quand les contraintes ou les pressions exercées dépassent la capacité d’absorption des tissus osseux. Et il faut savoir qu’au niveau de ces tissus, il y a des trames osseuses qui sont parallèles et si une grande force est exercée de manière perpendiculaire et non parallèle à ces trames, alors le risque de fracture est élévé », précise Song Chourp.

Outre le côté horrifiant de cette blessure, ce sont les cris de douleur d’André Gomes, qui ont marqué l’esprit des joueurs et des spectateurs témoins de la scène. « La douleur est vraiment intense après ce type de blessure. En général, on préconise des antalgiques au minimum codéinés pour calmer immédiatement la douleur. Par la suite, les gestes à faire sont d’appeler les secours et dégager la zone où se situe le blessé. Sauf intervention d’un spécialiste, il ne faut pas déplacer le blessé ou la partie endommagée parce que ça pourrait provoquer une fracture ouverte avec risque d’infection ou une compression de l’artère tibiale. Par contre, il est important de tester le pouls du blessé pour savoir s’il y a éventuellement une hémorragie interne et aussi lui toucher doucement la peau pour tester sa sensibilité et savoir si les nerfs ont été touchés ou non. Il est également important de poser des questions sur son groupe sanguin, ses allergies et ses antécédents médicaux car si le blessé s’évanouit, il est difficile d’agir vite et d’opérer sans ces informations », indique Song Chourp. Des vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux, où on voit un « médecin » remettre en place la cheville disloquée d’André Gomes dans une ambulance. Aucune source ne peut confirmer qu’il s’agissait bien d’André Gomes mais le médecin américain Brian Sutterer explique sur sa chaîne Youtube qu’il faut effectivement chercher « à replacer les os dans leur bon alignement avant l’opération ».

André Gomes aurait-il pu éviter cette blessure ?

Comme vous venez de le lire, une fracture de la cheville se produit généralement à la suite d’un choc violent et souvent inévitable. Même si la chute d’André Gomes était maladroite (le pied droit qui reste planté au sol pendant sa chute), l’international portugais pouvait-il vraiment éviter sa terrible blessure ? Pour Song Chourp, probablement pas : « Vu l’action, je ne pense pas que Gomes aurait pu éviter cette blessure. Même avec beaucoup de travail de proprioception (ensemble d’exercices qui permettent d’améliorer la conscience de sa position et des mouvements de son corps dans l’espace, ndlr) au quotidien ! Il ne faut pas oublier qu’on parle d’athlètes de haut niveau, internationaux même pour le cas de Gomes. Ces joueurs sont suivis régulièrement et parfois même par des coachs personnels et des physiothérapeutes. Donc pour ma part, je pense tout simplement que c’est un accident et qu’il n’a pas eu de chance. Pour un sportif du dimanche qui n’a pas forcément une hygiène et une préparation physique optimales, les risques de se faire une blessure de ce type sont plus grands. Du renforcement musculaire, notamment des membres inférieurs, sont donc recommandés pour prévenir ces blessures car il faut savoir que les tissus osseux se renforcent quand ils sont régulièrement sollicités ou stressés. »

Comment traiter une fracture de la cheville ?

Opéré dès le lendemain de sa blessure, André Gomes a été pris en charge rapidement. C’est généralement le protocole recommandé après ce genre de blessure comme nous le détaille Song Chourp : « Faire une radiographie en urgence est indispensable pour savoir quels os ont été fracturés ou luxés. Juste après la blessure, une IRM me paraît compliqué car avec la douleur, le blessé risque de beaucoup bouger et ce serait inefficace. En fonction de l’endroit de la fracture, on pourra tout de même déterminer quelle partie de l’anatomie ou quel nerf est touché. » Pour la suite, deux options sont généralement privilégiées : soit un traitement orthopédique soit un traitement chirurgical, qui consiste généralement à réparer la fracture par vissage ou brochage. Trois jours après avoir été opéré avec succès, André Gomes a posté une vidéo sur son compte Instagram pour annoncer qu’il était retourné chez lui et qu’il allait bien. Trois jours, c’est généralement le temps nécessaire d’une hospitalisation. Pour la rééducation, par contre, ça prendra beaucoup plus de temps. « Après une opération de ce type, le sujet ne pourra pas poser d’appui pendant un certain temps », annonce Song Chourp. En règle générale, il faut compter environ 3 mois d’immobilisation, dans un plâtre ou une attelle, avant de pouvoir remarcher normalement et commencer la réathlétisation, qui sera progressive.

Peut-on rejouer au plus haut niveau après une fracture de la cheville ?

D’après un communiqué du club d’Everton, « l’opération d’André Gomes s’est bien passée et il devrait retrouver la totalité de ses moyens physiques ». Un avis partagé par Song Chourp : « Selon moi, André Gomes pourra rejouer et même retrouver son meilleur niveau. Même s’il est impossible pour moi d’estimer avec exactitude sa durée de convalescence sans avoir son diagnostic précis, il faut compter environ 8 à 12 mois pour revenir d’une telle blessure. Je pense qu’on pourra le revoir sur les terrains dès septembre 2020. » Pour sa part, Grégory Coupet avait déjoué les pronostics en rejouant seulement 5 mois après sa fracture de la cheville tandis que Marco Silva, l’entraîneur d’Everton, a indiqué qu’il était possible de revoir André Gomes sur les pelouses avant la fin de la saison. Il n’y a pas de vérités absolues pour les périodes de convalescence mais ce qui est sûr, c’est que l’athlète blessé va passer par une période compliquée à gérer mentalement.

Se remettre mentalement d’une blessure traumatisante

Outre l’énorme travail à effectuer quotidiennement en salle de musculation pour la rééducation, l’autre partie essentielle pour préparer son retour sur le terrain va concerner l’aspect mental. Comment se remet-on mentalement d’une blessure aussi traumatisante ? Comment surpasser sa peur de se blesser de nouveau ? Il existe plusieurs techniques. Certains vont faire appel à des coachs, à des hypnothérapeutes quand d’autres iront voir des psychologues. Le but pour l’athlète en convalescence est de faire le deuil de cette blessure et de se débarrasser de son traumatisme voire de sa phobie de la blessure. Il faut savoir que l’athlète, amateur ou professionnel, sujet à une blessure nécessitant plusieurs mois d’arrêt va traverser plusieurs phases quasiment incontournables (connus sous le nom des étapes du deuil) comme la colère, la frustration, la peur, la dépression, la tristesse mais aussi l’acceptation et le renouveau. En ce qui concerne la phobie de la blessure, il existe des techniques de programmation neurolinguistiques comme le swish ou la double dissociation Visuel-Kinesthésique qui permettent de plonger l’athlète en état de conscience modifié (hypnose) afin de remplacer l’image phobique (pour André Gomes, sa cheville qui part à l’opposée) par une autre image où la fin est plus heureuse (une chute sans blessure par exemple).

Comme l’a indiqué André Gomes, le soutien de ses proches et des fans lui a fait beaucoup de bien et l’aide à tenir le choc. Savoir s’entourer et essayer de ne pas s’isoler sont aussi des éléments cruciaux pour tenir le coup après une grave blessure et retrouver progressivement la confiance. Quasiment deux ans, jour pour jour, après sa terrible fracture de la cheville, le basketteur Gordon Hayward a égalé son record de points en carrière et retrouvé son meilleur niveau. De quoi être optimiste pour André Gomes !