Pour sa première expérience sur un banc en tant qu’entraîneur principal, Mikel Arteta n’a pas eu froid aux yeux. Celui qu’on surnomme le disciple de Pep Guardiola a quitté son rôle d’adjoint du Catalan à Manchester City pour prendre les rênes, le 20 décembre dernier, d’une équipe d’Arsenal malade, et ce depuis plusieurs années. « Je suis convaincu que nous allons réaliser de grandes choses ensemble » a récemment affirmé, en toute sérénité, le technicien espagnol de 37 ans au cours d’un entretien accordé à Sky Sports.

Le nouveau visage d’Arsenal

Pourtant, 63 jours après la prise de fonction d’Arteta et à l’heure de diriger sa première rencontre européenne sur la pelouse de l’Olympiakos, ce jeudi (21h), Arsenal n’a pas bougé de la 10e place du championnat anglais et compte 7 points de retard sur la 4e position occupée par Chelsea. Mais dans le foot, il n’y a pas que les chiffres. Et l’ancien milieu de terrain, qui a pris sa retraite de joueur dans le nord de Londres en juillet 2016, a déjà imposé son style technique et sa patte tactique chez des Gunners invaincus en 2020, de plus en plus au point et qui aspirent à remporter la C3. Là même où ils avaient échoué en mai 2019 avec Unai Emery (défaite 4-1 en finale face aux Blues).

Dès son arrivée, Mikel Arteta a « posé les choses sur la table tout en nous expliquant clairement ce qu’il attendait de nous », comme l’a confié le capitaine du club, Pierre-Emerick Aubameyang, au micro de RMC Sport peu de temps après sa nomination. Formé à l’école Guardiola, le style de jeu de l’Espagnol repose évidemment sur la possession de balle (54,7% de moyenne en Premier League) et la vitesse dans les transmissions. Dans l’animation offensive, la position haute des latéraux (Hector Bellerin, qui revient en forme, à droite, et le jeune Bukayo Saka à gauche) permet à PEA de repiquer dans l’axe pour peser dans la surface adverse. Mais outre le cliché du fameux tiki-taka, Arsenal impose un pressing intense à ses adversaires dès la perte du ballon et met une grosse pression au porteur du cuir adverse. Et l’arrivée de l’ancien du PSG sur le banc semble avoir transcendé plusieurs éléments de son effectif.

Le second souffle de Mesut Özil

À commencer par Mesut Özil (31 ans). Titularisé à seulement 4 reprises entre août et novembre par Unai Emery, il a systématiquement été aligné par Arteta en championnat (8 titularisations en 8 matches) depuis son arrivée dans le nord de Londres. Souvent décrié par les supporters des pensionnaires de l’Emirates Stadium, notamment pour son manque d’implication parfois flagrant sur le terrain, l’international allemand semble avoir retrouvé la forme sous les ordres de Mikel Arteta. Le champion du monde 2014 court (beaucoup), presse, fait les efforts défensifs nécessaires et sa position d’électron libre lui permet de se balader entre les lignes adverses afin de s’exprimer comme il sait si bien le faire balle au pied. « Cela nous ramène aux anciennes vertus d’Arsenal. Se battre et avoir la possession, contrôler le jeu, avoir le ballon tout le temps. C’est ce qu’il fait avec nous et, vous pouvez le voir, tout le monde sourit, rit et s’amuse. Cela nous permet de réussir. Je pense que c’est l’homme qu’il faut dans ce club », a confié l’ancien milieu offensif du Real Madrid le 15 janvier au sujet de son nouveau coach, qu’il a côtoyé sous le maillot d’Arsenal entre 2013 et 2016. Un statut qui renforce peut-être également la légitimité de l’Ibérique dans le vestiaire.

La force de persuasion de l’ancien adjoint de Guardiola est aussi l’une de ses forces depuis son arrivée à Londres, et un autre élément a pu bénéficier de l’arrivée de l’Espagnol. Hué par les fans des Gunners après l’épisode du brassard, le 27 octobre, Granit Xhaka en est le meilleur exemple. Annoncé partant lors du mercato hivernal, notamment du côté du Hertha Berlin, le Suisse a vu Mikel Arteta lui marteler les appels du pied pour qu’il reste en Angleterre. Le numéro 34 d’Arsenal s’est laissé convaincre et n’a pas bougé. Il a retrouvé la confiance et est (re)devenu la pièce maîtresse et inamovible de l’entrejeu des Rouge et Blanc, toujours organisés en 4-2-3-1. L’ancien joueur du Borussia Mönchengladbach est d’ailleurs le joueur le plus utilisé sous l’ère Arteta puisqu’il en a disputé l’intégralité des rencontres (FA Cup et PL).

Une défense retrouvée

En relançant Xhaka, l’ancien milieu de terrain des Gunners a voulu prouver l’importance pour tous ses joueurs de se sentir concerné, à l’image de Shkodran Mustafi (27 ans). Mis au placard par Unai Emery et en cruel manque de confiance quand il jouait, le champion du monde 2014 a retrouvé du temps de jeu et de la confiance avec Arteta. L’Allemand se partage le temps de jeu en Premier League avec Sokratis (4 rencontres chacun) aux côtés du très précieux David Luiz, indiscutable pour Arteta de par sa qualité de relance. Hormis sa boulette à Chelsea (2-2), Mustafi convainc dans l’arrière-garde londonienne et a grandement participé aux deux clean sheets consécutifs réalisés par Arsenal avant de retrouver la C3 (à Burnley et face à Newcastle).

Cette solidité défensive (3 rencontres de PL sans prendre de but en 8 matches) est justement l’une des nouveautés observées par l’entraîneur principal des Gunners. Leur capacité à souffrir, comme face à Manchester United (2-0, le 1er janvier), sans encaisser de but est le résultat d’une mentalité de battant transmise par Arteta et appliquée à merveille par ses hommes, qui, plus les jours passent, plus semblent à même de mettre en place les consignes demandées par l’Espagnol. Devant un Bernd Leno toujours aussi impeccable, les défenseurs paraissent plus concentrés et mieux en place pour contenir les attaques adverses. Cette robustesse s’illustre également en chiffres : la moyenne de buts encaissés par Arsenal avant Arteta était de 1,5. Elle se situe désormais à 1 but encaissé chaque rencontre.

Un coach caractériel et exigeant

Le discours de l’ancien capitaine d’Everton semble avoir été adopté à l’unanimité par le vestiaire des Londoniens. Pourtant, Mikel Arteta n’a pas sa langue dans sa poche et n’hésite pas à hausser le ton quand il le faut pour remotiver ses troupes ou faire savoir quand quelque chose n’est pas à son goût (Mattéo Guendouzi en a fait les frais). « Arteta est... comment dire... il demande beaucoup de choses. Je ne dirais pas qu’il est strict, mais il sait ce qu’il veut et quand ce que nous faisons n’est pas assez bien, il nous fait également savoir que nous jouons comme de la m*****. C’est un bon entraîneur », a lâché Alexandre Lacazette après la victoire face à Newcastle en championnat (4-0, le 16 février). Cette force de caractère est peut-être ce dont avaient besoin les Gunners, devenus mous et friables au fil du temps avec Unai Emery.

Et ce changement de mentalité s’est traduit à plusieurs reprises. Face à Leeds, en FA Cup (1-0, le 6 janvier), Mikel Arteta a beaucoup crié à la mi-temps pour complètement transformer le visage des siens dans le second acte, alors que son équipe était totalement dépassée par celle de Marcelo Bielsa. « Quand je vois ce que je ne veux pas voir, je ne peux pas être satisfait et je dois leur faire savoir », a-t-il avoué après ce match. Et technicien espagnol a peut-être eu la même réaction dans les vestiaires de Stamford Bridge, lors du match nul arraché par Arsenal, pourtant en infériorité numérique, face à Chelsea (2-2, le 21 janvier). Quelques semaines auparavant, les Gunners auraient probablement pris l’eau. Mais ils ont su garder la tête haute et réaliser une seconde période remarquable.

Toutefois, si les changements amenés par Mikel Arteta sont visibles, ils sont encore perfectibles. Ses hommes ont par exemple la fâcheuse tendance à ne disputer que 45 des 90 minutes des rencontres qu’ils disputent, à l’image de la victoire face à Newcastle à la maison (4-0, chaque but inscrit dans le second acte après avoir frôlé la correctionnelle dans le premier). La raison ? L’assimilation à ses attentes demande du temps et nécessite beaucoup d’énergie pour les organismes. Cela montre bien tout le chemin qu’a encore à parcourir l’entraîneur d’Arsenal, qui va pouvoir dès ce jeudi soir, au Stade Karaïskakis, mettre à l’épreuve ses compétences sur la scène européenne. Avec pour objectif, en fin de saison, de ramener les Gunners en Ligue des Champions. Afin de pleinement lancer sa nouvelle vie de la meilleure des manières.