Steven Nzonzi : «les Bleus, ça ne s'oublie pas»

À 33 ans, Steven Nzonzi est un homme et un footballeur bien dans ses baskets. Depuis le début de sa carrière, le Français a surtout été un véritable globe-trotter de la planète football, lui qui est passé par Amiens, Blackburn, Stoke City, Séville, l'AS Roma, Galatasaray, le Stade Rennais et enfin Al-Rayyan, qu'il a rejoint cette saison. Un parcours atypique de la part du milieu, qui a découvert les Bleus à 28 ans et qui a été sacré champion du monde dans la foulée. Pour Foot Mercato, le natif de La Garenne-Colombes évoque sa saison, son avenir, la sélection mais aussi les différents entraîneurs qui ont fait de lui le joueur qu'il est à présent. Entretien.

Steven Nzonzi avec les Bleus
Steven Nzonzi avec les Bleus ©Maxppp
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Foot Mercato : vous avez rejoint Al-Rayyan en septembre dernier. Pourquoi avoir dit oui à ce projet ?

Steven Nzonzi : j'ai trouvé que c'était un projet intéressant, qui arrivait au bon moment par rapport à mon âge et à la carrière que j'ai faite. Pendant l'après-covid, c'était aussi un petit peu compliqué de trouver un projet et un challenge qui me correspondaient en Europe. J'ai donc été contacté par Laurent Blanc, un coach français, et ça a été plus facile pour moi d'accepter ce projet.

FM : est-ce que l'idée était aussi de trouver un peu plus de stabilité après plusieurs prêts ?

S.N : non, pas forcément. Je prends les challenges comme ils viennent. Après, c'est sûr que c'est toujours mieux d'avoir une certaine stabilité. Ça a été dur pour moi d'en trouver une depuis que j'ai signé à l'AS Roma. C'est sûr que c'est toujours un peu compliqué, mais on fait avec. J'ai pu, malgré tout, m'investir dans des projets intéressants.

FM : vous venez de parler de la Roma. Comment avez-vous vécu le conflit avec le club ?

S.N : je n'ai pas très bien vécu tout ça. S'il y a vraiment un endroit où je n'ai pas pris beaucoup de plaisir, c'est bien à la Roma. Monchi m'a ramené là-bas. C'était une saison qui n'était pas si mauvaise que ça en soi, que ce soit de ma part ou celle de l'équipe. Je trouve que c'était sur la lignée de ce qu'avait pu faire le club les années précédentes. On a fini sixième. Mais au sein du club, c'était compliqué. Monchi est parti. Je pense que ça a tout chamboulé pour les joueurs qu'il avait fait venir. Le club nous a fait sentir qu'il ne voulait pas forcément nous faire confiance et qu'il voulait changer. Je pense que c'était lié, même si on ne nous l'a pas dit directement. J'ai été prêté à Galatasaray. J'aurais peut-être préféré faire un an de plus ou deux à Rome, car c'est toujours bien de s'installer dans la continuité. La première saison au sein d'un club est toujours une saison d'adaptation. La deuxième est souvent meilleure. Mais bon, ça n'a pas été le cas. Dès que le club m'a exprimé son envie de changer, j'ai tout de suite trouvé Galatasaray. J'ai fait avec, je me suis adapté. Il faut, de toute façon on n'a pas le choix. Mais quand on est un compétiteur, ce n'est pas un problème.

FM : était-ce un soulagement de quitter la Roma ? Auriez-vous souhaité avoir une chance d'évoluer sous les ordres de José Mourinho ?

S.N: je ne comptais pas du tout sur la Roma. Mais si le club m'avait dit de rester une saison avec le groupe, je serais resté et ça aurait été avec plaisir. À partir du moment où je joue au football, où je suis dans un club, tout ce qu'il y a autour ne me fait pas peur, que ce soit la concurrence ou la pression des supporters ou de la direction. Ça n'aurait pas été un problème. Mais ça n'a pas été le cas. J'ai quitté la Roma et j'étais déjà passé à autre chose après ma première saison.

L'OM avait bien tenté le coup

FM : avant de rejoindre le Qatar, plusieurs clubs vous ont approché l'été dernier dont Lille et l'OM. Avez-vous vraiment eu des opportunités en France ? Pourquoi ne pas avoir tenté le coup ?

S.N : il y avait bien des opportunités en France. D'autres clubs étaient intéressés comme Benfica au Portugal, qui avait fait quelques propositions. Mais comme je vous ai déjà dit, l'après-covid était un peu compliqué je pense pour les clubs. Et il ne faut pas se mentir, quand on va au Qatar, c'est qu'on aime bien le projet, que quelque chose nous attire, mais aussi qu'il y a un contrat intéressant pour moi comme les autres joueurs qui y vont. Donc ça a pesé un peu dans la balance sachant que, je me répète, il était difficile pour certains clubs de faire certains efforts pour m'avoir. C'était un effort que Rennes avait pu faire car c'était sous la forme d'un prêt. Mais il fallait terminer troisième de Ligue 1, ce qu'on a eu la chance de faire lors de ma première année là-bas. Donc j'ai pu y rester une nouvelle année. Ensuite, on n'a pas eu de clubs en France qui étaient capables de faire les mêmes efforts. Il fallait donc trouver un autre projet.

FM : Jorge Sampaoli a milité en coulisses pour vous faire venir à Marseille. Etes-vous toujours en contact avec lui ?

S.N : mon père était en contact avec une personne de l'OM, je ne sais pas si c'était Sampaoli directement. La saison que j'ai faite à Séville avec ce coach-là a été l'une de mes meilleures. J'ai passé trois belles années là-bas, mais c'est vrai que la saison avec Sampaoli était vraiment très bonne de ma part comme celle du groupe. Je m'entendais très bien avec ce coach. Donc ça aurait été quelque chose de pas mal de le retrouver. Mais ça ne s'est pas fait pour certaines raisons.

FM : que pensez-vous de son travail à l'OM ?

S.N : je n'ai pas pu trop suivre l'OM et le championnat de France cette saison. Mais je sais qu'ils sont deuxièmes et qu'ils font une bonne saison. Je sais qu'ils ont fait une bonne première partie de saison d'après ce que j'ai pu comprendre. De toute façon, Sampaoli est quelqu'un qui fait du très bon travail. C'est un passionné. Il pousse son équipe et ses joueurs à fond. Ça fait du bien quand tu es un joueur de voir un tel entraîneur sur le côté. Il donne l'énergie qu'il faut et il en donne aussi à ses joueurs pour aller chercher des victoires et faire les efforts.

FM : à Séville, vous avez aussi travaillé avec Unai Emery, qui fait une bonne saison avec Villarreal et qui est parfois sous-estimé. Que pensez-vous de lui ?

S.N : je ne pense pas qu'il soit sous-estimé. Mais il faut qu'il ait une équipe qui le suive pas des joueurs d'un certain calibre avec un certain égo, de ce que j'ai pu voir. Il faut qu'il puisse transmettre toute son énergie à ses joueurs. C'est une personne qui aime avoir des équipes qui se battent pour lui et avec lui. Quand j'étais à Séville, il n'y avait pas de stars dans l'équipe. Tout le monde faisait les efforts. Généralement, en Coupe d'Europe avec des matches à éliminations directes, il est très fort car il transmet de l'énergie à tout le groupe. Donc tout le monde travaille et n'a qu'une envie, c'est de gagner. Je ne sais pas s'il est sous-estimé. Mais j'ai passé un an avec lui et je crois que c'est l'année où j'ai le plus progressé. C'est un coach très pointilleux, très dans le détail. Il ne laisse rien passer.

Nzonzi encense Camavinga

FM : la saison dernière, vous étiez entraîné par Bruno Genesio à Rennes. Quel regard portez-vous sur lui et la saison du club breton ?

S.N : je ne suis pas du tout surpris par leur saison. Ça fait deux saisons qu'ils font de très bonnes choses. Quand je suis arrivé pour évoluer sous les ordres de Julien Stéphan, l'équipe tournait très bien (...). Bruno Genesio travaille dans la continuité de ce qui a été fait par le coach Stéphan. Quand il (Genesio) est arrivé la saison dernière, il a fait du très bon travail. Il a accroché cette sixième place pour l'Europe. En plus, le club a énormément dépensé sur le mercato de ce que j'ai pu voir. Après le PSG, c'est l'équipe qui a le plus investi je crois. Ils ont un bon groupe, de bons joueurs, des jeunes. Genesio travaille très bien, donc c'est logique ce qui arrive.

FM : là-bas, vous avez croisé Eduardo Camavinga. Que pensez-vous de son évolution et de son année à Madrid ?

S.N : je n'ai pas trop suivi les matches du Real Madrid. Mais j'ai vu qu'il a fait des entrées en Champions League qui étaient intéressantes. C'est un joueur qui a le talent, qui ne se prend pas la tête, quelqu'un de gentil et de joyeux. Il y a quand même une certaine pression quand on joue pour Madrid. Si Madrid s'installe dans la durée pour un joueur comme lui, je pense qu'il pourra s'épanouir et progresser. Eduardo peut devenir un très grand joueur.

FM : revenons à vous, comment votre saison se passe-t-elle ?

S.N : mon objectif était de gagner. Même si je suis allé au Qatar, de par ma personnalité et mon caractère, je ne vais pas dans un endroit pour passer du bon temps. Je pense que, quand on a fait une carrière en Europe ou ailleurs, on veut toujours gagner en tant que compétiteur. En championnat, ça ne s'est pas très bien passé. On a fini huitième. Donc c'est sûr que quand on va au Qatar pour terminer en huitième position au classement, ce n'est pas top. En contrepartie, en Champions League, on s'est qualifié pour les huitièmes de finale et c'est la première fois dans l'histoire du club d'Al-Rayyan. Donc on a eu vraiment un début de saison compliqué et une fin presque héroïque j'ai envie de dire pour nous et le club par rapport au groupe que l'on a. On s'est qualifié et on a notamment battu Al-Hilal lors du dernier match. Donc c'est top. C'est une saison qui se finit bien. C'est de très bon augure pour la suite.

FM : la Qatar Star League est un championnat méconnu dans l'Hexagone. On a souvent des a priori à son sujet, ce qui est certainement bête. Avez-vous été surpris ?

S.N : c'est un bon championnat avec de bons joueurs. Il y a Al-Sadd et Al-Duhail, qui sont les deux meilleures équipes du Qatar. Elles sont au-dessus des autres et jouent très bien. Mais à vrai dire, il n'y a pas de championnat facile. Peu importe où l'on va dans le monde, ça restera compétitif. Il faut composer avec les conditions mises en place dans le championnat où l'on va. C'est très compliqué et compétitif ici. C'est un bon championnat, très honnêtement.

FM : Laurent Blanc avait œuvré pour vous faire venir à Al-Rayyan. Quelles étaient vos relations avec lui ? Comment avez-vous vécu son départ ?

S.N : on a eu de très bonnes relations. J'aime beaucoup le coach et la personne. Il y avait un certain challenge d'aller au Qatar. C'est exigeant. S'il n'y a pas les résultats, ça devient compliqué pour le coach, les joueurs au même titre qu'en Europe ou ailleurs. Il n'y avait pas les résultats et il y a eu un changement de coach. Mais personnellement, j'ai eu de très bonnes relations avec Laurent Blanc.

FM : comment expliquez-vous qu'après le PSG, il ait mis autant de temps à retrouver un club ?

S.N : je pense qu'il a dû être sollicité mais ça doit être un choix personnel. Beaucoup ou peu sollicité, je ne sais pas. Mais c'est un entraîneur qui a quand même fait ses preuves en France avec le PSG et qui a été sélectionneur de l'équipe de France. Donc il a une certaine expérience qui lui permettrait de trouver d'autres challenges. Mais au Qatar, c'est un peu différent. Pour le coach aussi, il y a une adaptation qui n'est pas toujours facile.

FM : vous évoluez aux côtés de Yacine Brahimi ou encore de James Rodriguez, qui voudrait déjà s'en aller. Quel regard portez-vous là-dessus et sur ce joueur à la carrière étonnante ?

S.N : James a eu quelques blessures. On connaît la qualité du joueur et ce qu'il peut apporter. Mais ça a été compliqué car il a eu quelques pépins physiques et il a fait des allers-retours en sélection. Je ne peux pas en dire plus sur lui, s'il a la tête au Qatar ou pas. Mais tout le monde connaît ce joueur et sait ce qu'il peut apporter à l'équipe.

Le Français n'oublie pas les Bleus

FM : vous êtes encore sous contrat pour un an. L'idée est d'aller au bout ou tenter une nouvelle expérience est-il envisageable ?

S.N : l'idée est d'aller au bout de mon contrat. Il y a de bonnes échéances qui arrivent car on s'est qualifiés pour les huitièmes de finale de l'Asian Champions League. Je me suis bien adapté. Cela a été compliqué les trois ou quatre premiers mois mais à présent je me sens bien. Je veux aller au bout de mon contrat. Après, dans le foot on ne sait pas ce qu'il peut se passer comme toujours.

FM : vous avez 33 ans, avez-vous un plan ou des envies particulières pour la suite de votre carrière ? Al Rayyan est-il votre dernier club ?

S.N : j'espère qu'Al-Rayyan n'est pas ma dernière expérience. J'ai 33 ans, mais physiquement je suis bien. Je n'ai pas de blessure, je ne sens pas du tout que je prends de l'âge. Donc j'espère trouver d'autres challenges ensuite. Pour le futur, je ne sais pas. Je vais peut-être passer des diplômes d'entraîneur et explorer certains horizons pour voir quoi faire après. J'espère quand même avoir encore trois ou quatre années devant moi.

FM : quand vous regardez dans le rétro, en quoi le Steven d'aujourd'hui a-t-il évolué par rapport à celui de vos débuts ?

S.N : mon jeu a évolué. Personnellement, j'étais quelqu'un avec un très gros caractère, surtout quand j'étais en Angleterre. J'ai toujours ce caractère et ce côté compétiteur, mais je me suis un petit peu calmé. Le Qatar m'a aussi aidé à être un peu plus leader par exemple dans les vestiaires. Je ne parle pas trop habituellement. Je préfère plus être un leader sur le terrain en montrant ce que je sais faire et ce que je peux apporter. Au Qatar, comme il y a beaucoup de joueurs locaux, le fait de venir d'Europe fait qu'on doit apporter un peu plus dans le jeu que d'autres et que les jeunes. Mon jeu aussi a évolué depuis mes débuts, comme tous les joueurs. Je ne joue pas de la même façon que lorsque j'avais 20 ans. Je me suis peut-être un peu plus canalisé à mon poste sur le terrain. On joue plus avec l'expérience qu'avec la fougue d'un jeune quand on prend de l'âge.

FM : pour le moment, vous êtes au Qatar où se jouera le prochain Mondial fin 2022. Les Bleus sont-ils toujours dans un coin de votre tête ?

S.N : les Bleus restent dans un coin de la tête. Mais c'est le cas de toutes les personnes qui ont goûté à l'équipe de France, surtout quand on été champion du monde avec cette équipe. Mais par rapport aux critères du sélectionneur, en jouant dans un autre championnat que les cinq grands championnats européens, je ne pense pas que ça soit possible d'aller en équipe de France. Pour le moment, ce n'est pas tellement dans ma tête. Bien sûr, je les supporte toujours. Les Bleus, ça ne s'oublie pas. J'ai vécu des moments exceptionnels. Ça marque à vie. Les Bleus pour moi, c'était bref. J'ai été sélectionné très tard, à 28 ans. C'était un peu trop tard, je pense que j'aurai pu y aller beaucoup plus tôt. Mais c'était une expérience magnifique. J'ai fait trois ans en équipe de France. C'étaient de belles années, dont je suis fier et que je ne vais pas oublier.

FM : vous venez de dire que vous êtes allé assez tard en équipe de France, mais vous y êtes surtout allé au bon moment avec ce succès en Russie.

S.N : j'y suis allé au meilleur moment, c'est vrai. Ma première sélection avait eu lieu en novembre 2017 et au mois de juin j'ai été sélectionné pour participer à la Coupe du Monde. Donc c'était top. En tant que compétiteur, j'aurais aimé avoir plus de chance d'y jouer, de faire partie du noyau, de m'y imposer, etc... Mais j'y suis allé au meilleur moment donc ça va.

FM : êtes-vous toujours en contact avec Didier Deschamps ?

S.N : non, pas forcément. Je ne suis pas en contact avec lui, je pense qu'il est assez occupé. Il a d'autres choses à faire, je pense, que de prendre des nouvelles de Steven Nzonzi (sourire).

FM : quelles sont les chances des Bleus au Qatar d'après vous ?

S.N : il faut qu'ils y aillent avec la niaque, comme on a pu le faire en 2018. Il ne faut pas y aller en tant que favoris ou en tant que champions du monde en titre. Il faut oublier le titre, ça y est c'est du passé. Quand on va à la Coupe du Monde, il faut y aller avec la niaque et la faim. S'ils ont aussi faim qu'en 2018, comme je m'en souviens très bien, ils ont l'équipe pour la gagner encore.

FM : enfin, que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

S.N : on peut me souhaiter de continuer à prendre du plaisir, de gagner des titres, il n'est jamais trop tard pour ça. C'est l'objectif de tout compétiteur de gagner des titres et d'avoir une bonne santé.

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