Ousmane Baldé : «maintenant un numéro 6 doit savoir tout faire»

Par Aurélien Macedo
11 min.
Ousmane Baldé : «maintenant un numéro 6 doit savoir tout faire» @Maxppp

La carrière d'Ousmane Baldé est pour la moins atypique et c'est ce qui en fait la richesse. Arrivé sur le tard au sein de l'équipe réserve du Paris Saint-Germain, il a connu plusieurs expériences à l'étranger avec Getafe, Olhanense ou encore le Vereya Stara Zagora. Milieu défensif international guinéen de 31 ans, il est revenu sur son parcours fait de hauts et de bas et nous a fait part de ses ambitions pour la suite de sa carrière.

Foot Mercato : bonjour Ousmane, depuis votre dernière aventure à Tours, vous êtes dans une situation plus confidentielle. Pouvez-vous faire un point sur vos derniers mois ?

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Ousmane Baldé : je suis à Tarbes, car je connaissais le coach qui est un ancien joueur et on avait comme projet de partir au Qatar ensemble. Je l'ai rejoint cet été pour faire la préparation ensemble. Lui il est parti en septembre au Qatar et j'étais censé le rejoindre au club d'Umm Salal au Qatar. Malheureusement avec le Covid, il y a eu du retard par rapport au Visa et je suis dans l'attente d'un nouveau projet même si je garde le Qatar à l'esprit.

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FM : d'où est venu cette idée du Qatar ?

OB : ça fait un an que je suis intéressé par les pays du Golfe, je connais des personnes qui y vivent. La qualité de vie est intéressante, il y a de très bons joueurs qui y vont, c'est une découverte. C'est clair, vu qu'on ne connait pas, on se dit c'est un petit championnat, mais il y a des joueurs comme Benatia ou Brahimi qui y évoluent, c'est un championnat intéressant.

FM : avant Tarbes, vous évoluez à Tours, un club que vous avez essayé de maintenir en National 1 lors de la saison 2018/2019. Malheureusement, rien ne s'est passé comme prévu ...

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OB : je suis arrivé à Tours en janvier 2019 quand le club était en difficulté en National. On avait parlé d'un projet longue durée, mais trois semaines après je me fais les croisés et je n'ai pas pu aider le club. Il descend à la fin de la saison et je rate la CAN avec la Guinée, c'était une saison compliquée en 2019. Pendant six mois, j'ai fait la préparation et la récupération et j'ai tenu ma parole en restant en National 2. On a réussi à remonter et des problèmes extra sportifs n'ont pas permis de monter. On avait un bon groupe, le coach nous galvanisait et c'est dommage de voir un club comme Tours à ce niveau. C'est un club qui mérite d'être à un niveau plus haut, maintenant pour que le club avance, il faut que l'extrasportif soit plus structuré et sérieux. Je souhaite le meilleur au club pour qu'il remonte le plus vite possible.

FM : il y a un peu plus de 10 ans, lors de l'été 2010 vous avez alors rejoint le Paris Saint-Germain en provenance du CA Paris, que retenez vous de cette expérience ?

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OB : je dirais que c'était le plus beau moment de ma carrière, car je passe du niveau amateur au niveau professionnel. J'ai réussi à taper dans l'œil d'un agent Seran Diabaté que je considère comme un grand frère et il m'a dit de venir avec lui à Paris. Au PSG je devais rester une semaine, j'ai fait un entraînement, on jouait contre la CFA et je marque un but du gauche et un but du droit. Derrière, le directeur sportif me propose un contrat de deux ans direct. C'est mon club de cœur, là où j'ai grandi, c'était une fierté.

«Quand Ancelotti est arrivé, il m'arrêtait toutes les deux minutes et me donnait des conseils très minutieux»

FM : durant votre passage au PSG, vous avez pu voir l'évolution du club avec l'arrivée du Qatar et de Carlo Ancelotti. Comment avez-vous vécu ce gros bouleversement au sein du club

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OB : en décembre, Kombouaré a été remplacé par Carlo Ancelotti et le PSG s'est transformé. Pour les jeunes du centre de formation, on avait cette peur que Paris passe à un niveau au-dessus et que les portes se fermeraient. On avait une belle concurrence pour signer professionnel et on se battait pour la place. On s'est retrouvé avec les meilleurs joueurs du monde et on a appris. Je suis resté avec les pros jusqu'à la fin de mon contrat. Quand tu entends Carlo Ancelotti te donner des conseils, tu apprends. Même si c'est 5 minutes tu ne peux qu'être heureux. Il parait froid de l'extérieur, mais il est très paternel. Il aime toujours savoir la vie de ses joueurs. Il conseille beaucoup les jeunes, surtout sur le placement. Tactiquement il était très fort avec cette culture italienne. On comprend vite pourquoi ce coach a été à ce niveau et a gagné beaucoup de titres.

FM : Ancelotti vous a fait évoluer en tant que numéro 6, mais c'est le poste en lui même qui a connu un grand changement depuis des années. Quelle est votre vision sur ce sujet ?

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OB : comme je dis souvent, le poste le plus important c'est le 6, car il doit communiquer devant, derrière et sur le côté. Quand il est arrivé, il m'arrêtait toutes les deux minutes et me donnait des conseils très minutieux. Il y avait le joueur donc j'étais fan avec moi, Moussa Sissoko. Je ne pouvais qu'apprendre avec eux. J'ai profité au maximum et je n'ai eu aucun regret. Le football évolue avec son temps. Avant, le 6 c'était un joueur comme Makélélé qui récupérait et donnait. Maintenant c'est quelqu'un comme Verratti, qui récupère, redescend bas, oriente le jeu et n'hésite pas à se projetait parfois. Il doit savoir tout faire. C'est un poste très important, les coachs ont d'ailleurs souvent du mal à trouver le 6 idéal.

FM : justement le rôle de 6 est assez particulier en Espagne et vous avez dû le remarquer ...

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OB : quand je suis arrivé en Espagne à Getafe, là j'ai compris que le 6 devait toucher 100 ballons par match. Pendant 95 minutes tu dois être attentif. Ce rôle a pris une importance énorme. Les ailiers doivent maintenant marquer 10/15 buts par saison alors qu'à la base c'est des ailiers pas des attaquants. Quand tu vois le Barça qui jouait avec Fabregas qui est un 6-8 et qu'il se retrouvait devant en pointe, c'était une sacrée innovation. Le foot évolue avec son temps. Karim Benzema et Roberto Firmino c'est comme ça, ils sont dans le dépassement de fonction. Le football évolue tout le temps. Par exemple, avant Neuer peu de gardiens évoluaient comme un libéro et il a apporté cela. C'est la magie du football, tout est imprévisible.

FM : c'était difficile de s'adapter au style espagnol ?

OB : j'avais la chance de venir du PSG et d'avoir fait pas mal de séances avec ballon. En Espagne ils avaient une salle de musculation où il n'y allaient jamais. À l'époque j'étais avec Abdelaziz Barrada - qui était passé par l'OM - et on passait plus souvent notre temps à la salle de musculation qu'eux. C'était ballon, ballon, ballon. On pouvait faire des toros mais pendant 30 minutes on travaillait et même la préparation physique se faisait avec le ballon. En France, les joueurs sont formés d'une manière globale. En Italie, c'est plus sur la tactique qu'on insiste, en Espagne c'est très technique, avec le ballon au centre de tout, en Angleterre, ça court beaucoup et partout, en Allemagne c'est très vertical alors qu'en France c'est un ensemble. C'est pour ça que pour les jeunes français quand ils vont à l'étranger c'est plus facile. On développe ces qualités très rapidement.

FM : qu'est-ce qui vous a manqué pour s'imposer à Getafe ?

OB : quand je suis arrivé, j'avais un contrat de trois ans. Ma première année a été très difficile. J'étais loin de ma famille, je parlais mal l'espagnol, je n'avais pas cette entente dans le vestiaire avec les Espagnols qui sont soudés entre eux, ce qui est compréhensible. Pas bien dans ma tête, je n'étais pas bon sur le terrain. Ça m'a beaucoup impacté et on a décidé d'arrêter. Ils ne voulaient pas qu'on s'arrête là de base et puis finalement j'ai signé à Fréjus en National. Ça m'a apporté beaucoup mentalement.

FM : qu'est-ce que vous retenez de cette pige à Fréjus ?

OB : le National c'est très formateur. Un joueur qui vient de la National n'a pas de répit, il est habitué à se faire tamponner. Ce sont des matches serrés et c'est pour ça qu'il y a souvent des 1-0 ou 2-1, c'est très serré. Tu marques un but, tu as quasiment gagné, tu le sais. Les places valent cher aussi, ça commence à jouer de plus en plus au ballon et ça prend de l'ampleur. C'est intéressant pour tout le monde.

FM : pourquoi vous n'êtes pas resté en France et vous êtes directement reparti à l'étranger ?

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OB : ce que je n’aime pas, c'est de rester dans l'échec. En Espagne quand je suis parti, c'était forcément un échec et je devais prendre ma revanche à l'étranger. Ça forge en tant qu'homme et je suis allé au Portugal.

«J'avais promis à ma grand-mère de porter le maillot de la Guinée»

FM : à Olhanense vous vivez alors votre meilleure expérience sur les terrains ?

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OB : je suis tombé sur Cristiano Bacchi, l'un des meilleurs coachs que j'ai eus. On a fait une très bonne saison. Tactiquement, j'ai beaucoup progressé en m'inspirant de joueurs italiens. Je m'entraînais parfois seul avec lui pendant deux heures. Il était dans le détail tactique. C'était sa première expérience à l'étranger. C'est un coach sanguinaire sur le banc, il vit le match avec toi. Quand tu vois un coach qui est comme ça, tu sais que tu dois te battre pour lui. Surtout que le lendemain il sera calme avec un autre visage, ça a été notre meilleure saison. Il a soudé un groupe qui se parle toujours sur Whats'app alors qu'on a tous pris des chemins différents. Ce que ce coach a apporté au groupe a été énorme. Il y avait des Portugais, Brésiliens, Haïtiens, Italiens ou encore Français et on a été soudé.

FM : pourtant vous repartez très vite et vous faites vos valises pour la Bulgarie, c'est assez étonnant ...

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OB : quand on m'a proposé la Bulgarie, je ne connaissais pas le championnat. J'ai dû partir là-bas, je suis resté quelques jours pour voir le mode de vie, la mentalité. Pour moi, c'est l'humain qui m'intéresse. Quand je suis allé là-bas, je suis tombé sur le coach et il m'a convaincu. C'est un championnat très physique, quand tu vois des équipes comme Ludogorets ou le CSKA Sofia qui sont habitués à la Coupe d'Europe. Il y a une différence entre les quatre premiers et les autres, ensuite c'est très serré. Je suis passé de championnats techniques comme l'Espagne et le Portugal à la Bulgarie, c'était bien différent. C'est vrai que dans l'équipe nationale, il y a moins de locaux, il y a quelques Brésiliens. Il y a des générations fastes et d'autres non. Avec le temps ça évoluera et il y a quelques jeunes qui signent en Bulgarie, car il y a pas mal de recruteurs.

FM : en dehors de votre parcours en club, vous êtes devenu international avec la Guinée, quel sentiment cela vous procure ?

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OB : c'est la plus grande fierté pour un footballeur. Il n'y a pas plus haut que l'équipe nationale. Tu te dis que tu as fait tout ton parcours et tu représentes ton pays, tu as un devoir de remplir ta mission et d'en profiter le plus possible, car c'est merveilleux. Moi qui suit né en Afrique, j'avais promis à ma grand-mère de porter le maillot de la Guinée. Respecter cette parole c'est la plus belle des choses. Je suis heureux et ce n'est pas fini. Bien sûr, maintenant il n'y a pas de petites équipes en Afrique. En Guinée on progresse et on a un bon coach avec aussi un bon leader au milieu avec Naby et Florentin Pogba en défense. La Guinée sera prête pour la CAN 2022 et on a hâte d'y être.

FM : avec la Guinée vous évoluez notamment avec un joueur de classe mondial. Ça fait quoi d'avoir un leader comme lui sur qui ont peut compter ?

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OB : bien sûr, quand tu es 6 et que devant toi, tu as deux joueurs comme Naby Keita et Sadio Diallo, c'est un plaisir. Ils ont beaucoup d'intelligence de jeu. Naby fait partie pour moi des meilleurs milieux de terrain du monde. Malheureusement depuis qu'il est à Liverpool, il a beaucoup de pépins physiques. Je m'inquiète pas pour lui, il reviendra à son meilleur niveau.

FM : après votre carrière de footballeur que souhaitez-vous faire ?

OB : apporter, transmettre ce que j'ai appris, le football, les pays, les gens que j'ai rencontrés. J'ai vraiment cette envie de transmettre. Je suis un amoureux du football, il m'a tout donné et après ma carrière je veux le lui rendre. Formateur, entraîneur ou dirigeant je ne sais pas encore quel chemin je suivrai mais je compte bien m'investir et continuer à travailler dans le football. J'y pense tous les jours et ça se prépare maintenant.

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