Queen’s Park FC, la fin d’un idéal amateur dans le monde pro

Plus ancien club d’Ecosse et dernier bastion du football amateur inscrit dans la Ligue de football professionnel, le Queen’s Park Football Club a choisi de changer de statut. Une décision difficile à prendre mais nécessaire pour ne pas risquer de disparaître.

Andrew Robertson sous les couleurs du Queen’s Park FC
Andrew Robertson sous les couleurs du Queen’s Park FC ©Maxppp

C’est une petite révolution dans le monde du football écossais. Seule écurie à évoluer sous statut amateur dans la Ligue de football professionnel écossaise, le Queen’s Park FC a décidé de faire le grand saut dans le monde pro. Si la nouvelle a eu un certain écho au Royaume-Uni, c’est que le club de Glasgow est le tout premier à avoir vu le jour en Ecosse. «Ce soir, à huit heures et demie, plusieurs gentlemen se sont réunis au n°3 d’Eglinton Terrace pour former un club de football». Par ces quelques mots, écrits le 9 juillet 1867, débutait l’aventure du Queen's Park Football Club. Et dans son sillage l’histoire du football écossais.

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Résistant coûte que coûte à la professionnalisation croissante du football, tel un village Gaulois face à l’envahisseur romain, le club a pendant 152 années conservé sa philosophie, imprégnée par sa devise Ludere Causa Ludendi, « jouer pour le plaisir de jouer ». Le choix du plaisir au détriment du succès. Écrivant les plus belles pages de son histoire à la fin du XIXe siècle avec dix Coupes d’Ecosse glanées, présent en première division de 1900 à 1922, le club du sud de Glasgow a passé l’essentiel de ces cent dernières années en D2, D3 et D4. À force de s’estomper, le glorieux passé est devenu un souvenir semblant appartenir à quelqu’un d’autre.

Jeudi, à Hampden Park, la motion a été adoptée à 91% par les membres du club. Faisant du Queen’s Park FC un club professionnel. Conscient d’avoir tiré un trait sur un pan d’une histoire vieille de plus d’un siècle, la direction a publié un court communiqué. « Nous pouvons annoncer que la résolution visant à permettre au club d'offrir des conditions professionnelles a été adoptée. Le club tient à remercier les membres et les sympathisants pour leur intérêt et leur contribution au cours des derniers mois. Nous reconnaissons qu'il nous a été difficile de présenter cette résolution, mais nous pensons qu'elle nous permettra de préparer un avenir prometteur ».

Faire face à une concurrence accrue

«Un choix qui émane du cerveau plutôt que du cœur», selon Gerry Crawley, ancien joueur et désormais dirigeant du club, cette mesure drastique répond à une situation d’urgence. C’est au quatrième et dernier échelon professionnel que le Queen’s Park FC s’accroche. Sixièmes sur dix en League Two, les Spiders doivent lutter pour ne pas tomber en Lowland League, première division du football amateur. Spécialiste du football écossais et fondateur de Scottish Football FR, Loïs Guzukian est revenu pour Foot Mercato sur l’une des raisons qui pousse aujourd’hui le Queen’s Park FC à évoluer vers le statut professionnel.

Une concurrence accrue des clubs de divisions inférieures, organisés comme des pros, qui a incité le club à changer de modèle. « De plus en plus de clubs deviennent bien structurés avec assez d’argent pour monter les échelons. Cette année, Cove Rangers (1er), club d’Aberdeen, et Edinburgh City (2e), troisième club de la capitale, sont bien armés en League Two. Ils ont de l’ambition. Dans les Highland et Lowland Leagues (1er échelon amateur), les clubs se bousculent pour intégrer la Scottish Professional Football League. Et forcément, quand tu es un club amateur, tu disposes de moins de revenus et te retrouves démuni face à la concurrence ».

Avant la saison 2014-2015, il n'existait pas de relégation, car la Fédération écossaise de football (SFA) n'avait pas encore mis en place de système de promotion/relégation automatique entre ses championnats et les compétitions amateurs. Depuis, les vainqueurs de la Highland Football League et de la Lowland Football League - premier échelon du foot amateur, divisé en deux zones géographiques - s'affrontent dans un match de play-off. Le gagnant de la double-confrontation affronte ensuite le dernier de la Scottish League Two dans un play-off de promotion/relégation. Le risque d'une relégation n'est donc pas à écarter.

Ne plus voir ses talents partir gratuitement

«Nous dépensons beaucoup d'argent pour le développement de la jeunesse et nous ne récoltons aucun fruit pour ce travail,» déclarait Gerry Crawley, président de Queen's Park, en juillet. Si nous ne sommes pas en mesure de leur offrir un contrat professionnel à l'âge de 18 ans, ils sont libres d'aller dans n’importe quel club qui leur offrira. Quatre de nos joueurs qui ont atteint les demi-finales de la Coupe d'Ecosse de la Jeunesse la saison dernière ont rejoint Aberdeen, Hibernian, Ross County et St Mirren et nous n'avons reçu aucune compensation financière pour eux». Le constat est sans appel. Queen's Park forme des joueurs qui iront ensuite garnir les rangs des équipes professionnelles du pays. Sans contrepartie.

En tant que club amateur, Queen’s Park n'a jamais pu empêcher la fuite de ses talents. Ni même leur proposer des contrats longue-durée. L'arrière gauche de Liverpool et capitaine de la sélection écossaise Andrew Robertson, vainqueur de la dernière édition de la Ligue des champions est un bel exemple de réussite – non récompensée – de l'académie de Queen's Park. Le changement de statut permettra au club de League Two d’offrir des contrats à temps partiel (niveau oblige) rémunérés à ses joueurs. Le club pourra également percevoir des indemnités de formation et des frais de transfert lorsque ses joueurs iront voir si l’herbe est plus verte ailleurs.

Attirer des joueurs, les fidéliser

Jusqu’à maintenant, Queen’s Park propose des contrats amateurs aux joueurs qui doivent travailler à coté pour compléter leurs salaires. Des joueurs qui ne s’entraînent que deux fois par semaine. «L’idée serait de proposer des contrats à mi-temps aux joueurs pour après devenir professionnels à temps plein, s’ils parviennent à grimper les échelons. Ils vont aussi pouvoir récolter des fonds dans les ventes de leurs joueurs et leurs jeunes, et comme c’est un excellent centre de formation, ça peut être une bonne chose pour le club», explique le spécialiste du football écossais. Une sorte de cercle vertueux qui permettrait d'attirer des joueurs autrefois réticents à rejoindre une structure amateur et à fidéliser les troupes, en proposant par exemple des salaires plus confortables.

Il y a quelques semaines, le milieu de terrain français du Queen’s Park Football Club Joffrey Lidouren expliquait s’être mis en quête d’un job à mi-temps, dans une interview accordée à Loïs Guzukian et Elise Mathieu, pour Tout le Monde s’en Foot. « En League Two, la majorité des joueurs travaillent il me semble. À Queen’s Park, c’est différent parce qu’il y a beaucoup de jeunes donc ils font des études. Certains travaillent à mi-temps. Il y a un peu de tout ». Mis en relation par le club avec des restaurants de Glasgow, le Breton raconte notamment la difficulté de trouver un emploi lorsque les matches sont le samedi.

Rester compétitif après avoir quitté Hampden Park

En 2018, la Fédération écossaise de football (SFA) a conclu un accord avec le club pour acheter Hampden au Queen's Park FC à l'expiration du bail en 2020, pour un montant de 5 millions de livres sterling (5,8 M€). Les Spiders disputeront à partir de la saison prochaine leurs matches du côté de Lesser Hampden, sur une pelouse synthétique. Un décor bien différent de l’antre de plus de 50 000 places qu'ils avaient construit et qui les accueille depuis 1903, hébergeant également les rencontres internationales de l’Ecosse.

Avec la vente d’Hampden Park à la fédération et le déménagement sur le petit stade voisin - ancienne ferme du 19e siècle dont le bâtiment principal a été conservé et transformé en vestiaires -, Queen's Park se prépare à perdre en visibilité. Même si les rencontres des Spiders disputées dans l’immense arène de Glasgow n’attiraient souvent pas plus de 500 spectateurs, l'abandon du stade mythique dessiné par le célèbre architecte Archibald Leitch est une perte de repères. Les troupes de Mark Roberts pourront peut-être se consoler en se disant que leurs adversaires viendront désormais les défier avec un peu moins d’envie. Il faut dire que leur motivation était décuplée à l’idée de l’emporter sur la pelouse d’Hampden Park.

La fin d’un idéal, le retour dans les hautes sphères ?

«C’est la fin d’un idéal. C’était le petit club qui résistait aux grosses machines. C’était beau. Leur stade, Hampden Park, c’était irréel pour un tel club devenu petit mais si important. Après, il faut aussi les comprendre. S’ils peuvent éviter de mourir et conserver leur histoire, alors ils ont raison de passer dans le monde professionnel. C’est compliqué mais c’est un choix qui devait se faire,» appuie Loïs Guzukian, qui pense que malgré l'ambition du club de Glasgow de retrouver les sommets, le chemin sera semé d'embûches. «C’est sûr que leur ambition sera de monter les échelons. Chaque club veut évoluer en Premiership. Mais ce sera compliqué car les divisions inférieures en Ecosse sont assez denses. Le statut professionnel va aider, ne serait-ce que pour pouvoir négocier les ventes de leurs jeunes». Le point de départ d'une nouvelle histoire.

Avec l'aide précieuse de Loïs Guzukian et Elise.

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