815 matchs au CSKA, titulaire à 40 ans, proche de Poutine…La légende Igor Akinfeev fait toujours parler de lui en Russie
À bientôt 40 ans, Igor Akinfeev continue de défendre les cages du CSKA Moscou, plus de vingt ans après ses débuts. Gardien mythique du football russe, témoin de l’âge d’or des clubs du pays en Europe, il incarne aujourd’hui à lui seul une génération et une époque que beaucoup regardent déjà avec nostalgie.
Souvenez-vous de cette époque où les soirées européennes commençaient souvent à 18 heures et sentaient la neige et les longs déplacements vers l’Est. Le football russe occupait alors une place à part dans le paysage continental. En Ligue des Champions, il n’était jamais simple d’aller s’imposer face au Rubin Kazan, à Krasnodar, au Zenit Saint-Pétersbourg ou encore au Dinamo Moscou. Les équipes russes avaient la réputation d’être rugueuses, disciplinées et souvent redoutables à domicile. La sélection nationale, elle aussi, restait un adversaire pénible à manœuvrer, capable de faire tomber des favoris lors des grandes compétitions. Au milieu de cette génération et de ces clubs qui animaient régulièrement les campagnes européennes, un visage s’est imposé pendant deux décennies. Celui d’Igor Akinfeev, gardien emblématique du CSKA Moscou, témoin et acteur majeur de l’âge d’or du football russe des années 2000 et 2010. Et pourtant, beaucoup l’ignorent aujourd’hui en Europe de l’Ouest, mais Igor Akinfeev n’appartient pas seulement aux souvenirs. À presque 40 ans, qu’il atteindra en avril, le gardien est toujours en activité au CSKA Moscou, le club de sa vie.
Il y a débuté adolescent et n’en est jamais parti. Avec plus de 800 matchs officiels disputés sous ce maillot, il est devenu au fil du temps le joueur le plus capé de l’histoire du club et une figure presque institutionnelle du football russe. «Je ne l’ai pas cherché, et je ne me le suis pas permis, car je n’ai jamais pensé à l’avenir. Surtout pas pendant plus d’une décennie. Mais maintenant, avec le recul, il y a un hic. Sans ces deux blessures, j’aurais joué beaucoup plus de matchs. Près de 900. J’en ai manqué environ 55 à cause de blessures. Tout va bien en ce moment. C’était une chose différente quand le calendrier est surchargé avec la Coupe, le championnat, les compétitions européennes et l’équipe nationale. Mon genou était enflé et du liquide s’accumulait. C’est complètement différent maintenant. Je comprends bien que je n’ai qu’un match de championnat par semaine et que la Coupe est pour Torop (sa doublure, ndlr). Il n’y a pas de problème. Je comprends que la fin de carrière est inévitable et que mon contrat court jusqu’à fin mai 2026. Je sais que je donnerai le meilleur de moi-même. Je déborde d’énergie. Que se passera-t-il ensuite ? J’aurai 40 ans… on verra», avait déclaré le gardien russe en août dernier. Capitaine respecté, titulaire indiscutable saison après saison, il continue de garder les cages de l’équipe moscovite avec une régularité remarquable. Dans un football où les carrières s’éparpillent aux quatre coins du continent, Akinfeev fait figure d’exception rare. Un homme, un club, plus de vingt ans d’histoire commune.
Une légende vivante en Rodina-Mat
Pour toute une génération de supporters, son nom reste indissociable des soirées européennes du CSKA. Gardien précoce devenu titulaire dès l’adolescence, le natif de Vidnoïe s’est très vite imposé comme l’un des visages du club moscovite sur la scène continentale. Il remporte la Coupe de l’UEFA en 2005 et participe à de nombreuses campagnes européennes, souvent dans des contextes difficiles. En sélection russe aussi, il traverse les grandes années de la Sbornaïa, avec en point d’orgue l’épopée de l’Euro 2008 conclue par une demi-finale. L’image de ses arrêts lors du Mondial 2018 face à l’Espagne reste également gravée dans les mémoires. «Je ne suis pas nostalgique des tournois, mais je le suis de l’équipe. Trois championnats avec Slutsky, et de beaux matchs en Ligue des Champions, contre Manchester City par exemple. Ou contre le Bayern. Ne prendre que 3-0 à l’Allianz Arena, c’est comme faire match nul 0-0. J’étais aux anges quand on est partis. Et à Khimki, ils n’ont marqué qu’un seul but, et c’était un penalty. C’était quasiment une victoire. Franchement, quand on regarde l’équipe du CSKA aujourd’hui, on se rend compte : on ne la qualifierait sans doute pas de formidable, mais c’était une équipe très forte et très soudée. On passait nos week-ends ensemble, on allait au sauna et on faisait des barbecues. Je tiens à le dire tout de suite. Je n’aime pas entendre dire que notre football est au plus bas. S’il est au plus bas, ne le regardez pas. Mais pourquoi ne pas aimer notre propre football ? Peu importe l’état de la ligue ou de la deuxième division. Nous sommes toujours capables de produire un beau spectacle.», expliquait-il dans la suite de son entretien au média russe Sport-Express. Aujourd’hui, alors que la fin de carrière se rapproche forcément, la question demeure. Combien de saisons encore pour celui qui continue d’afficher des réflexes et une lecture du jeu qui font toujours de lui l’un des gardiens les plus fiables du championnat russe, nommé joueur du mois en mars 2025 et héros de la finale de la Coupe de Russie en 2025.
Le contexte dans lequel évolue Akinfeev a cependant radicalement changé. Depuis le début du conflit avec l’Ukraine, le football russe vit dans une forme d’isolement international. Les clubs ne participent plus aux compétitions européennes et la sélection nationale a été écartée de plusieurs tournois majeurs. Pour un pays qui s’était habitué à voir ses équipes défier les meilleures formations du continent, le choc est brutal. Les stades continuent de vibrer en championnat, mais la visibilité internationale s’est effondrée. Beaucoup s’interrogent désormais sur la manière dont le football russe pourra rebondir dans les années à venir. Retrouver les compétitions européennes, reconstruire son attractivité et redonner à ses clubs une place dans la hiérarchie continentale seront des défis majeurs. «Ce sera difficile. Surtout si nous affrontons Barcelone et le Bayern. Ce sera compliqué après trois ou quatre ans sans ce genre d’expérience. Il est important d’affronter des adversaires de haut niveau. Je pense donc que ce sera difficile pour nous au début, après notre retour, même en Conference League. Cependant, à notre retour, les équipes se composeront différemment, et c’est aussi important. Les transferts seront différents pour les compétitions européennes. Je partage ce constat : ce sera difficile pour les clubs comme pour l’équipe nationale. Certes, nous avons affronté de bonnes équipes africaines. Nous avons gagné. Mais un match, ce n’est rien comparé à ce qui s’est passé avant la Coupe du Monde 2018, par exemple. Face au Brésil, à l’Argentine, à la France… On réfléchit et on se prépare différemment. On comprend que ce ne sera pas une partie de plaisir et si on baisse les bras, ils nous écraseront».
En parallèle, le gardien moscovite n’a jamais caché son intérêt pour les questions politiques et internationales. Passionné de diplomatie et de géopolitique, il s’exprime régulièrement sur ces sujets et entretient une certaine proximité avec le pouvoir russe, notamment avec Vladimir Poutine. Cette position lui a aussi valu d’être visé par des sanctions de l’Ukraine en 2023, avec un gel de ses avoirs dans le pays et une interdiction d’entrée pendant plusieurs décennies. Une illustration supplémentaire de la manière dont le sport et la politique se croisent désormais dans la région. «J’ai beaucoup d’idées. L’une d’elles consiste à développer le sport de masse. J’ai déjà plusieurs projets liés à la fondation Pays du Footbal. Un nouveau stade est en construction à Reutov pour l’Académie des gardiens de but Chanov et Akinfeev. Il comprendra une grande tribune et un centre de rééducation pour enfants. Nous pourrons ensuite envisager d’agrandir le stade, d’y organiser des stages, des tournois et de le louer. Je compte encore plusieurs projets et idées d’entreprise dans lesquels je souhaite m’investir. Toutefois, si je reçois une offre du CSKA à l’avenir, je l’examinerai attentivement. Au vu de la situation mondiale actuelle, je pense que je devrais probablement devenir diplomate. Pour résoudre les conflits . De plus, j’ai toujours considéré cela comme un domaine très prestigieux. Et je souhaite que la diplomatie triomphe toujours». Quoi qu’il advienne, le nom d’Akinfeev restera associé à une époque précise du football russe. Celle où les clubs du pays faisaient trembler l’Europe et où un jeune gardien aux réflexes félins devenait, saison après saison, une véritable légende.
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