Franck Ribéry annonce sa retraite

Gêné par des blessures à répétition, Franck Ribéry a décidé de mettre un terme à sa carrière de footballeur. À 39 ans, le natif de Boulogne-sur-Mer emporte avec lui de nombreux souvenirs mémorables. Du championnat amateur à l'équipe de France, en passant par la marque indélébile laissée au Bayern Munich, retour sur une carrière pas comme les autres.

Franck Ribéry en 2006
Franck Ribéry en 2006 ©Maxppp
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Les trentenaires se souviennent sans doute du petit numéro 22 aux jambes de feu, le short et les manches trop larges mais les épaules à la bonne taille, qui lâché en cours de match par Raymond Domenech en préparation du Mondial 2006, apportait à l'équipe de France un vent de fraîcheur et une hargne qui laissaient présager les plus grands exploits. Seize ans après une finale de Coupe de Monde au goût amer, Franck Ribéry, 39 ans, a décidé d'écouter ses genoux, qui lui disaient qu'ils n'en pouvaient plus. Ce vendredi, il a annoncé sur les réseaux sociaux son souhait de raccrocher les crampons. «Le ballon s’arrête mais pas mes sentiments pour lui», a-t-il publié sur Twitter où il a également partagé une vidéo. La fin d'une carrière longue comme le bras, semée d'embuches et de trophées, du monde amateur à la Ligue des champions.

Si la France se rappelle du Franck Ribéry marseillais, le feu-follet d'1m70 a éclos à Boulogne-sur-Mer, ville chère aux adorateurs de Diego Armando Maradona. C'est dans cette ville du Pas-de-Calais, après avoir quitté plus tôt que prévu le centre de formation du LOSC - qu'il dispute à 18 ans ses premiers matches dans le championnat National. Alors qu'il brille dans le monde amateur, sous les couleurs boulonnaises, puis avec Alès et Brest (23 passes décisives, montée en Ligue 2), c'est le FC Metz de Jean Fernandez qui devance Nantes et l'Ajax et lui offre l'opportunité de faire le grand saut en Ligue 1, en 2004. Il a 21 ans et tout va très vite pour lui.

Franck Ribéry sous les couleurs des Dragons de Boulogne-sur-Mer (Premier en partant de la gauche, en bas).

Débuts tonitruants en Ligue 1 avec Metz et départ précipité en Turquie

Aligné au poste de milieu droit, Franck Ribéry détonne pour ses débuts et dès le mois d'août, il remporte le trophée de joueur du mois. Fraîchement nommé à la tête des Espoirs français, René Girard le convoque sans trop hésiter. Et après seulement six mois en Moselle (meilleur passeur de Ligue 1 avec 8 offrandes), le voilà au cœur d'un transfert à 5 millions d'euros. Fin janvier 2005, il prend la direction de la Turquie, où Galatasaray l'accueille comme un prince. Mais rebondissement ! Après cinq mois (17 matches, 1 but, 5 passes décisives), dans l'attente de salaires impayés, le joueur décide de s'en aller. L'OM, où Jean Fernandez a posé ses valises, lui ouvre la porte.

Franck Ribéry avec l'OM face au PSG de Pedro Miguel Pauleta.

L'OM lui ouvre les portes de l'équipe de France

Déjà de retour en France, pour le plus grand plaisir des supporters de l'OM, le numéro 7 floqué dans le dos, Franck Ribéry évolue au poste d'ailier gauche. Sous les couleurs marseillaises, il réalise un premier exercice de haute volée. Meilleur espoir du championnat, trois fois « joueur du mois », auteur du « but de l'année » face à Nantes, l'attaquant de 23 ans dispute 53 matches, inscrit 12 buts et délivre 8 passes décisives. Assez pour, déjà, lui donner des envies d'ailleurs, et convaincre Raymond Domenech de l'appeler pour les trois matches de préparation des Bleus pour le Mondial 2006.

Franck Ribéry s'apprête à faire ses premiers pas en Équipe de France, face au Mexique.

Devenu la nouvelle mascotte de l’équipe de France, apprécié par Zinédine Zidane, adulé par les supporters qui scandent son nom, le voilà propulsé titulaire d'une équipe remaniée pour débuter le Mondial allemand face à la Suisse. Titulaire, il le sera jusqu'en finale (exception faite du match disputé face à la Corée du Sud), signe qu'il n'est pas qu'un effet de mode mais bien un jeune crack devenu taulier en un rien de temps. Sa prestation en 8es de finale reste dans les mémoires. En fidèle lieutenant, il dégoûte Iker Casillas et empêche l'Espagne d'envoyer Zidane à la retraite.

Faux-départ à Lyon et transfert record au Bayern

À l’été 2006, il change de statut. Fort d'un cinquième titre de champion consécutif, l'Olympique Lyonnais lui fait les yeux doux. Et si le joueur fait de l'OL sa priorité, les dirigeants marseillais le rappellent à ses obligations contractuelles. L'incendie éteint, Franck Ribéry dispute une deuxième saison dans la cité phocéenne, où gêné par des blessures, il brille un peu moins mais reste décisif (6 buts, 12 passes décisives en 36 matches). Après avoir terminé 5e puis 2e du championnat et avoir disputé (et perdu) deux finales de Coupe de France avec l'OM, le joueur de 24 ans se voit octroyer un bon de sortie par Pape Diouf.

L'OM ne renforcera pas un concurrent direct. Il n'ira pas à Lyon, malgré 22 millions d'euros posés sur la table par Jean-Michel Aulas. C'est de l'Allemagne qu'il prend la direction. Le transfert est record : 30 millions d'euros. Du jamais vu pour le club aux finances réglées comme du papier à musique. Le joueur débarque dans un vestiaire sonné par une saison terminée à la 4e place, synonyme de Ligue Europa. Malgré son effectif de stars, composé de Kahn, van Bommel, Lahm ou encore Schweinsteiger, l'adaptation est éclair. Ribéry apprend l'Allemand en un temps record, ses farces agacent autant qu'elles amusent ses coéquipiers et sur le terrain, le Français transfigure le Bayern.

De «Ti'Franck» à «Kaiser Franck»

Le numéro 7 légué par Mehmet Scholl n'est pas trop lourd à porter pour Franck Ribéry, qui aligné côté gauche dépoussière une Bundesliga longtemps jugée rugueuse et ennuyeuse. Sa technique, ses coups de rein et sa vitesse lui offrent une cote de popularité sans précédent, même en déplacement. Des débuts de rêve, rendus possibles par un coach : Ottmar Hitzfeld. Un père de substitution. « Le point de départ, c'est de s'informer de l'enfance du joueur. Je sais d'où vient Franck, tout ce qu'il a enduré. Il a besoin de sentir qu'on s'occupe de lui, mais aussi d'avoir des règles, » déclarait le technicien allemand de l'époque, au journal L'Equipe.

Franck Ribéry célèbre aux côtés de Mario Gomez sur la pelouse du Vélodrome.

Pour sa première saison, il réalise le doublé Coupe-Championnat et est élu joueur de l'année en Bundesliga. La suite est une histoire d'amour de douze années et un palmarès impressionnant : neuf fois champion d'Allemagne (un record), 6 fois vainqueur de la Coupe d'Allemagne, 4 fois vainqueur de la Supercoupe d'Allemagne, une Coupe de la Ligue, mais aussi et surtout, la Ligue des champions en 2013, qui lui vaudra une 3e place sur le podium du Ballon d'Or, la Supercoupe d'Europe et la Coupe du Monde des Clubs. Franck Ribéry au Bayern c'est 425 matches, 124 buts et 182 passes décisives sous les ordres d'Ottmar Hitzfeld, Jürgen Klinsmann, Jupp Heynckes, Louis van Gaal, Pep Guardiola, Carlo Ancelotti et Niko Kovac.

L'Italie comme baroud d'honneur

Il capitano Ribéry avec la Fiorentina.

À la fin de son aventure en Bavière, Chine, Qatar et Arabie saoudite lui offrent une pré-retraite dorée. Franck Ribéry n'est pas si cupide. C'est en Italie que l'histoire continue de s'écrire. Sous les couleurs de la Fiorentina, avec Vincenzo Montella puis Giuseppe Iachini, il dispute 51 matches (5 buts, 10 passes décisives) et arbore même le brassard de capitaine. Regrettant le manque de respect des dirigeants du club toscan, qui refusent de le prolonger, l'attaquant, alors âgé de 38 ans, rebondit ensuite chez le promu de la Salernitana, avec lequel il arrache le maintien. Entré en jeu contre la Roma de José Mourinho lors de la 1ère journée cette saison, Franck Ribéry ne le savait pas mais il disputait ses dernières minutes de footballeur professionnel.

« Ferraribéry », « Scarface », « Kaiser Franck », Franck Ribéry aura marqué son époque. Celle de la relève de Zidane en équipe de France. Cette époque où il était difficile de faire parler de soi lorsque Lionel Messi et Cristiano Ronaldo accaparaient toute l'attention. Celle de l'hégémonie du Bayern Munich et d'un certain regain d'intérêt pour la Bundesliga. Loin de la France, Franck Ribéry aura, comme Karim Benzema, fait parler de lui sur et en dehors du terrain. Plus que d'autres, il aura reçu des coups, car issu d'un milieu défavorisé où l'on parle et où l'on réfléchit parfois après. Car différent de ce qu'on a l'habitude de voir. Car Bilal Yusuf Mohammed était plus talentueux que les autres.

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