L'usure mentale, la cause du début de saison mitigée du PSG ?

Malgré sa première place en Ligue 1, le PSG n’a pas démarré la saison 2020/2021 de la meilleure des façons avec deux défaites en championnat, deux prestations laborieuses en Ligue des champions et de nombreuses blessures à gérer. Évoquée par Kylian Mbappé et Thomas Tuchel, l’usure mentale serait l’une des causes de ce début de saison mitigée. Explications.

Mbappé relève Neymar lors de PSG-MU
Mbappé relève Neymar lors de PSG-MU ©Maxppp

« La reprise a été difficile physiquement, mais surtout mentalement, car il n’y a pas eu de préparation. Nous sommes revenus d’une finale fin août, puis nous sommes partis en sélection, d’autres joueurs ont eu le Covid. C'était particulier. C'est une année particulière à laquelle il faut s'adapter. Mais mentalement, c’est difficile de se remettre. Dans mon esprit, et nous sommes plusieurs à le ressentir, ce n'est pas une nouvelle saison. C’est comme si c'était la continuité de la dernière saison. Pour moi, on est au 60ème match de la saison, et pas au neuvième match de la nouvelle saison. Pour moi, une nouvelle saison, c'est quand tu as une coupure pendant laquelle tu as eu le temps de recharger les batteries. Là, on est juste dans les prolongations, c’est un marathon qui continue, donc ce n'est pas évident », dans une interview pour le site officiel du PSG, Kylian Mbappé exprimait la difficulté ressentie par les joueurs du PSG d'enchaîner une nouvelle saison quelques semaines après leur finale de Ligue des champions perdue contre le Bayern Munich (0-1), le 23 août dernier. Sans la nommer directement, l’attaquant parisien et de l’équipe de France évoquait l’usure mentale. Un sujet encore tabou dans le foot, comme la dépression qui en est un dérivé.

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Qu’est-ce que l’usure mentale ?

« L’usure mentale, c’est quelque chose qui vous consume de l’intérieur et qui n’est donc pas forcément perceptible de l’extérieur. Il n’y a pas d’événements majeurs visibles ou significatifs qui va déclencher un symptôme. C’est quelque chose qui s’installe sans prévenir, petit à petit, dont vous vous apercevez uniquement quand les effets sont vraiment manifestes. C’est donc très piégeux comme un burn-out. Autant quand il y a un incident concret, le psychisme fait face en mettant en place des mécanismes de défense pour pouvoir supporter l’agression psychique. Mais quand c’est de l’usure mentale, il n’y a pas eu d’agression ou plusieurs agressions manifestes pour lesquelles le psychisme pourrait s’armer. Du coup, le psychisme est pris à défaut car il ne voit pas le danger donc il ne se protège pas jusqu’à l’apparition de premiers symptômes qui peuvent être de la fatigue physique, de la nervosité, de la perte de motivation voire plus », nous explique Delphine Herblin, psychologue du sport et qui collabore avec de nombreux joueurs professionnels.

Toujours sur psg.fr, Kylian Mbappé précisait : « normalement, après la finale de la Ligue des Champions, tu gagnes ou tu perds, mais après tu as des vacances, où une compétition en équipe nationale et ensuite des vacances. Mais quoi qu’il arrive, tu coupes avec le football, tu recharges les batteries pour être efficace et bien te préparer pour une nouvelle saison. Là, nous avons perdu la finale, et il a fallu rejouer tout de suite. Moi, j’aime jouer, j'aime ce sport, j'aime toujours être sur le terrain, donc tu ne me verras jamais me plaindre des matches. Mais dire que ce n'est pas évident à gérer, ce n’est pas une plainte, c'est un constat. »

Kylian Mbappé

Des propos soutenus par Thomal Tuchel au micro de RMC Sport après le match remporté (2-0) contre Istanbul Başakşehir en Ligue des champions : « c’est un peu difficile pour nous. C’est dur, on souffre un peu. Kylian l’expliqué. Il n’a pas l’impression que c’est son neuvième match de la saison. Il a le sentiment que c’est son soixantième match de la saison. Je peux observer ça aussi. On ne peut pas dire que ce n’est pas vrai. C’est comme ça et on doit l’accepter. J’espère que nous serons capables de surmonter cet obstacle même si ce n’est pas facile pour nous. On est quand même capable de gagner. On est premier en Ligue 1, c’est une bonne base pour regagner un bon état d’esprit. Les joueurs se sentent fatigués mentalement. On n’a pas eu une vraie préparation. Et jouer sans préparation, c’est difficile. On a le sentiment d’être fatigués mentalement. »

Les conséquences d'une saison anormale

Finalistes de la dernière Ligue des champions, les Parisiens ont entamé la nouvelle saison 18 jours plus tard en enchaînant 10 matches entre le 10 septembre et le 28 octobre, plus cinq matches supplémentaires pour les joueurs internationaux comme Mbappé. Une surcharge inhabituelle et un calendrier qui ont pu perturber certaines habitudes voire routines.

« Il ne faut évidemment pas occulter l’impact du changement des habitudes pour le moral des joueurs. C’est-à-dire que la nouvelle saison qui a débuté ne ressemble en rien à ce qui se fait habituellement. Les Parisiens ont repris le championnat en septembre, ils ont commencé la Ligue des champions en octobre, ils jouent tous les trois jours, ils jouent aussi avec leurs sélections, sans interruption. Le rythme de la saison est inhabituel et ça peut perturber les habitudes des joueurs qui sont pour la plupart très routiniers. Pour eux, c’est comme s’il n’y avait plus de saisons. Que l’on passait de l’hiver à l’été sans transition alors que les changements de saison permettent justement de se repérer. Là, les joueurs ont enchaîné la fin d’une saison à la fin du mois d’août alors que la nouvelle saison débutait au même moment. Ils ont eu une petite trêve ponctuée d’un scandale médiatique avec les cas de Covid-19, qui a été suivi d’un début de saison compliquée avec deux défaites. Psychiquement, ils n’ont pas eu ce qui permet d’avoir clairement un début, une fin, une transition pour passer à autre chose, un moment pour effacer, pour recommencer, etc. Ils ont été tout simplement troublés dans leur repère spatio-temporel, qui est essentiel pour eux », argumente Delphine Herblin, qui a aussi expliqué dans un article paru sur Linkedin, les liens entre les soucis psychologiques et les blessures.

Neymar

Justement, les Parisiens ont déploré une multitude de blessures depuis le mois de septembre. Il y a eu la rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche de Juan Bernat sur une action anodine contre Metz suivi de plusieurs blessures musculaires aux cuisses pour Verratti, Gueye, Paredes, Draxler, aux adducteurs pour Neymar et une entorse du genou pour Icardi. Ce qui ne serait pas forcément un hasard mais plus une conséquence d’un manque de préparation physique mais aussi de cette usure mentale.

Delphine Herblin : « Pour revenir sur ce que je disais précédemment, quand il n’y a pas d’événements particuliers qui signalent l’usure ou la fatigue mentale, c’est souvent le corps qui finit par s’exprimer. Les blessures peuvent être une réponse à cette usure mentale mais cela nécessite une vraie analyse derrière. Il ne faut pas tomber dans des raccourcis faciles. Mais généralement, il y a un lien entre le stress et l’immunité, c’est-à-dire que quand vous êtes moins bien mentalement, vous êtes moins vigilants donc plus vulnérables aux blessures et aux maladies. Parfois, les blessures vont aussi inconsciemment se déclencher pour pouvoir fuir le terrain. J’ai déjà travaillé avec un joueur qui s’était fait une grave blessure et qui m’avait expliqué que ce n’était pas arrivé par hasard car il traversait un moment difficile dans sa vie personnelle. On n’oublie trop souvent que ces joueurs professionnels sont des êtres humains comme tout le monde, qui traversent des moments difficiles et qui ont parfois besoin de faire un break. Dans ces cas-là, c’est leur corps qui peut leur offrir ce break nécessaire dans leur vie. »

Mbappé, un cas particulier ?

Manque de préparation physique, surcharge mentale, surcharge physique, surexposition médiatique. Toutes les théories expliquant le début de saison moyen du PSG et les nombreuses blessures au sein de l’effectif se tiennent. Concernant le cas de Kylian Mbappé, Delphin Herblin avance toutefois une autre lecture qui mérite l’attention : « Selon moi, Kylian Mbappé est un cas particulier. Comme tous les joueurs ou les athlètes à succès mis sous le feu des projecteurs à un très jeune âge, il se retrouve dans une situation paradoxale. Pour exceller dans le football comme il l’a fait aussi jeune, il a dû mettre tous ses sens complètement en éveil. Ce qui nécessite d’être très réceptif aux remarques, aux critiques, etc. C’est donc un joueur qui a sûrement développé toutes ses intelligences en étant hyper ouvert et hyper attentif. Là, il se retrouve dans une situation où il est surexposé, où les attentes sur ses épaules sont énormes, où les critiques se font de plus en plus nombreuses dans la presse ou sur les réseaux sociaux donc pour se protéger, il se renferme et il ferme en même temps sa réactivité et ses sens. Mais à force de se fermer, il peut aussi s’anesthésier car son psychisme vient le couper de l’extérieur. Ça peut donc expliquer pourquoi il paraît parfois un peu éteint sur la pelouse. Donc, il est sans doute dans un cycle un peu paradoxal où d’un côté, il doit rester ouvert et d’un autre, il doit se fermer pour se protéger. C’est donc une situation très difficile à gérer pour lui mais c’est aussi une superbe opportunité pour lui d’apprendre de cette situation et d’être encore meilleur. »

Les solutions pour remédier à cette usure mentale

Pour faire face à cette usure mentale, il existe plusieurs solutions et paradoxalement, des « vraies vacances » ne sont pas forcément la solution idéale. « Les vacances ne sont pas forcément la solution. On peut parler plutôt de vacances psychiques. Par exemple, 10 minutes de sieste peuvent être plus efficaces pour la récupération que 12 heures de sommeil s’il est perturbé. En gros, ce n’est pas la quantité qui est importante. Évidemment que la coupure aurait été bénéfique pour les joueurs mais ce n’est selon moi pas le fond du problème. Ce n’est peut-être qu’une façade pour masquer un problème plus important. Pour remédier à cette usure mentale, il faut tout simplement mettre le doigt où ça fait mal. Diagnostiquer ce qui ne va pas. En parler, se questionner, évacuer ce stress ou ce problème. Rien que le fait de formuler qu’il y a quelque chose qui ne va pas, c’est déjà un grand pas en avant. Et bien sûr, derrière, le club et les joueurs peuvent faire appel à des professionnels pour les aider », conclut Delphine Herblin.

Thomas Tuchel

La solution pour Thomas Tuchel et ses joueurs demeurent sans doute de laisser passer l’orage. Un orage tenace compte tenu de la couverture médiatique du club mais qui pourrait s’estomper avec l’enchaînement de victoires sur la scène nationale mais surtout européenne. Le mois de novembre qui se profile pourrait donc déjà être crucial pour s’offrir quelques instants de répit mental. Est-ce que ce sera suffisant pour dissiper tous les nuages et calmer le stress ambiant ? Probablement pas quand on est le PSG. Il faudra donc vivre avec. Ou plutôt vaincre avec.

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