OM : le parcours chaotique de Saber Khlifa

La semaine dernière, Saber Khlifa s’est engagé en faveur de l’Olympique de Marseille. La fin d’un sacré feuilleton. Quelque part en Tunisie, le joueur a attendu quelques semaines avant de voir sa situation évoluer, faisant grincer des dents du côté d’Evian. Une fin de parcours pour le moins houleuse. Mais presque naturelle pour l’attaquant, qui a connu bien pire en matière de rupture.

Saber Khlifa présente une carrière atypique
Saber Khlifa présente une carrière atypique ©Maxppp
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« Vivement qu’il parte. Qu’il parte le plus vite possible et d’ailleurs sans passer par la case club. Ça me fatigue. » A la mi-juillet, Pascal Dupraz exprimait le ras le bol de l’ETG quant à la situation de Saber Khlifa, son attaquant star. Un joueur qui a séché la reprise des entraînements des Savoyards, attendant, dans un lieu inconnu de tous en Tunisie, que son avenir s’éclaircisse. Ce qui est finalement arrivé la semaine dernière avec l’officialisation de son transfert à Marseille. S’il est caractériel et que sa démarche paraît incorrecte envers l’ETG, ce dénouement n’étonne guère venant de l’intéressé. Car Khlifa, c’est l’exemple parfait de la carrière compliquée. Une carrière qui aurait pu s’interrompre à plusieurs reprises. Une véritable épopée homérique, qui a débuté en Tunisie, il y a de cela quelques années.

La traversée du Printemps arabe

En 2006, le jeune et prometteur Khlifa, formé au Stade Gabésien, s’engage en faveur de son club de cœur, l’Espérance Tunis. Un rêve qui devient réalité, un rêve qui bien vite, vire au cauchemar : Khlifa joue très peu, et au bout de deux saisons, demande à partir. Envoyé en prêt du côté du CS Hammam, il se construit sur deux saisons. Des performances de haut vol, y compris, et c'est bien le problème, contre son Espérance. En avril 2010, sa rencontre face à l’EST tourne à la catastrophe : en marquant un but lors de ce match (terminé sur le score de 3-3), il s’attire les foudres des supporters et dirigeants. Autant dire qu’il est surprenant, de le voir retourner au club de la capitale quelques mois plus tard. Réticent à ce retour, Khlifa est finalement convaincu par le coach Faouzi Benzarti, qui lui promet un nouveau statut. De courte durée, cependant : en novembre de cette même année, l’entraîneur prend la tangente, et la situation se dégrade à nouveau pour le joueur. D’autant qu’à ce moment précis, en Tunisie, la Révolution débute. Khlifa veut partir, il signe un pré-contrat à l’ETG. Plus que six mois à tirer, l’attaquant veut rester à l’EST, cette fois, c’est son club qui lui indique la sortie. Va pour la Libye, et le Benghazi.

Là, ce n’est pas le football, qui marquera Saber Khlifa. Mais bien la révolution, qui s’est embrasée pour atteindre son pays d’adoption. Pire, Benghazi, sa ville de résidence, est justement le berceau de la révolte. Le soulèvement libyen contre les forces de Kadhafi est sanglant, le championnat local est vite stoppé, et Khlifa de cohabiter avec la peur et le bruit des balles. Au bout de quelques semaines d’enfer, il parvient à quitter le pays, gagnant l’Egypte au terme d’un trajet dans le coffre d’une voiture. Il croise une nouvelle fois le chemin de la révolution, mais parvient à s’envoler pour la Tunisie. Après avoir suivi bien malgré lui le Printemps arabe, Khlifa retrouve sa famille, mais aucun club. Pendant 4 mois, il patiente. Avant de s’envoler pour Evian.

La fuite pour retrouver sa famille

Evian, et donc, le renouveau. Du moins, sur le papier. Car sa femme et son fils ne peuvent le rejoindre, faute de papiers. Khlifa joue, claque ses 4 buts sur la saison 2011/2012, mais ses pensées sont toujours tournées vers la Tunisie. L’été dernier, lorsqu’il apprend que ses proches ne peuvent le rejoindre, il explose et manque de tout plaquer, football compris, pour rejoindre son pays et les siens. Le club le convainc de rester, le buteur prend alors son mal en patience, tout en réalisant un exercice abouti, où il porte l’ETG vers le maintien grâce à ses 13 réalisations. Pas de quoi passer un été plus tranquille, donc.

Si sa femme a pu obtenir ses papiers pour résider en France, ce n’est pas le cas de son fils de 3 ans. C’est la raison qu’il évoque pour expliquer le fait qu’il soit resté en Tunisie, et qu’il ait refusé de prendre part à la préparation de l’ETG. Version viable ou pas, le joueur n’a pas hésité à sauter dans le premier avion pour rejoindre Marseille et parapher un contrat de quatre ans avec l’OM. Une nouvelle étape dans sa carrière, dans sa vie. Sa famille à ses côtés, Khlifa fait enfin dans la stabilité. A moins que son caractère bien trempé ne lui rejoue des tours, le voilà bien parti pour s’inscrire dans la durée dans un même club. Et s’il reste une curiosité pour les supporters olympiens – quel poste et quel rôle à l’OM ? – ces derniers peuvent être certains d’une chose : avec un tel vécu, Khlifa a du coffre.

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