Eric Junior Dina-Ebimbe : «j’appartiens au PSG, c’est l’entraîneur qui décidera»

Série - Episode 2. Contraint par le fair-play financier et après avoir supprimé son équipe réserve, le Paris Saint-Germain a consenti à plus de 50 départs durant l’été 2019, qu’il s’agisse de membres de son staff ou de joueurs. Pour savoir comment ils ont rebondi, Foot Mercato va aux nouvelles. Deuxième stop du côté du Stade Océane, là où le prometteur milieu du PSG Eric Junior Dina-Ebimbe (19 ans) semble comme un poisson dans l'eau.

Eric Junior Dina-Ebimbe buteur face à Châteauroux à l'occasion de la 27e journée de Ligue 2.
Eric Junior Dina-Ebimbe buteur face à Châteauroux à l'occasion de la 27e journée de Ligue 2. ©Maxppp

Eric Junior Dina-Ebimbe (19 ans) n’est pas le plus connu des joueurs de la génération 1999 - au sein de laquelle il a été surclassé très rapidement - formé au PSG (notamment composée de Boubakary Soumaré, Antoine Bernède ou Stanley Nsoki). Pourtant, il est le seul à avoir prolongé avec la formation francilienne (jusqu’en juin 2023), avant d’être prêté au Havre en Ligue 2. Parce que Paris ne voulait pas risquer de perdre un tel potentiel. En Normandie, le milieu se révèle peu à peu, un an après avoir réalisé une saison accomplie avec l’équipe réserve du PSG. Toujours «étape par étape», son mantra. C’est de là-bas, où il est confiné seul, qu’il revient avec nous sur sa saison. Légèrement introverti durant les premières minutes de l’entretien, au cours desquelles il avoue s’occuper comme il peut et se languir du terrain, il change du tout au tout quand il est amené à parler de football. La parole déliée et le ton assuré.

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Foot Mercato : Cet été vous aviez plusieurs sollicitations, pourquoi avoir choisi le Havre ?

Junior Dina-Ebimbe : J’ai parlé avec le coach (Paul Le Guen, ndlr) et il m’a convaincu. Il m’a expliqué le projet, il m’a promis du temps de jeu si j’arrivais à m’adapter et à gagner ma place au sein de l’équipe. J’ai pensé que pour ma progression c’était le meilleur club possible.

FM : Pourquoi ?

JD-E : C’est une équipe qui fait confiance aux jeunes (troisième effectif le plus jeune de Ligue 2 avec une moyenne d’âge de 24,7 ans, ndlr). C’est aussi un club exposé où beaucoup de grands joueurs sont passés. Et puis, on est une équipe joueuse et c’est le club doyen comme on dit, il y a une histoire.

FM : Il paraît que vous appréciez tout particulièrement Paul Pogba. Vous confirmez ?

JD-E : Je le prends beaucoup en exemple, que cela soit dans sa manière de se projeter, sa vision de jeu, sa manière de défendre en anticipant… Physiquement aussi, notamment dans les duels aériens. Il est complet en fait.

FM : Et très élégant.

JD-E : Oui, il est classe quand il joue. Il est beau à voir jouer ! (Plein d’entrain)

« Avec Paul Le Guen, on a pratiquement une relation père-fils. »

FM : La présence de Paul Le Guen, qui est un grand nom en France et plus spécifiquement à Paris, était un argument supplémentaire pour vous ?

JD-E : Bien-sûr que ça a joué. Déjà, c’est le seul entraîneur avec lequel j’ai pu parler parmi les clubs qui m’ont sollicité. Ensuite, c’est la personne qui a la plus grande histoire parmi les coachs qui me voulaient. C’est rassurant d’avoir un entraîneur comme lui qui a déjà eu sous ses ordres beaucoup de grands joueurs.

FM : Le courant passe bien entre vous deux ?

JD-E : On a pratiquement une relation père-fils. Il m’accompagne tous les jours, quand j’ai besoin de quelque chose il est là, il m’apporte beaucoup, il me fait confiance.

FM : Comment s’est passée votre première rencontre ?

JD-E : On avait rendez-vous au Havre. Il m’a expliqué ce qu’il voulait les yeux dans les yeux et quasiment un jour après je m’entraînais avec le groupe. Il m’a dit qu’il m’avait déjà vu jouer quand j’étais à Paris et qu’il me voyait à l’avenir comme un milieu relayeur, même si je ne jouais pas forcément à ce poste-là.

FM : Pourtant, vous avez plutôt été formé comme un milieu défensif à Paris.

JD-E : Oui, mais il appréciait ma percussion, ma qualité de projection. Il m’a dit que j’étais un joueur qui sait à la fois attaquer et défendre et que c’est important dans le système dans lequel il voulait jouer.

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FM : Cette saison, vous avez joué milieu défensif (3 fois), milieu droit (13 fois), ailier gauche (1 fois) et avant-centre (4 fois). C’est quelque chose avec laquelle vous êtes à l’aise ?

JD-E : Je suis un joueur polyvalent qui s’adapte assez vite. Au Paris Saint-Germain on m’a formé en tant que milieu défensif donc j’ai toujours mes bases, mais plus jeune j’ai toujours été très offensif.

FM : C’est là que vous vous sentez le mieux, un peu plus haut ?

JD-E : (Il réfléchit…) Oui aujourd’hui c’est ce que je préfère, être relayeur ou numéro 10.

FM : Le système dans lequel vous évoluez change aussi beaucoup (au moins 7 fois cette année). Là aussi, il faut faire preuve d’une grosse capacité d’adaptation.

JD-E : Le 4-4-2 (avec deux milieux défensifs), le 4-3-3 (pointe haute) et le 4-4-2 losange j’ai adhéré tout de suite, mais pas les systèmes avec une défense à trois (très utilisée depuis janvier). J’ai eu du mal à m’y adapter, à comprendre… On ne m’a pas habitué à défendre tout le match mais plutôt à avoir la balle. Dans le 3-5-2 j’ai joué 9 et demi et j’avais plus l’impression de faire la planche, de servir plus défensivement qu’offensivement. C’était difficile pour moi car je n’arrivais pas à apporter ce que je voulais à l’équipe…

« Je pense que si Pape ou Tino jouaient au PSG, ils se seraient facilement adaptés. »

FM : Fin août vous avez inscrit votre premier but en professionnel dans le derby face à Caen (victoire finale 3-0, ndlr), c’est une émotion indescriptible ?

JD-E : Je n’ai pas réalisé tout de suite que c’était mon premier but en pro, en plus dans un derby... C’est après, quand je me suis posé, que je me suis dit : «ah, c’était un derby, il y avait du monde, dans un match important … !» (Sourire)

FM : Vous vous êtes rapprochez du but cette saison. Vous voulez marquer davantage ?

JD-E : Je suis plus un joueur de passes et de replis défensifs mais j’ai bien compris qu’au haut niveau, quel que soit le poste, quand tu marques des buts tu es forcément plus important. On te regardera plus si tu es décisif que si tu es important dans le jeu sans marquer. Le coach m’a dit que j’étais un joueur qui doit mettre entre 5 et 6 buts dans la saison et depuis j’essaie de marquer de plus en plus (3 buts et 1 passe décisive cette saison, ndlr).

FM : Justement, cette année il y a un joueur qui a des statistiques dingues (20 buts et 4 passes décisives en 24 matches de Ligue 2) et qui attire les projecteurs : Tino Kadewere.

JD-E : Tino je l’ai découvert contre Ajaccio (1re journée de championnat). Il revenait de la CAN (Coupe d'Afrique des nations, ndlr) et il marque un but vraiment pas anodin (un doublé, ndlr). Et puis il a refait un centre compliqué, il a mis une tête, … Je me suis dit : «ce joueur a vraiment quelque chose !» Il y a beaucoup de joueurs remplis de qualités au Havre mais lui il a montré que ce n’était pas un attaquant qui est seulement capable de marquer des buts, il est à l’aise dans le jeu, il m’a vraiment impressionné. Les 20 buts qu’il a mis, ça ne me choque pas parce que ce sont des buts qu’il met à l’entraînement. C’est un joueur qui sent bien les coups, qui a une bonne vision de jeu, qui est très bon en finition… C’est un très bon footballeur.

FM : Il y a un autre joueur qui crève l’écran au HAC mais dont on parle moins, c’est Pape Gueye.

JD-E : Pape… (Il réfléchit) Je ne vais pas dire que c’est un Paul Pogba mais ça s’en rapproche. C’est un joueur élégant à voir aussi, c’est un gaucher, techniquement il est très fort, il a une bonne vision de jeu, défensivement il est très solide… En plus c’est un 99, c’est un jeune joueur qui a encore le temps de progresser. Il a énormément de qualités. Je pense que si Pape ou Tino jouait au PSG, ils se seraient facilement adaptés.

FM : Cette saison vous avez aussi passé un cap important en découvrant la sélection avec les moins de 20 ans.

JD-E : C’est un objectif que je m’étais fixé avec mes proches. L’an passé j’étais un peu en retard par rapport à ma génération. La plupart était beaucoup plus exposé, certains commençaient à jouer en pro. Donc j’en ai parlé avec ma famille et on s’est dit qu’il fallait aller chercher une ou deux sélections cette année. Ça s’est fait donc je suis très content et j’espère que cela va continuer.

FM : Jouer en A vous y pensez ?

JD-E : Pourquoi pas, tout est possible. Je veux prendre mon temps, aller étape par étape. Ça passe par du travail rigoureux, forcément pas un meilleur club... C’est à moi de progresser. Tout le monde y pense et aimerait être en A donc c’est dans un coin de ma tête, même si j’en suis très loin pour l’instant.

FM : C’est l’objectif suprême ?

JD-E : Franchement oui. Il n’y a rien de mieux que de jouer pour l’Equipe de France.

«Je voulais partir pour ça (de Paris, ndlr). Je pensais avoir les qualités pour faire au moins des entrées ou des bouts de matches et je n’ai pas eu cette possibilité-là.»

FM : De vos 11 à 17 ans, vous avez eu un retard de croissance. Comment avez-vous contourné le problème sur le terrain ?

JD-E : Quand j’étais petit, avant d’arriver à Paris, je jouais beaucoup sur ma vitesse et ma qualité de percussion. Mais au PSG, il y avait des joueurs aussi rapides que moi et aussi puissants que moi et qui savaient déjà anticiper. Donc tout ce que je savais faire physiquement, ça ne marchait pas. J’avais du mal à me mettre en valeur. Mais en U16 (moins de 16 ans, ndlr), un groupe espagnol est arrivé et ils nous ont appris à se démarquer par la technique. J’ai beaucoup travaillé mon contrôle-passe, mes contrôles orientés, mes prises de balle vers l’avant, j’analysais comment prendre l’information, comment tourner ma tête, savoir quel joueur se trouve devant et derrière moi. Une fois que j’ai commencé à grandir, non seulement j’appliquais ce que j’avais appris mais en plus j’ai re-gagné ma puissance et mon explosivité. J’ai pu combiner les deux.

FM : L’an passé vous avez joué avec l’équipe réserve du PSG. Selon vous, c’est un pallier important dans la progression d’un jeune joueur ?

JD-E : Même si c’est un niveau amateur, c’est important de jouer avec des adultes. Ce n’est pas le même football. Les coups ça n’a rien avoir, l’intensité non plus. Il y a plus de vice. On a perdu des matches que l’on n’aurait jamais dû perdre mais ça nous a permis d’apprendre. C’est formateur et même essentiel selon moi si on veut atteindre le niveau professionnel.

FM : Pourtant le club a fait le choix de supprimer son équipe réserve l’été dernier.

JD-E : Je n’ai pas compris ce choix. J’aurais aimé que tout le monde puisse jouer en CFA parce que c’est une très bonne école. Sauf si tu es très fort et que tu passes directement des U19 aux professionnels.

FM : C’est notamment le cas de Tanguy Nianzou Kouassi (13 apparitions en professionnel cette saison). Quand vous voyez son parcours, vous vous dites que c’est possible de se faire une place dans ce PSG-là ?

JD-E : J’ai suivi sa progression. C’est quelqu’un qui, quand on fait appel à lui, répond toujours présent. J’étais au centre avec lui et je sais le joueur qu’il est. Mais je ne regarde pas forcément Tanguy, depuis l’année dernière il y a beaucoup plus de jeunes qui jouent donc oui je me dis qu’il y a moyen. La réflexion a peut-être changé. Je trouve ça encourageant et si je suis amené à revenir je pense qu’ils vont m’intégrer définitivement.

FM : Vous sentez que le club vous fait confiance ?

JD-E : L’an passé je leur ai dit que je voulais partir mais ils m’ont dit que ça n’allait pas être possible. Ils m’ont prolongé donc je considère ça comme une confiance qu’il m’accorde. Ils auraient pu me laisser partir au Havre sans prolonger. Je suis un des seuls joueurs prêtés, je pense qu’ils suivent ma saison.

FM : Vous étiez frustré de ne pas avoir eu la moindre minute en professionnel ?

JD-E : C’est ça… Je voulais partir pour ça. Je pensais avoir les qualités pour faire au moins des entrées ou des bouts de matches et je n’ai pas eu cette possibilité-là. Il y a eu des problèmes dans le club par rapport à la Ligue des champions (après l’élimination face à Manchester United, ndlr) et d’autres choses à gérer, j’ai compris, mais pour ma carrière je me suis dit que le meilleur moyen de progresser était d’aller ailleurs.

FM : A l’avenir, vous privilégiez un temps de jeu réduit à Paris ou une place de titulaire dans un club moins huppé ?

JD-E : J’appartiens au PSG, c’est l’entraîneur qui décidera. Aujourd’hui, j’ai besoin d’être dans un club où mon temps de jeu est conséquent, où je joue autant qu’au Havre. J’ai besoin de me sentir important. Après, le PSG c’est mon club donc si on m’appelle je me donnerais à fond. Mais mon idée c’est de jouer un maximum, peu importe où.

FM : Plutôt en Ligue 1 ou à l’étranger ? JD-E :** L’idéal pour moi c’est de passer par la Ligue 1. C’est important de jouer dans le plus grand championnat national. Ça serait magnifique, mais si ce n’est pas possible et s’il y a un autre projet à l’étranger je n’ai pas peur d’y aller. Tant que j’ai la garantie d’avoir le même temps de jeu qu’au Havre moi je m’adapte. La langue n’est pas une barrière pour moi.

FM : A Manchester United par exemple ? Comme un certain Paul Pogba…

JD-E : Je n’ai pas eu de réelles discussions avec mes parents par rapport à ça. J’ai vu qu’il y avait un intérêt mais je pense que cela parle plus entre les deux clubs. Moi je n’ai pas encore pris parti.

FM : Une dernière chose, vous avez le PSG dans la peau ?

JD-E : En arrivant au club je n’étais pas forcément pour Paris, mais avec le temps j’ai commencé à kiffer. Quand je vois le PSG jouer je ne suis pas le supporter numéro un, mais s’ils perdent un match ça va me déranger. Mais pas qu’un peu ! Ça va vraiment me déranger comme si je travaillais au club. Donc s’ils peuvent gagner tous les matches, moi ça me va (Rire) !

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