Foot Mercato : commençons par l’actualité, comment se passe votre saison avec Gueugnon ?

Albert Baning : elle est mitigée. On a le maintien. On espérait jouer la montée, être dans le haut, mais ça n’a pas pu se faire. On essaye de terminer la saison en remportant le plus grand nombre de matches et de terminer un peu plus haut (Gueugnon est actuellement 7e de National 3 à une journée de la fin).

FM : quelle est votre situation contractuelle ?

AB : il y a toujours de l’envie et de la motivation pour jouer. Il me reste un an de contrat. Après on ne sait pas de quoi est fait le foot. Je suis encore là la saison prochaine, mais je ne peux pas dire si je serai encore là dans quelques mois. On connaît le foot.

FM : vous avez déjà des projets pour votre après carrière ?

AB : j’ai commencé à regarder pour des formations qui pourraient me plaire. J’ai commencé déjà avec l’arbitrage pour voir si j’étais tenté, si ça me plaisait. Pourquoi pas faire une carrière là-dedans. Ça fait toujours partie du football.

FM : votre projet est de rester dans le milieu ?

AB : oui et non. Je regarde des formations pour mon après-carrière. Je pouvais voir l’arbitrage, car ça reste dans le milieu, mais je pourrais aussi aller voir autre chose, en entreprise ou ailleurs. Rester dans le football ça ne me dérange pas.

« Qui sait si je pourrais aller en Ligue 1 en tant qu’arbitre ? »

FM : où en êtes-vous dans votre formation d’arbitre ?

AB : j’ai commencé à faire quelques matches dans la région Saône et Loire. J’espère que je pourrai progresser dans les échelons et arbitrer plus haut. Pour le moment, je ne peux pas arbitrer au-dessus du National 3. On verra. Je suis souvent supervisé dans la région. Qui sait si je pourrais aller en Ligue 1 ?

FM : qu’est-ce qui vous motive dans l’arbitrage ?

AB : j’essaye de comprendre la position des arbitres et leurs décisions, d’observer le contrôle qu’ils peuvent avoir sur un match. Le regard est un peu différent. On voit ce que l’arbitre peut subir. Je suis joueur et quand on crie partout : « monsieur l’arbitre, ceci cela ». J’essaye de comprendre psychologiquement ce que ça peut faire. Ça me permet aussi de comprendre la vision de l’arbitre quand il parle avec nous. Des fois, ce n’est pas évident, car on a l’impression d’être entre collègues, mais il faut se dire qu’il ne fait que son travail. L’arbitre fait le maximum d’efforts pour ne pas se tromper. Il faut voir comment on est indulgent avec nous quand on fait des fautes, des erreurs, on rate des passes… Ça devrait être la même chose.

FM : quel est le regard de vos coéquipiers sur cette expérience ?

AB : ils ne s’y intéressent pas beaucoup, mais j’en ai avec qui j’arbitre. Nous sommes deux au club. Après les matches, on s’envoie des messages pour savoir comment ça s’est passé. On se raconte des faits de jeu. Les autres coéquipiers ne s’y intéressent pas. Je pense que globalement peu de joueurs s’intéressent à l’arbitrage. Je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs. C’est une part du football. En plus en tant que joueur, on sait anticiper certains faits de jeu.

FM : durant votre carrière, vous avez beaucoup voyagé, vous êtes passé par la Chine, la Suisse, la France, la Bulgarie ou encore Israël. C’était une volonté de votre part ?

AB : non, vous savez on ne peut pas contrôler. Le football, ce sont des opportunités de carrière. Il faut savoir faire les bons choix. C’est ça qui m’a mené un peu partout. Il faut surtout avoir du concret sur la table pour pouvoir bouger. Avec l’expérience maintenant, je me dis qu’on ne peut pas être à la maison et attendre que quelqu’un vous ramène des espoirs. Il vaut mieux avoir quelque chose de concret même si c’est en Chine. Quand vous êtes bon, ça peut toujours vous emmener au plus haut niveau. Vous pouvez toujours après un an ou deux, vous retrouvez en Ligue des Champions. C’est une question d’opportunité.

FM : quelle a été l’expérience la plus marquante de votre carrière ?

AB : être allé en Chine en ayant 16 ans, je trouve que ce n’est pas anodin. Passer par la Chine pour accéder au haut niveau, je pense que c’est déjà une belle réussite. C’est là-bas que j’ai terminé ma formation pour ensuite jouer en championnat chinois.

« Être allé en Chine à 16 ans, ce n’est pas anodin »

FM : c’était comment la Chine à cette époque ?

AB : c’était compliqué au début. Le dépaysement était un peu dur, mais je n’étais pas seul. J’avais quelques compatriotes aussi avec moi au centre de formation. Ça me permettait de raviver un peu le souvenir du Cameroun et de ne pas être trop dépaysé. Il ne fallait pas faire le bébé, il ne fallait pas pleurer. On est en formation. On a choisi ce métier et on essaye de progresser. C’était notre but.

FM : comment avez fait pour vous retrouver en Chine si jeune ?

AB : le club Dalian Shide a envoyé des émissaires au Cameroun pour faire un tournoi dans mon centre de formation. C’est là que j’ai été repéré pour poursuivre ma formation.

FM : cette opportunité ne vous avez pas effrayé ?

AB : non ça ne m’a pas fait peur, car dans ma tête, je me suis dit que c’était l’occasion de terminer ma formation pour atteindre le haut niveau. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas eu peur.

FM : la suite vous a donné raison, car vous avez pu rejoindre l’Europe par cette porte, avant de rejoindre le PSG en 2006. Quels souvenirs en gardez-vous ?

AB : bon, on va dire que c’était un PSG qui ne gagnait pas. C’était un PSG qui doutait. Ce n’était pas facile d’arriver à ce moment-là. Quand ça gagne, c’est plus facile de s’intégrer.

FM : finalement, vous n’avez pas beaucoup joué au PSG, dans quelle mesure est-ce un regret de ne pas avoir pu vous montrer ?

AB : je pense qu’on ne m’a pas donné l’opportunité de faire deux, trois ou quatre matches. Chaque fois que j’ai joué, je n’ai pas été si mauvais que cela. Il faut faire des matches pour être bon, pour gagner en confiance. À d’autres on l’a donné. Bon, ce n’est pas un regret en tant que tel. Après je suis parti en prêt et ça s’est bien passé. On m’a donné la chance de jouer et de rester au haut niveau.

« Le FC Bâle, les Young Boys de Berne, Lyon, Strasbourg aussi voulait me récupérer »

FM : comment ça s’était fait ce transfert au PSG ?

AB : j’ai fait six bons mois en Suisse avec le FC Aarau. Durant une moitié de saison, j’ai joué presque tous les matches. J’ai dû faire 17 matches, marqué trois buts. Je venais de la Chine et je réussissais directement en Suisse. Je pense que ça a pu attirer certains clubs comme le PSG.

FM : vous aviez d’autres opportunités à ce moment-là ?

AB : il y avait le FC Bâle, les Young Boys de Berne, Lyon, Strasbourg aussi qui voulait me récupérer.

FM : comment vous avez digéré cet échec au PSG alors que vous étiez en pleine progression ?

AB : (il coupe) oh je ne considère pas ça comme un échec. Un échec c’est quand vous jouez tout le temps et qu’on ne vous trouve pas bon. Les gens n’ont pas eu confiance de me faire jouer, mais je ne parlerais pas d’échec. Il y a eu des prêts, j’ai joué. Et là où j’ai joué, on n’a pas parlé d’échec. On me dit « Paris ça a été un échec », je dis « non ». Si j’avais joué et que je n’avais pas été bon, j’aurais dit oui. C’est comme ça que je vois les choses.

FM : après cela, vous avez eu votre chance partout où vous êtes passé…

AB : j’ai joué même en Ligue 1 (à Grenoble en 2008/2009). Même si je n’étais pas toujours titulaire, tout le monde était satisfait de moi, à Sedan aussi (en Ligue 2 lors de la saison 2007/2008). J’aurais pu signer là-bas d’ailleurs. On m’avait proposé un contrat.

FM : quel regard portez-vous sur votre carrière ?

J’aurais pu faire mieux, surtout au niveau des choix de clubs. Il y a eu des moments où j’aurais dû analyser et prendre un peu plus de recul. J’aurais dû rester à Sedan par exemple et jouer. Le PSG m’a prêté là-bas et après ça m’aurait permis de refaire des matches. Finalement j’ai préféré aller en Ligue 1 avec Grenoble. Ça s’est bien passé, mais bon, il me voulait pour une seconde année en prêt. J’aurais pu y rester, ça m‘aurait emballé, mais le club a vu directement avec Paris qui voulait me transférer directement. Encore une question de choix.

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