Foot Mercato : devenir entraîneur était-il un objectif à court terme pour votre après carrière ?

Charles Itandje : oui, j’aime le football et j’ai très tôt eu envie de me diriger vers le métier d’entraîneur. Arrivé à 29,30 ans j’ai commencé à me poser des questions sur mon avenir, sur ce que je voulais faire pour mon après-carrière.

FM : vous avez terminé votre carrière en national 3 au FC Versailles, quelle image aviez-vous du monde amateur ? Aviez-vous des a priori ?

CI : oui j’ai eu quelques a priori mais j’ai découvert le football amateur en Île-de-France et le niveau de pratique est quand même bon. L’image que je garde est assez intéressante en termes de niveau mais on ne peut pas demander à des amateurs d’être aussi rigoureux que des professionnels. C’est une chose que j’ai du comprendre. Il faut savoir s’adapter.

FM : comme nous l’avait confié Emmanuel Imorou, selon lui le monde amateur est très proche du monde professionnel, êtes-vous du même avis ?

CI : non, pour moi le niveau amateur reste le niveau amateur. Certes, la marge n’est pas si grosse que cela mais sur certains détails, on se rend compte qu’il y a une différence. C’est à dire en termes de discipline, de rigueur et sur la compréhension du jeu. Ces trois aspects ne sont pas vraiment maîtrisés à mon avis, au niveau amateur.

FM : quels sont les objectifs cette saison avec la réserve du FC Versailles (12e sur 12) en Régional 2 (7e division française) que vous entraînez ?

CI : le but de l’équipe première est de monter en National 2 (4e division française) et c’est plutôt bien parti. Deuxièmement, donner du temps de jeu aux garçons qui descendent avec moi en réserve et également faire jouer les jeunes joueurs comme les U19 de l’année dernière afin de les développer. Même si la Régional 2 est deux niveaux en dessous de la National 3, on demande un certain niveau d’exigence aux jeunes. Nous n’avons pas d’objectif de classement.

FM : à titre personnel, quel est l’objectif pour votre carrière d’entraîneur ?

CI : je veux anticiper les situations. Je souhaite engranger de l’expérience et c’est avec la pratique qu’on peut en acquérir, donc ce qui m’intéresse c’est avant tout de pouvoir développer mes idées. Je souhaite découvrir ce que je veux faire et ce que je ne veux pas faire pour mon avenir.

FM : les idées que vous voulez faire passer, sont proches de quel entraîneur actuel ?

CI : je dirais Jürgen Klopp, plus que d’un Pep Guardiola pour être honnête.

FM : un poste d’entraîneur de gardien au sein du monde professionnel serait envisageable ? Ce serait comme un passage de témoin...

CI : oui cela me tente, je suis ouvert à toutes les options. Dans le monde professionnel, j’ai plus de légitimité à apprendre à une équipe de gardien de but que d’entraîner une équipe entière. Je me retrouverais beaucoup plus à ce poste. Être gardien de but ou joueur de champ, ce n’est pas du tout le même métier.

FM : quel est le plus gros regret de votre carrière ?

CI : sincèrement, c’est le fait d’avoir quitté Lens pour rejoindre Liverpool en 2007.

FM : que retenez-vous de votre passage à Liverpool de (2007 à 2011) ?

CI : déjà ce que je sais maintenant, c’est qu’il ne faut pas aller dans un club ou tu n’es pas voulu. À Liverpool, je me suis enfermé dans ma bulle et je savais qu’on ne voulait pas de moi et que je n’avais pas spécialement ma place dans le groupe. Je n’ai pas pu m’exprimer sur les terrains et ainsi montrer ma valeur. C’était très frustrant et dans ma tête c’était « aller tous vous faire voir ». Liverpool reste malgré tout un super club, avec des fans incroyables qui sont derrière leur équipe. Dans le vestiaire, tout le monde parlait davantage espagnol qu’anglais. C’était vraiment particulier.

FM : avec le recul, quelle image gardez-vous de l’épisode des commémorations de Hillsborough ?

CI : il faut savoir garder ses émotions. Au moment où cela s’est passé, je n’ai pas pris la mesure de la gravité de l’événement auquel j’assistais. Lorsque nous étions dans les tribunes avec les autres joueurs, je ne me souvenais plus quelle était la chanson et ça m’est revenu au cours d’une discussion avec un coéquipier. C’est pour cela que je ne chantais pas avant, ce n’était pas du tout dans l’attention d’heurter quelqu’un. J’étais en instance de départ à ce moment-là (NB : Galatasaray), j’étais en plein clash avec Rafael Benítez (entraîneur des Reds de 2004 à 2010) et on m’avait envoyé en réserve. Il y a eu tout un contexte négatif qui explique le fait que je n’avais pas la tête à me rappeler de cette chanson à ce moment-là.

FM : justement, que pensez-vous de cette équipe de Liverpool entraînée par Jürgen Klopp ?

CI : c’est une équipe extraordinaire. C’est impressionnant ce qu’ils donnent en termes d’intensité. Leur football est très simple et peu importe la formation qui s’oppose, les principes restent les mêmes. Les consignes sont toujours respectées et il y a une belle fougue. La totalité du groupe a adhéré au discours de son entraîneur. En plus, la ferveur est revenue au sein du club et du public, ça se voit. Quand un joueur sort au bout de 10 minutes ou de 20 minutes, qu’il a été bon ou mauvais, il est applaudi par le public. Il y a une dynamique très positive. Jürgen Klopp gère très bien tous les égos et il arrive à fédérer ces joueurs. L’institution est au-dessus de tout et c’est peut-être pour cela que ça fonctionne bien.

FM : pour rester sur vos anciens clubs, le RC Lens est très bien parti pour une ascension à la Ligue 1 (2e après 19 journée de Ligue 2), pensez-vous que c’est la bonne année ?

CI : je ne veux pas parler trop vite, mais j’aimerais bien oui. Lens c’est le club qui m’a tout donné. C’est marrant de dire ça à 37 ans, mais j’ai très mal vécu le fait d’être parti de là-bas. Ce départ m’a mis un coup de pompe, je n’avais plus le même gout à jouer au football très sincèrement.

FM : avez-vous eu des occasions de revenir à Lens ?

CI : non car le club est resté en Ligue 2 plusieurs années et je jouais à ce moment-là en coupe d’Europe (avec Atromitos lors de la saison 2012/2013). Quand j’ai eu 32 ans, je ne me voyais pas revenir et ce n’était pas la volonté des dirigeants lensois non plus. Je n’ai aucun sentiment de rancœur, je suis juste très reconnaissant de l’opportunité que j’ai eu de jouer pour le RC Lens. J’ai reçu beaucoup d’amour de la part des supporters durant mon passage là-bas. J’arrive à Lens à 18 ans, comme un petit garçon qui sort de son quartier de Bobigny et je repars de là-bas en homme accompli. Mes enfants y sont même nées. Mon rêve était de jouer en première division et le club a réalisé ce dernier.

FM : pourquoi avoir choisi la Grèce après cette aventure contrastée en Angleterre ?

CI : j’avais besoin de me reconstruire moralement. C’était un grand coup dans la tête, j’avais pas digéré mon départ de Lens et ça faisait pourtant déjà deux ans. Je me suis dit : « va là-bas, il fait beau, tu va joué au football, la nourriture est bonne, tu seras bien payé ». Je ne me suis pas trompé car ce fut le cas. J’ai notamment rencontré Pierre Ducrocq durant ce prêt à l’AO Kavala. Il m’avait dit que je devais être bien mentalement pour jouer au football. Tout cela m’a aidé à me reconstruire et à reprendre goût à l’entrainement, à jouer au foot tout simplement. Si on est professionnel, c’est pour la considération des autres. On vit à travers l’œil de l’autre, celui qui dit le contraire est un menteur. On a tous un petit peu cet ego-là, on l’a beaucoup même et on s’y habitue. En tout cas, cette année (saison 2009/2010) m’a fait énormément de bien et cela m’a permis de repartir sur un nouveau projet. Quand je suis revenu de ce prêt d’une année, je suis resté 6 mois à Liverpool et j’ai fait une dépression. En janvier 2011, je pars définitivement du club pour rejoindre Atromitos.

FM : un choix payant, puisque vous êtes élu meilleur gardien du championnat avec Atromitos.

CI : oui ce fut un choix payant. J’ai retrouvé de la sérénité, surtout mentale. Ma famille était avec moi et c’était parfait. Il faisait toujours beau en Grèce, c’est ma deuxième maison aujourd’hui. Ce que j’ai vécu là-bas était incroyable, humainement c’était exceptionnel.

FM : pourquoi avoir quitté la Grèce pour rejoindre la Turquie ?

CI : parce que lorsque j’ai quitté Atromitos pour rejoindre le PAOK, ça ne s’est pas super bien passé. Je suis arrivé en prêt en cours de saison donc c’était compliqué. J’avais donc fait le choix de rejoindre la Turquie et je ne le regrette pas. Ce fut également une belle aventure. Le pays est magnifique. J’y ai rencontré de superbes personnes. J’ai donc joué dans des championnats dits « exotiques » mais ce n’est pas vraiment le cas. Si ça l’était réellement, j’aurais vu plus de personnes réussir dans ces endroits. J’étais testé tous les jours là-bas et je n’avais pas le droit à l’erreur.

FM : selon vous, quelles caractéristiques doit avoir le gardien parfait aujourd’hui ?

CI : il doit avoir un énorme sens de l’anticipation, savoir lire le jeu. Éventuellement le jeu au pied, si l’entraîneur veut utiliser son gardien comme cela. Aujourd’hui, un Navas (NB : Keylor Navas) ne peut pas jouer au Barca malgré qu’il soit fort sur sa ligne. La culture football et le projet de jeu de l’entraîneur ne correspondent pas à ses qualités. Tous les gardiens ne peuvent pas jouer avec Pep Guardiola non plus, il a besoin d’un goal fort avec ses pieds. Je ne pense pas qu’Alisson pourrait jouer avec lui par exemple. Les gardiens d’aujourd’hui doivent aussi être beaucoup plus explosifs qu’auparavant.

FM : quel est le meilleur gardien du monde actuellement ?

CI : c’est André Ter Stegen et de loin. Il est complet, il fait la différence avec son jeu au pied également. Le mec te fait des passes de 80 mètres, ce n’est pas possible. Ça n’existe pas ce qu’il fait. Le Barca joue à 11 avec lui. C’est assez impressionnant. J’apprécie aussi Hugo Lloris. Il est très courageux, sa folie est son point fort. Ce n’est pas un gardien qui recule, il va toujours de l’avant et il aime aller au contact. Il est fou, mais j’aime beaucoup.