Le Mans FC a quitté le monde professionnel en 2013, la faute à une dette colossale (14 millions d’euros) impossible à combler. Alors qu’il évoluait en Ligue 2, le club sarthois a d’abord été rétrogradé, avant d’être liquidé. Comme avec Grenoble auparavant (le GF38 a été rétrogradé en CFA 2 en 2011) et le SC Bastia encore tout récemment (le club a été rétrogradé en National 3 en 2017), c’est un pan de l’histoire du football français, pour ne pas dire un club historique - créé en 1985, le club du Mans n’a évolué « que » six saisons en première division - qui quittait le gotha du football français. Emportant avec lui les espoirs de toute une région. Si l’eau de la Sarthe a coulé depuis ce soir d’automne 2013, où les supporters mucistes ont appris la descente en Division d’Honneur (D6) de leur équipe première, les plaies commencent seulement à cicatriser.

Le souvenir amer de la rétrogradation

« L’ambiance était pesante. Ce club qui avait réussi à fédérer était devenu la honte de la ville. Un nouveau stade de 25 000 places qui ne servait plus à rien. L’impression d’avoir perdu cette identité et cette humilité qui nous avaient fait connaître. Les Sarthois sont humbles et se sont sentis trahis, car notre club s’est montré trop prétentieux. Le changement de nom (Le MUC72 est devenu Le Mans FC en 2011, ndlr) avait été mal vécu par certains et la descente a achevé beaucoup d’entre nous. Le club familial s’était transformé en club business et il s’était pris les pieds dans le tapis. Les partenaires étaient tous partis et il ne restait que des cendres, » se souvient Anthony Brégent, co-président fidèle du Virage Sud Le Mans.

Une descente aux enfers compliquée à accepter pour des hommes et des femmes complètement investis dans un jeune club, né en 1985, qui était depuis devenu un habitué de la Ligue 2 (18 des 28 premières saisons du club). Une équipe de gamins avait été lancée pour tenter de maintenir le club en deuxième division à l’orée de la saison 2012/13, et des rumeurs de problèmes financiers avaient filtré dès la trêve hivernale. Des alertes qui avaient abouti à la liquidation du club à l’été. « Nous avons vécu des moments difficiles dans notre courte existence, mais nous étions loin d’imaginer un tel résultat. Le plus difficile était d’être impuissant face à cette situation, » nous raconte le supporter de la première heure des Sang-et-Or. Un club quittait le monde du football professionnel et toute une région était mise en sommeil.

Repartir de tout en bas

2013, année zéro. Le 23 octobre, la FFF confirme la rétrogradation du Mans en DH. Les trois groupes du Virage Sud Le Mans (Fanatic’S, Worshippers et FireSnake) se réunissent alors pour prendre la température, jauger la motivation des troupes pour repartir en DH. Difficile de fédérer lorsque des dirigeants aux yeux plus gros que le ventre ont envoyé ton club en sixième division... Mais certains restent. « Une décision difficile à prendre après avoir connu le club dans la lumière et construit un Kop important pour un club sans trophée et sans histoire, » se rappelle Anthony Brégent. Le nouvel entraîneur, Stéphane Guédet, proche des supporters, décide de déclarer forfait pour l’équipe des U19 et de récupérer les joueurs pour construire une nouvelle histoire. Pour l’aider dans sa tâche, il réclame le soutien des « tarés du Virage Sud Le Mans », comme il les appelle. Ces derniers acceptent.

27 octobre 2013. « Le premier match en DH, contre Laval Bourny, nous pensions être seuls, les responsables, mais nous nous sommes retrouvés avec 80 adhérents du Virage Sud Le Mans. Ensemble, nous avons chanté, soutenu et Le Mans l’emporta 1-0. Nous avions tenu une buvette pour continuer à perdurer ce lien que nous avions su créer, dans un club laissé à l’abandon par tout le monde. Sauf par quelques irréductibles Manceaux prêts à relever ce challenge de rebâtir une histoire. Le Virage Sud Le Mans fut le seul soutien de la première heure. Et aujourd’hui, nous en sommes fiers, » se rappelle le co-président du Virage Sud. À l’époque, l’association souhaite que les supporters aient une place dans cette reconstruction, mais les 20 000 € récoltés sont refusés par la nouvelle direction, pour motif que « les supporters supportent, les dirigeants dirigent ».

Une montée immédiate et l’ombre d’un doute

Le 28 mai 2014 a lieu un premier sursaut. Ce dimanche de printemps, vainqueur au stade André Courcelles de Connerré (1-4), devant 600 personnes, Le Mans FC valide sa montée en CFA 2. Une montée arrachée à la différence de buts particulière ! Un sursaut immédiat rendu possible par des joueurs à qui le club avait proposé d’aller voir ailleurs à l’intersaison, mais qui n’auront pas trouvé chaussure à leur pied. Une ascension également attribuée aux supporters les plus fidèles et au coach, Stéphane Guédet, au club depuis 22 ans. Alors qu’il comptait 21 points de retard sur le leader, Mulsanne-Teloche, en milieu de saison, grâce à cinq succès arrachés dans les derniers instants, le club sarthois accroche une première montée, l’année suivant sa liquidation. Mais la joie est de courte durée. Apprécié de tous, Stéphane Guédet quitte la Sarthe pour la Haute-Savoie. Laissant le doute s’immiscer.

Le 28 mai 2014, le Mans FC célèbre la montée en CFA 2

« Stéphane Guédet avait créé un groupe et ça, ça fonctionne toujours. Un amoureux du club prêt à tout donner. Regardez Deschamps avec l’équipe de France, c’est ce qu’il a fait. La nouvelle direction (Jean-Pierre Pasquier, élu en 2013, ndlr) avait sa propre vision qui a entraîné une nouvelle cassure. Un nouvel entraîneur (Alexandre Clément, ndlr) et des joueurs perdus, car ils avaient toute confiance en Stéphane Guédet. Une présidence contestée suite à une élection dirons-nous étrange (élu à 11 voix contre 7, Jean-Pierre Pasquier avait posé sa démission avant d’être conforté, ndlr). Avec un président bénévole, ce club donnait l’impression de ne pas vouloir repartir. Mais nous, nous ne l’avons pas lâché, » martèle aujourd’hui Anthony Brégent.

Un nouveau président et de nouvelles ambitions

Troisième du groupe B de CFA 2 en 2014/2015, pour sa première saison dans la catégorie, Le Mans ne monte pas. Malgré l’arrivée de Richard Déziré sur le banc, meneur d’hommes style Frédéric Hantz, avant l’exercice 2015/16, le club sarthois stagne une deuxième saison au cinquième échelon (3e). Jusqu’à la venue d’un nouvel homme fort. Ancien président de Troyes de 2004 à 2009, Thierry Gomez est à la tête du Mans FC depuis novembre 2016. Il est venu donner un second souffle à un club en quête de rédemption. Les résultats plaident aujourd’hui en sa faveur. En CFA 2 (National 3 aujourd’hui) lors de sa prise de fonctions, le club a réalisé deux montées successives sous ses ordres et débutera la saison 2018/19 ce vendredi 3 août à Chambly (20h), dans le championnat de National 1. Une dernière marche, sûrement la plus difficile à franchir, avant de retrouver le monde professionnel.

Le coach manceau Richard Déziré et son président, Thierry Gomez

« Le Virage Sud Le Mans avait signifié à qui voulait l’entendre le souhait que ce club ait un président investisseur. Un président qui amène de l’argent. L’arrivée de Thierry Gomez allait dans ce sens. Et dès sa première année, le club monte. Même si le football business n’est pas apprécié des supporters, sans un peu d’argent, on ne peut rien faire. De plus, Thierry Gomez est un homme d’expérience, qui a fait beaucoup pour Troyes. Son arrivée au Mans fut une chance pour les supporters de voir leur club enfin enclencher la seconde. En deux ans sur le plan sportif, il ne nous a pas déçu. Il structure de nouveau pour lui permettre de revive ces moments glorieux, » justifie le co-président du Virage Sud Le Mans, pas mécontent du bilan de son président.

Digérer les deux accessions successives

Le 20 avril 2018, la montée du Mans en National 1 ne fait presque plus aucun doute. Le club sarthois compte neuf points d’avance sur le Stade Briochin à cinq journées de la fin. Mais pas question pour son président de se projeter, ni de tirer un bilan de l’exercice en cours. Pas par superstition, mais « par respect pour ce sport ». Thierry Gomez est persuadé que si l’on ne respecte pas les codes, l’effet boomerang peut faire très mal. Les leçons du passé ont été retenues. Obsédé par une seule chose, terminer le travail, et le terminer avec sérieux et panache, il s’exprimera trois mois plus tard à Foot Mercato. Cette fois, il n’est plus question de s’étendre sur la saison passée. Le président manceau est complètement tourné vers l’avenir et la saison qui débute ce vendredi.

« On s’est vite projeté vers la saison prochaine, qui débute vendredi. L’idée n’est pas de rendre anodin ce qui a été fait depuis deux ans avec deux montées successives, parce que c’est forcément un parcours exceptionnel, mais c’est vrai qu’aujourd’hui, on est déjà complètement impliqué dans le National 1, qui est un championnat vraiment très compliqué et qui va demander une concentration de tous les instants. Il ne faut pas oublier qu’on est un double promu et qu’il faut digérer ces deux montées, mais aussi qu’on comprenne rapidement comment fonctionne ce Championnat National 1 qui est très serré. » On sent de la prudence dans le discours du président. Quelque chose qui sert pour de nouveau gravir les échelons et les divisions.

« La montée n’est jamais un objectif pour le Mans FC »

Quant à l’objectif de cette saison ? Son expérience et son glorieux passé mis à part, une troisième montée de suite, en Ligue 2 qui plus est, serait-elle envisageable ? Si elle ne se refuse pas, elle peut être un palier qui, franchi un peu vite, peut se transformer en galère. Mais le président du Mans est loin de s’angoisser de ces hypothèses. Il dégaine une réponse qui sonne comme un leitmotiv : « la montée n’est jamais un objectif pour le Mans FC. L’objectif est de faire progresser le club, de le structurer. Il y a tout ce qui est visible, ce que vous voyez, notamment le mercato en ce moment, mais il y a également toute la structuration du club qui intéresse beaucoup moins mais est aussi importante. »

« On est monté deux fois de suite, on a des infrastructures à la hauteur d’un club de Ligue 1. Qui dit infrastructures, dit forcément des hommes et des femmes derrière pour les gérer. Il ne faut pas oublier qu’on est monté en National 1, mais dans le même temps, la réserve est montée en National 3. On est structuré comme un club professionnel, il ne reste plus qu’une étape à franchir et on sait qu’elle va être compliquée. Ce n’est pas une obsession. Notre obsession, c’est de faire progresser le club, » clame le chef d’entreprise, également à la tête de Stimulation Marketing Communication.

Un budget doublé mais pas démesuré

La marche entre National 3 et National 2 est beaucoup moins importante qu’entre National 2 et National 1. D’un point de vue financier, finis les temps partiels, la réglementation impose dorénavant d’avoir tous les joueurs à temps plein, ce qui double quasiment automatiquement la masse salariale, sans même prendre en compte les renforts de l’intersaison. Ensuite, il y a les déplacements qui sont plus lointains et d’autres éléments qui entrent en compte. « Pour résumer la pensée de beaucoup de présidents de clubs de National 1, on a les charges d’un club professionnel, sans en avoir les profits, » lâche Thierry Gomez.

D’où la grande difficulté pour les clubs de franchir ce palier. Il faut savoir que le Championnat National 1 est un championnat dans lequel les clubs restent en moyenne 3 ans et demi. Au terme de cette période, soit les clubs sortent par le haut et accèdent au monde professionnel, soit ils sortent par le bas et doivent restructurer. Pour la saison 2018/19, le budget du Mans oscille entre 4 et 4,5 millions d’euros. À titre de comparaison, le Red Star, champion de National 1 la saison dernière, évoluait avec un budget de 7,5 millions d’euros, alors qu’il ne dispose pas d’infrastructures de type Ligue 1 comme le MFC. Le 20 juin dernier, le budget 2018-2019 présenté devant la DNCG a été approuvé. Une mesure qui valide la montée du Mans en National. Les fantômes du passé sont repoussés aux portes de la MMArena.

Un stade de 25 000 places en National 1

« Si notre budget peut paraître important, on a des infrastructures qu’aucun club de National n’a, on a un stade de 25 000 places, on a un centre de formation, qui n’est pas officiel mais qui est officieux, avec un internat omnisports de haut niveau et on dispose d’une structure de club avec des équipes masculines et féminines au plus haut niveau national ou régional, » précise le président, justifiant presque que le club ne vit pas au-dessus de ses moyens. « Pour les joueurs, les salaires sont parfois en-dessous de ce qui se fait dans les autres clubs de National, de par les infrastructures du club qui requièrent de nombreux encadrants et éducateurs, ce qui a un coût ». Le stade est un élément important pour Le Mans FC, qui le lui rend bien. Le stade vit si le club vit et inversement.

La MMArena, stade de 25 000 places du Mans FC

« Si le club demain ne vit plus, comme c’était le cas il y a encore deux ans, le stade n’existe plus. C’est donc encore plus important pour le stade que le club vive bien et franchisse les paliers, » souligne le président. Abandonnée par les Mucistes en 2013, la MMArena est de nouveau occupée par l’équipe première depuis l’arrivée de Thierry Gomez en 2016. Il en avait fait un cheval de bataille. Ce retour au bercail semble être une autre raison du bel élan du club. Alors que le Virage Sud Le Mans comptait 800 adhérents en Ligue 2, les chiffres ont logiquement dégringolé. Mais la montée en National 1 laisse présager un regain d’intérêt. « L’année dernière, nous étions 201 adhérents (membres bienfaiteurs et abonnés purs). Cette année, nous espérons entre 250 et 300 personnes, » souligne le chef de file du Virage Sud.

Une nouvelle pelouse, trois tribunes ouvertes, la vie reprend son cours

L’an dernier, alors en National 2, les résultats aidant, le Mans était chaque week-end dans les 25 plus grandes affluences de France, toutes divisions confondues. « C’était déjà très bien. Aujourd’hui, avec la montée, on sent un engouement encore plus fort sur les abonnements. On le voit aussi sur le taux de remplissage des loges. Trois semaines après l’ouverture des locations, elles affichent complet. Il y a un vrai élan populaire, mais également chez les entreprises, qui ont envie de revoir le Mans FC dans le monde professionnel. Tout le monde a conscience de l’importance du club, que ce soit au niveau économique ou en terme de communication et des retombées qu’il peut générer auprès de la ville et du département, » raconte Thierry Gomez.

L’an passé, seules deux des quatre tribunes de la MMArena étaient ouvertes. Le club a d’ores-et-déjà annoncé l’ouverture d’une troisième pour la saison qui démarre. Avec l’objectif d’accueillir entre 3 000 et 4 000 personnes par journée de championnat. Après avoir occupé pendant près de huit ans le même terrain, le club a profité de l’été pour se doter d’une pelouse digne des plus grands stades de France. Un gazon hybride qui appartenait jusqu’alors à l’OGC Nice. Profitant d’un propriétaire commun - Vinci - la MMArena et l’Allianz Riviera de Nice ont procédé à un transfert de pelouse. Une première en Europe. Les Aiglons, qui comptaient en changer, ont sauvé leur billard des pieds des spectateurs de Jay-Z et Beyonce, programmés dans leur arène de 35 000 places.

Formation et mercato raisonné au Mans FC

« Il vaut mieux faire envie que faire pitié, » scande le président au moment d’évoquer le départ de l’un de ses joueurs en Ligue 1. « Le Mans FC fait partie du patrimoine du football français. Forcément, nos joueurs sont regardés, comme tous les clubs qui font des bons résultats. Et quand on fait des bons résultats, ce n’est pas souvent dû qu’au hasard. C’est parce que le club travaille bien et qu’il y a de bons joueurs. Nos joueurs sont observés, c’est dans la logique. » Kader Bamba a animé le début de mercato. Le milieu de terrain de 24 ans a rejoint le FC Nantes. Une stratégie, selon le président du club manceau. « Il y avait une stratégie du club, pour des raisons qui nous sont propres. C’est un risque qu’on avait pris ensemble. Kader était en fin de contrat. Il est parti libre à Nantes ».

Malgré le départ de l’un de ses cadres et si un palier reste à franchir pour que le centre de formation ne revienne dans la lumière, Le Mans ne devrait pas manquer d’arguments la saison prochaine. Les deux serial buteurs Vincent Créhin (16 buts), en passe de battre le record de buts du club, et Mamadou Soro (15 buts), auteurs de plus de la moitié des buts du Mans la saison dernière (31 sur 55), seront là à la reprise, dans l’Oise, ce soir. Ils font partie des onze joueurs de l’effectif de la saison dernière conservés par Richard Déziré, le coach manceau. Paul-Loup Brosseau, Corentin Guiet et Aimeric Gomis, qui évoluaient la saison dernière avec les U19, ont eux été invités à rejoindre le groupe. Du côté du mercato, ce sont neuf joueurs, issus des quatre premières divisions, qui sont venus renforcer le groupe manceau.

La MMArena fête le titre de N2 et les 25 ans des Worshippers face au Havre Cliquez sur la photo pour zoomer

« L’effervescence est présente mais demande une étincelle pour la faire repartir. Déjà l’année dernière, lors du match face à Lille (1/32e de Coupe de France, ndlr), le Kop a retrouvé ses habits de L1, le club nous avait permis de vendre des places dans notre zone. Et cette zone fut pleine à craquer pour donner de la voix. Lors des 25 ans des Worshippers, beaucoup d’anciens adhérents ont répondu présents pour cet anniversaire face à la réserve du Havre. Les Manceaux sont prêts à revivre ces moments, » exhorte Anthony Brégent. En 1985, Le MUC 72 naissait en Division 3. Après avoir fait l’ascenseur lors de la saison 1987/88, le club s’installait durablement en D2 en 1990, cinq années après sa création. Aujourd’hui, les supporters, Virage Sud en tête, espèrent que cinq ans après avoir vécu l’enfer de la rétrogradation en Division 6, Le Mans FC décrochera le titre de National 1, comme ses aînés. L’avenir dira si les souhaits des Sang-et-Or auront été exaucés.