La grande majorité des amoureux de football ont pratiqué, au moins dans leur jeunesse. Alors forcément le football amateur (c’est-à-dire jusqu’au niveau national 1) parle à tout le monde. En ce jeudi 23 mai, la Fédération française de football, en compagnie de l’Observatoire national de la délinquance et des Réponses pénales (ONDRP), donnait une conférence de presse sur le thème des violences et incivilités dans le football amateur, dans les locaux de la FFF. « Ce bilan chiffré est tiré des statistiques de l’Observatoire des comportements, un outil mis en place par la FFF qui recense chaque saison les incidents constatés sur les matchs amateurs », détaillait ainsi le mail d’invitation de la fédération.

Étaient présents Boulevard de Grenelle, dans le 15e arrondissement de la capitale, Pierre Samsonoff, directeur de la Ligue du Football Amateur (LFA) et Aurélien Langlade, responsable des études criminologiques de l’ONDRP. Le second cité a commencé par faire un point sur les travaux qui étaient présentés et surtout sur la structure de l’observatoire. Ce dernier est sous tutelle du Premier ministre, mais demeure totalement indépendant, aucune commande politique n’ayant été, jusqu’ici, effectuée. Depuis dix années maintenant, la FFF collabore avec l’observatoire en fournissant des chiffres et des données. C’est l’une des seules fédérations françaises qui le fait avec le Karaté, le tennis de table et le golf.

Les violences et incivilités sont contenues

Venons-en aux chiffres. Sur la saison 2017-2018, 1,8% des matches joués (618 867 rencontres, sont exclues les rencontres dans les districts pour moins de 10 faits recensés plus des matches hors compétition) ont été entachés d’incidents. Sur les deux dernières années, la tendance est à la hausse (1,4 en 2015-2016 et 1,6 en 2016-2017). Mais la tendance reste stable puisque les chiffres oscillent depuis dix ans entre 1,4 et 1,8 %. Cela signifie qu’en 2017-2018 « seuls » 11 335 incidents ont été recensés. Il convient toutefois de préciser que 20% des districts ne fournissent pas de chiffres.

La nature des faits concerne en grande partie des agressions physiques (45%) et des agressions verbales (49%). Les auteurs sont en général les joueurs, pour 89% des cas, alors que les victimes sont à 57% des joueurs et dans 38% des cas des arbitres. Il convient ensuite de préciser que les catégories les plus touchées par ces incidents sont les plus de 18 ans (2,7%), les 17-18 ans (3,4%) et les 15-16 ans (2,5%). Pierre Samsonoff se félicitait ce jeudi des chiffres chez les 13-14 ans (0,9%) et surtout chez les femmes, alors que la Coupe du Monde approche (0,2 % chez les jeunes, 0,6% chez les séniors).

Le bilan est tout à fait convenable puisque 98% des rencontres se déroulent sans soucis et près de la moitié sont des agressions verbales. Les arbitres victimes (38%) sont en baisse puisque ce pourcentage a perdu trois points en l’espace d’un an. Concernant les discriminations et le racisme, ce sont aussi les agressions verbales les plus courantes (79%) tandis que les agressions physiques demeurent, heureusement, marginales (9%). Sachant qu’en 2017-2018 on été recensés des incidents à caractère raciste dans 76 rencontres.

La prévention au centre du jeu

« on n’est pas complètement fou. On n’est pas dans le déni. On a des phénomènes de violence dans le foot et on veut les quantifier, on veut leur donner leur portée réelle. On est en tendance sur les 10 dernières années sur 1,4 et 1,8. Ce phénomène est globalement contenu. C’est quelque chose qui existe, mais dans une fourchette relativement stable. Le foot des - de 13 ans est quelque chose de prioritaire, que les petits soient accueillis dans les meilleures conditions et que les compétitions se déroulent dans la sérénité. Vis-à-vis des enfants et des parents, c’est essentiel de garantir que ça se passe sereinement. Ce n’est pas du zéro défaut. On est sur des phénomènes marginaux et contenus », détaille d’entrée Pierre Samsonoff, le directeur de la Ligue du Football Amateur (LFA). C’est alors que la prévention entre en jeu.

Sur le volet éducatif, il y a deux initiatives. Le programme éducatif fédéral. Ce dernier est accessible (via les éducateurs) à 80 % des licenciés de moins de 18 ans (800 000). Il y a deux années c’était seulement 50%, les 100 % sont visés à l’horizon 2020. « C’est un document qui doit accompagner dans la vie dans le club, aussi en dehors du terrain. Ça parle de principe d’hygiènes, d’éthique, de respect, de tolérance et de luttes contre les discriminations. C’est la bible de la fédération. Le club c’est un lieu ou on apprend à vivre en collectivité. Il n’y a pas beaucoup d’équivalents. Ça va au-delà de gamin qui vienne taper dans un ballon. On a la chance d’avoir des gens volontaires pour aller jouer au foot. Ils sont réceptifs à plein de messages. On essaie de profiter de cet état d’esprit », professe le patron de la LFA.

Enfin, vient une autre invention, le carton vert. Celui récompense le fair-play des équipes. Pour les catégories d’âge cela dépend des districts, mais ce carton vert peut être donné jusqu’au moins de quinze ans. « C’est extrêmement important aussi. On parle de ce qu’on réprime. On veut aussi valoriser les bons comportements dans le maximum des compétitions de jeunes », se réjouit Pierre Samsonoff. Mais justement, quand cela ne suffit pas à endiguer les problèmes, le volet répressif se met en place.

La répression

Quand la prévention ne suffit plus, il faut alors commencer par sanctionner. Le volet répressif s’est développé au fil du temps. Évidemment, la LFA a à l’oeil certaines rencontres classées à haute tension, mais ils font confiance au club pour essayer d’organiser au mieux les matches et surtout à faire remonter les informations. Concernant les incidents avec les arbitres, des cellules psychologiques existent pour les accompagner et, en tant que légataire du jeu, les hommes en noir profitent d’une sécurité renforcée.

Même si la LFA se veut intransigeante avec les violences et incivilités, les commissions de discipline ne suffisent toujours pas. Alors, depuis quelque temps maintenant, des coopérations sont développées avec les préfets, mais aussi les instances juridiques afin de prendre la main. La Fédération ne peut, sur le principe que sanctionner des licenciés et un club (que ce soit financièrement ou autre). Si un ou des supporters (non licencié s’entend) fautent, il devient responsable devant la justice.

D’ailleurs, la LFA et la Fédération se réservent le droit de se porter partie civile lors de certains procès. C’est le cas notamment aux côtés des arbitres, même si cela ne se présente - heureusement - pas si souvent que ça. En résumé, l’éducation reste prioritaire dans la tête des dirigeants du football amateur et les sanctions n’arrivent qu’en dernier recours. Grâce aux chiffres collectés, nous apprenons qu’il n’y a pas d’explosion des violences sur les terrains hexagonaux et surtout il est possible de lutter efficacement et de manière précise sur les faits qui posent encore problème...

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