« Tout le monde en Allemagne déteste ce club. C’est exactement le genre de club que personne ne veut voir en Bundesliga : détenu par une entreprise, financé par une entreprise et sans aucune tradition ». Tobias Feldhoff, journaliste chez nos confrères de Fussball Transfers, n’y va pas par quatre chemins lorsqu’on lui demande comment est perçu le RB Leipzig outre-Rhin. Ce n’est pas la manière la plus douce d’accueillir ce nouveau pensionnaire de Bundesliga, qui a obtenu sa promotion en terminant 2e de l’antichambre, derrière le SC Freibourg. Mais pourquoi un tel rejet envers un club qui va pourtant accentuer la concurrence en championnat ?

La construction de toutes pièces de ce club est la première raison du désamour. Le patron de Red Bull, Dietrich Mateschitz, a en effet fabriqué son nouveau jouet dans le football (après le Red Bull Salzbourg et les New York Red Bulls) en rachetant en 2009 le club du SSV Markranstädt, dans la banlieue de Leipzig. À l’instar de ce qu’il avait fait en Autriche et aux États-Unis, il voulait évidemment accoler le nom de sa marque de boisson énergisante. Or, c’est interdit dans les règles de la Fédération allemande. Alors, il a contourné le règlement en nommant son équipe « RasenBallsport Leipzig », soit le RB Leipzig...

Deuxième source de tensions en Allemagne, la prédominance de Red Bull au sein de la direction du club. En Allemagne, la règle du « 50+1 » stipule que les investisseurs ne doivent pas posséder plus de 49 %, la majorité devant être détenue par une association à but non lucratif. Histoire que les supporters gardent un pouvoir décisionnaire. Dietrich Mateschitz a de nouveau réussi à se défaire de cette règle en créant un comité, détenant les 51 %, où il faut s’acquitter de 800 euros pour devenir membre. Ces membres sont au nombre de 18 et la plupart sont des employés de Red Bull.

Des dépenses énormes pour un club de deuxième division

Bien décidé à faire de son club une place forte du football allemand, Red Bull a décidé d’investir massivement. Pas en recrutant des stars, ce qui semble compliqué quand on végète en 5e division puis en 4e (durant trois saisons). Mais en enrôlant de grands espoirs. « Ils ont choisi de développer de jeunes talents. Ils ne veulent pas signer de joueurs de plus de 24 ans. David Selke, Rani Khedira (le frère de Sami, le joueur de la Juventus), Yussuf Poulsen, Lukas Klostermann ont été recrutés ces dernières années et ils ciblent désormais Timo Werner et Timo Baumgartl de Stuttgart (club relégué en seconde division), tous deux âgés de 20 ans », explique Tobias Feldhoff. Mais attirer des éléments prometteurs dans un club de seconde division a forcément un prix.

Dès son accession à la 2.Bundesliga en 2014, le RB Leipzig a déboursé 23,35 M€ sur le mercato. Puis 26,10 M€ la saison suivante. En comptabilisant les exercices 2014-2015 et 2015-2016, le club est-allemand est le 7e le plus dépensier toutes divisions confondues, devant Hoffenheim ou Schalke 04 par exemple. Et il totalise 8 joueurs dans le top 10 des recrues les plus chères de l’histoire de la seconde division (record tenu pour David Selke, recruté 8 M€ au Werder Brême). Un exemple qui rappelle l’arrivée de Dimitri Rybolovlev à la tête de l’AS Monaco, alors en Ligue 2. Le milliardaire russe n’avait ainsi pas hésité à débourser plus de 10 M€ pour un certain Lucas Ocampos.

La défiance du football allemand

Forcément, cette débauche de moyens financiers fait grincer des dents chez les cadors de Bundesliga. On pense bien sûr au Bayern Munich, qui n’a jamais manqué une occasion de critiquer le PSG et ses richissimes propriétaires à leur arrivée dans la capitale française. « Vous pourrez mettre le sujet du RB Leipzig de côté dès que sera introduit en Bundesliga le principe du fair-play financier », a même carrément lâché Karl-Heinz Rummenigge, pas fan des arrivées en fanfare sur la scène nationale ou européenne.

Premier club compétitif de l’Allemagne de l’Est à retrouver la Bundesliga depuis la relégation de l’Energie Cottbus en 2009, le RB Leipzig peut compter sur un soutien populaire certain. Pas celui des fanatiques de football, sensibles à l’histoire d’un club et qui préfèrent le Lokomotiv Leipzig ou Chemie. Mais, un peu comme la transition vécue par le PSG depuis le plan Leproux, sur les familles et les consommateurs occasionnels de ballon rond, séduits par la réussite sportive du club. Tant pis si le RB Leipzig suscite de la défiance et du rejet auprès des autres clubs allemands (la plupart refusent d’ailleurs d’organiser des matches amicaux lors des pré-saisons), il compte bien devenir le plus vite une place forte de la Bundesliga. Ce qui semble possible pour Tobias Feldhoff. « Pour moi, il sera dans le top 5 du championnat lors des deux prochaines saisons. Pour le Bayern et le Borussia Dortmund, le RB Leipzig ne représente pas encore un grand danger. Par contre, pour Wolfsbourg, Mönchengladbach ou Schalke 04... »