Un déclic. Le 5 mars 2016, Soualiho Meité écope d’un carton rouge 13 secondes après son entrée sur le terrain lors du derby entre Zulte Waregem, où il est prêté, et Courtrai. « À partir du carton rouge, je me suis dit : "Tu n’es plus le Meité dont on dit qu’il est un grand espoir français. Meité ceci, Meité cela. Il serait temps de te réveiller et montrer tout ce que tu as dans les jambes".Je ne voulais plus perdre de temps », nous confie le footballeur âgé de 22 ans. Car du temps, le jeune homme en a perdu à Lille, club qu’il a rejoint en 2013 avec l’étiquette de pépite tricolore. Arrivé en provenance d’Auxerre, Meité avait des espoirs plein la tête : « En allant à Lille, je m’étais fixé des objectifs. Comme à chaque fois, je vais d’étape en étape. Mon premier but était de m’imposer en tant que titulaire indiscutable ». Malheureusement pour lui, cela n’a pas été le cas. Avec le recul, le footballeur né en 94 est conscient des erreurs qu’il a pu commettre : « À Lille, j’étais sûr de mes qualités. Je pensais que tout allait passer. Quand je voyais les milieux de terrain qu’il y avait avec moi à Lille, je trouvais que je n’avais rien à leur envier. Donc je me disais qu’avec mes qualités ça passerait. Je ne faisais pas les choses qu’il fallait pour qu’on me donne les moyens de jouer, pour avoir ma place de titulaire indiscutable ».

Quelles choses justement ? « Travailler toujours plus. Apprendre aussi des anciens qui sont là car ils ont l’expérience, ils ont eu des titres. S’entraîner dur, faire attention à l’alimentation. Tout cela fait partie de ma progression ». Des points qu’il a rectifié une fois la frontière belge passée lors du mercato d’hiver 2016 puisque les Dogues l’ont prêté à Zulte Waregem. « Quand je suis arrivé en Belgique, j’avais quelques kilos en trop. Ma masse grasse était haute. Forcément, je n’étais pas au top de ma forme. On a beaucoup parlé avec le coach. Il a été patient avec moi. On y est allé étape par étape ». Mais ses premiers pas en Jupiler League n’ont pas été une franche réussite. « Ça a été difficile. Dès que je suis arrivé, j’ai débuté les deux premiers matches et j’ai fait deux mauvaises prestations contre Charleroi et Anderlecht. Ensuite, j’ai été laissé de côté, sur le banc, pendant, deux matches. On avait un derby face à Courtrai. En Belgique, Zulte Waregem-Courtrai c’est comme un Lille-Lens en France. Je suis entré à la 88e minute, j’ai pris un rouge au bout de 13 secondes. Je me suis dit : "à un moment donné tu ne peux pas avoir des échecs partout, tu as déjà eu un échec à Lille. Tu ne vas pas arriver ici et être encore en échec. Tu as vu comment est la Belgique. Il est temps de te mettre dedans et de passer aux choses sérieuses" ».

Meité explose en Belgique

Meité a retrouvé sa niaque chez nos voisins belges : « Quand j’étais à Auxerre, j’ai eu une longue blessure et j’avais le bon état d’esprit. Je me disais que j’avais perdu "du temps" à cause de ma blessure et qu’il fallait que je revienne au top de mon niveau pour plaire à des clubs tels que Lille ou autre. Du coup, j’ai bossé dur. Je me suis fait mal. Quand j’ai repris, j’avais encore mal. Mais j’ai quand même forcé, j’ai serré les dents. J’avais ma famille avec moi. Je n’ai pas lâché et c’est comme ça que je suis revenu au top. Ensuite, j’ai signé à Lille. En venant à Lille, j’avais perdu cet état d’esprit là. Et à partir du carton rouge à Waregem, je l’ai retrouvé ». Devenu titulaire en force en fin de saison dernière, le milieu de terrain a continué sur cette bonne dynamique cette année. Toutes compétitions confondues, il a joué 18 rencontres cette saison (1 but) dont 16 en championnat. Une ligue que Zulte Waregem domine puisque le club est leader avec 33 points (10 victoires, 3 nuls, 3 défaites). « On ne se prend pas la tête. On sait qu’en Belgique on n’est pas Bruges ou Anderlecht. On vit au jour le jour. On bosse tous les jours. On s’entend bien que ce soit sur ou hors du terrain. On prend les matches les uns après les autres. Pour l’instant, on est premier du championnat. On ne ressort pas d’individualité. C’est l’équipe qui compte ».

Individuellement, Soualiho Meité est considéré ni plus ni moins comme le meilleur milieu de Jupiler League. Le jeune homme, lui, se concentre sur ses objectifs. « Cette année, j’ai parlé avec le coach et il m’a mis une feuille blanche sur le bureau. Il m’a dit : "Où veux-tu aller ?". J’ai répondu : "Je veux aller à Manchester United". Il m’a dit : "Ok. On en est là, c’est-à-dire tout en bas de la feuille blanche. United, c’est tout en haut de la feuille. Maintenant, on va y aller pas après pas". À chaque fois qu’on parle, il me dit que quand je fais un match, je ne dois jamais redescendre. Il ne veut pas qu’on dise que je suis un joueur qui fait une fois un bon match, une fois un mauvais match. Il veut que je sois régulier. Même si je ne fais pas un top match, il faut qu’il y ait une certaine constance ». Et où en est-il aujourd’hui sur cette fameuse feuille blanche ? A-t-il progressé ? « Oui. Je pense qu’avec tout le travail que je fais, la manière dont je m’investis, le sérieux que j’ai maintenant, ça me fait avancer petit à petit ». Son entraîneur à Zulte, Francky Dury, n’est pas étranger à son explosion : « Quand je suis parti de Lille pour rejoindre Waregem, j’ai vu qu’il n’y avait plus personne qui croyait en moi. En gros, j’étais un joueur qui avait les qualités. Mais ça ne sortait pas. J’étais limite un joueur fini. Le coach a cru en moi, il était toujours derrière moi. Il m’a toujours fait travailler. Si j’en suis là aujourd’hui, il n’y est pas pour rien ».

Des prétendants de plus en plus nombreux

Et le jeune homme le lui rend bien une fois sur le terrain. Une petite revanche aussi sur son passage raté à Lille. « Une revanche ? Je ne dirai pas ça. Mais c’est vrai que quand personne ne croit plus en vous, à Lille ou autre part, et que maintenant on entend parler en bien de soi, qu’il y a des clubs qui font des offres, ça fait plaisir et ça montre aux gens que ce que tu avais, tu ne l’as pas perdu ». Les Dogues voudraient d’ailleurs le rapatrier. « Franchement, quand j’ai lu ça j’avais deux sentiments. D’un côté, j’ai pensé : "Maintenant vous voulez que je revienne alors que vous ne m’avez pas fait confiance quand j’étais chez vous". De l’autre côté, je me suis dit : "Ça fait plaisir que ce soit Lille. Lille me demande de revenir, pourquoi pas". Je me suis un peu posé des questions ». Mais les Lillois n’ont pas les cartes en mains puisque Zulte possède une option d’achat de 300 000 euros que le club devrait a priori lever. « Je ne sais pas ce qu’ils vont faire. Mon objectif est d’aller le plus loin possible avec Waregem cette année. Pourquoi pas décrocher quelque chose, on ne sait jamais ». Car plusieurs écuries anglaises et allemandes se sont penchées sur le cas de Meité. Selon nos informations, le Borussia Dortmund est venu le superviser quasiment à tous ses matches, mais n’a pas fait d’offre. Schalke, Hoffenheim, Wolfsbourg et l’Eintracht Francfort sont eux très intéressés. Idem pour Crystal Palace, Everton, Stoke City et Liverpool. « C’est encourageant. Seul le travail paie. Je me fais mal, je bosse dur. Il y a des clubs qui apparemment s’intéresseraient à moi. Ça fait plaisir. Ça m’encourage à plus travailler ».

Celui qui rêve de Manchester United ne se ferme aucune porte : « Pour moi, la Premier League est le meilleur championnat du monde. L’ambiance, l’atmosphère, les équipes jouent au foot. L’Angleterre a un championnat que j’aime bien. J’aime bien aussi la Liga, la Ligue 1, la Serie A, la Bundesliga. Je ne pense pas beaucoup à un départ. Je vis au jour le jour. Si vous me demandez là à quoi je pense. Je pense au match de demain. Chaque chose en son temps. Peut-être que lors de la période du mercato d’hiver on en parlera plus car ce sera la période pour en parler ». Serein, Soualiho Meité garde les pieds sur terre quand l’agitation se fait forte autour de lui. « C’était un peu la même chose à Auxerre. J’avais aussi des clubs qui venaient. On disait que j’étais un grand espoir français. J’ai vu ce que ça a fait quand je suis arrivé à Lille. Il ne faut pas retomber dans les travers. Ça me fait plaisir quand je vois des articles où l’on parle en bien de moi, qu’on dise que je suis un des meilleurs milieux de terrain du championnat belge, etc... Mais ça reste des journalistes. Je ne me concentre pas sur le papier, mais sur le terrain. Il n’y a que le rectangle vert qui compte. Je continue à bosser et j’avance ». Histoire de coller à la feuille de route mise en place avec son coach pour que sa carrière évolue en club mais aussi en sélection. « J’ai eu plusieurs fois des propositions de la sélection ivoirienne. Je n’ai pas refusé, mais je les ai mise en attente car j’y crois, je connais mes qualités. Je sais qu’en travaillant dur pourquoi ne pas tenter l’équipe de France ». Impossible n’est pas français. Soualiho Meité en est la preuve.