Le nom de Majorque est probablement connu de tout le monde. L’archipel des Baléares reste l’une des principales destinations touristiques en Europe, et chaque année des millions de touristes se rendent sur ses plages pour se prélasser au soleil. Mais il y a encore moins de 10 ans, le Real Club Deportivo Mallorca était surtout connu pour être l’un des clubs les plus en vue en Espagne, où ont notamment entraîné des coachs de renom comme Luis Aragonés ou Hector Cuper. Les Bermellones ont connu leur meilleures années au début des années 2000, se qualifiant pour l’édition 2001/2002 de la Ligue des Champions avec une belle troisième place lors de l’exercice précédent. Même si la saison ne fut pas brillante, tant en Liga qu’en Europe, le club s’est bien rattrapé avec la consécration en Copa del Rey lors de la saison 2002/2003. Le club comptait alors dans ses rangs des joueurs comme Samuel Eto’o, Ariel Ibagaza, Albert Riera et un jeunot du nom de Dani Güiza qui commençait à pointer le bout de son nez...

Les finances ont lentement dégringolé....

Il faut remonter à la saison 2005/2006 pour trouver trace des premiers signes de déclin du club insulaire. Si le club sortait de deux saisons compliquées en Liga, il restait stable sportivement et économiquement. Mais le départ du président Mateu Alemany marquait plus ou moins le début de la fin. De plus en plus dans le pétrin financièrement, le club était, peu à peu, obligé de vendre tous ses meilleurs éléments. Sur le terrain, la situation n’avait pas encore réellement tourné au vinaigre, et sans réellement briller, la formation majorquine parvenait par exemple à se hisser en Europa League à l’issue de la saison 2007/2008 après une bonne 7e position, avant d’arriver en demi-finale de la Coupe du Roi la saison suivante, perdue face au FC Barcelone. Mais l’été 2009 a été un grand tournant. En plus des départs de cadres comme Juan Arango, Miguel Angel Moya ou David Navarro, le club ne pouvait plus assumer le salaire des joueurs et des employés.

Pourtant, encore une fois, les joueurs ont répondu présent et se sont qualifiés pour l’Europa League. En fin de saison 2009/2010, le coup de grâce a été porté. Le club entrait en "concurso de acreedores" ; une sorte de contrôle judiciaire qui oblige les entreprises espagnoles à laisser les commandes du navire à des administrateurs judiciaires qui vont tout faire pour le remettre à flot. Quelques semaines plus tard, l’UEFA annonçait qu’elle retirait la licence UEFA à Mallorca à cause des problèmes économiques de l’équipe, qui va encore voir partir des joueurs du niveau d’Aritz Aduriz, Mario Suarez ou Borja Valero, dont l’option d’achat n’a pas pu être levée. Une douce dégringolade qui prendra fin au printemps 2013, quand, après une saison catastrophique en Liga, le club est officiellement relégué en deuxième division espagnole...

Le pari allemand !

La première saison en Liga Adelante sera tout sauf une réussite. Les Bermellones ne parviendront même pas à se qualifier pour les playoffs de montée et termineront même par jouer le maintien jusqu’à la toute fin du championnat. Même son de cloche pour l’exercice 2014/2015, avec la menace de la relégation qui a plané au dessus de Son Moix pendant toute la saison, et ce alors que l’objectif du club était de retrouver la Liga au plus vite possible ! Et c’est là que l’Allemand Utz Claassen, actionnaire et fraîchement nommé président du club est entré en scène et a tenté de donner un nouvel élan à son jouet.

Les Baléares sont souvent connues comme un "annexe" de l’Allemagne. Beaucoup d’allemands et d’entreprises allemandes s’y sont installées, et des millions de touristes germaniques débarquent sur les îles. En 2014, plus de 30% des touristes qui ont visité l’archipel étaient allemands ! Claassen, voyant que les locaux ont déserté l’Iberostar Estadi et se sont tournés vers les gros clubs espagnols, a donc tenté de séduire un nouveau public pour l’équipe. Plusieurs joueurs allemands ont donc rejoint le club bermellon, à l’image de Timon Wellenreuther, connu pour avoir sorti un gros matchs avec Schalke en Ligue des Champions face au Real Madrid l’an dernier. « L’idéal serait de recruter un joueur allemand et un joueur anglais chaque saison, du moment qu’ils aient le profil qu’on souhaite. L’expérience nous dit que la présence de joueurs d’un pays donné dans une équipe font augmenter l’intérêt pour le club dans ce pays », expliquait le propre Claassen dans El Pais.

… avant le début de l’ère américaine !

Si les résultats d’une telle stratégie ne sont pas encore vraiment connus, force est de constater que sportivement, la situation continuait et continue d’être tendue, le club flirtant toujours avec la zone de relégation en D3. Toujours limité financièrement, les dirigeants ont donc dû lancer un appel à la rescousse pour éviter une possible relégation qui tuerai le club, auquel a répondu en janvier 2016 l’homme d’affaires américain Robert Sarver, notamment propriétaire de la franchise NBA des Phoenix Suns. 20 millions d’euros déboursés pour entrer dans le capital du club et s’emparer de 77,38% des actions de Claassen, qui restera président. L’objectif est clair, faire de Mallorca une équipe puissante mais surtout attirante, et l’Américain a débarqué avec quelques grands noms dans les valises, comme celui de l’ancien basketteur Steve Nash qui sera l’un de ses associés, et l’ancien tennisman Andy Kohlberg.

Mallorca devient ainsi le club avec le plus de pouvoir d’achat de la deuxième division espagnole, devant le Real Oviedo, qui appartient lui à un groupe lié au milliardaire mexicain Carlos Slim. On l’a bien vu lors du dernier mercato hivernal, quand le club a "pillé" la Liga Adelante, s’emparant de certains des meilleurs joueurs de la division d’argent espagnole. Ainsi, le club a notamment attiré dans ses filets des joueurs comme Lago Junior (Mirandés, cf vidéo), excellent ailier droit ivoirien capable de jouer en pointe, ou Oscar Diaz, redoutable attaquant qui évoluait jusqu’ici à Alcorcón, en plus de joueurs comme Diogo Salomão ou Ortuño. De quoi construire une équipe parée à jouer la montée en Liga la saison prochaine.

Le projet de Robert Sarver est clair : tout va être amélioré, de l’effectif de l’équipe première à la formation, en passant par le stade et les infrastructures d’entraînement. « Le projet reste le même. Je ne donne pas de date exacte pour être de retour en Liga, même si c’est l’objectif principal. Nous ne voulons pas seulement investir de l’argent pour le mercato, on veut aussi investir dans les infrastructures et pour améliorer le stade. On veut rapprocher les gradins du terrain par exemple », a confié l’Américain dans un entretien avec la Cadena SER vendredi dernier, où il a aussi confirmé qu’il est là pour rester sur la durée : « je suis encore plus heureux maintenant que lorsque j’ai acheté le club, parce que j’ai rencontré les gens et apprécié l’ambiance. Je suis toujours aussi engagé. Tu ne peux pas t’engager avec un club en fonction de s’il va monter ou non. L’équipe progressera, c’est toujours compliqué de faire des changements en pleine saison mais les choses s’amélioreront ». Pour l’instant, un retour en Liga semble très compliquée. L’équipe pointe à 13 points des playoffs de montée, et à 19 points de la montée directe ! Pire encore, elle n’est qu’un point au-dessus de la zone de relégation, avec un match en moins que les autres équipes ceci-dit. Quoiqu’il en soit, les dirigeants préparent déjà la saison prochaine, qui débutera par une tournée estivale aux Etats-Unis. Compte tenu de l’effectif et du potentiel économique de l’équipe, ne pas monter à l’issue de la saison prochaine serait un véritable échec...