Ce n’est plus un secret, puisque Leonardo a publiquement reconnu les envies de départ de son joueur dimanche soir : Edinson Cavani souhaite quitter la capitale française pour rejoindre l’Espagne et l’Atlético de Madrid. L’Uruguayen est un vieil objectif des Colchoneros, et maintenant que le Matador a perdu sa place du côté du Parc des Princes, c’est le moment où jamais pour que ce mariage se concrétise enfin. La direction du club rojiblanco se montre très insistante, avec plusieurs assauts réalisés ces dernières semaines, chaque fois repoussés par la direction parisienne. Pas de quoi lui faire baisser les bras cependant. Mais pourquoi les Colchoneros se montrent-ils aussi insistants pour cette opération qui s’annonce plus que compliquée d’un point de vue financier ?

Tous les observateurs et les fans indios sont unanimes : l’Atlético de Madrid a besoin de but(s). Cette saison, les troupes du Cholo ont énormément de mal à marquer, et seuls Alvaro Morata (10 buts TCC), voire Angel Correa (6 buts TCC), parviennent à faire trembler les filets adverses de façon plus ou moins régulière. Diego Costa lui n’a pratiquement pas foulé les pelouses cette saison à cause de pépins physiques récurrents, et son retour ne se produira pas dans un avenir proche. Il y a donc un manque qualitatif et quantitatif à pallier si les Colchoneros souhaitent être présents dans la course jusqu’au bout dans les différentes compétitions auxquelles ils participent. Pourtant, contrairement à d’autres années, les Matelassiers parviennent à se créer des occasions dans le jeu, et auraient pu engranger bien plus de points s’ils avaient fait preuve d’un peu plus d’efficacité dans les derniers mètres. Même si les statistiques ne veulent pas toujours tout dire, l’Atlético fait partie des équipes qui cumulent le plus de tirs après 20 journées : 252 au total, c’est plus que le Barça par exemple (250). Et ce, avec des pénuries évidentes devant.

Quel rôle pour Edinson Cavani ?

Diego Simeone semble ainsi chercher un véritable joueur de surface, ce qu’il n’a pas dans son effectif. Alvaro Morata délaisse de plus en plus les derniers mètres adverses, pour servir de point d’appui sur les offensives de l’équipe. L’ancien du Real Madrid décroche ainsi beaucoup pour attirer les défenseurs hors de leur zone, temporisant ou jouant en une touche pour un joueur de couloir. Un rôle qu’il remplit plutôt bien, mais devant, ça manque donc de présence dans la surface. L’espiègle Angel Correa, qui l’accompagne très souvent dans ce rôle de deuxième pointe dans le 4-4-2 colchonero, n’a pas le profil de ce joueur à l’affût du moindre ballon devant. L’Argentin, en plus d’être assez irrégulier, n’est pas un joueur de surface, alors que les plans de son compatriote et entraîneur pour João Félix semblent passer par un positionnement sur le côté droit, avec plus de liberté pour s’exprimer et repiquer. Il n’y a donc que très peu de monde à la retombée des centres, pourtant excellents, de Renan Lodi ou de Kieran Trippier. Dès lors, Edinson Cavani semble être un profil idéal, lui qui est en plus très à l’aise dans le jeu aérien.

Si le natif de Salto venait à revêtir la tunique rouge et blanche dès ce mois de janvier, il serait ainsi probablement aligné aux côtés de Morata, avec un positionnement plus avancé que l’Espagnol, qui devra en partie jouer pour son nouveau coéquipier. Un duo intéressant sur le papier, mais qui peut poser question, notamment du côté de l’Uruguayen. Premièrement car l’Atlético de Madrid a changé sa façon de jouer. Cet Atleti qui jouait aussi bas et ressortait rapidement vers l’avant, cherchant Diego Costa dans le dos de la défense, n’existe plus vraiment. Dans cette ancienne configuration, nul doute que Cavani se serait régalé et aurait fait des dégâts dans les défenses adverses. Désormais, on voit une équipe qui mise plus sur la possession, et veut arriver dans les derniers mètres avec le cuir dans les pieds.

Un contexte bien différent de celui qu’il a eu à Paris

Une volonté d’avoir plus de contrôle sur le jeu de la part de Simeone, bien qu’il y ait encore de nombreux points à polir, mais surtout, une évolution forcée par la ligne directrice empruntée par de nombreux clubs de Liga. Un temps, la mode fut de presser très haut, avec des lignes très hautes, à la récupération du ballon. Il y avait donc de nombreux espaces, et les joueurs offensifs se régalaient. Désormais, tout a changé, et à l’image d’équipes comme Getafe, Eibar, Leganés ou Osasuna, qui jouent très bas et verrouillent derrière. C’est l’une des raisons qui expliquent aussi pourquoi les gros clubs ont plus de mal et roulent moins sur le championnat qu’il y a quelques années. Un contexte qu’Edinson Cavani connaît bien, pour l’avoir souvent vécu en Ligue 1 avec Paris, mais compte tenu des joueurs qui l’entouraient, il avait tout de même de nombreux ballons intéressants à se mettre sous la dent. Du côté de l’Atlético, du fait de l’adaptation lente d’un joueur comme João Félix ou du faible rendement affiché par Lemar depuis son arrivée, on peine à trouver les attaquants une fois arrivé dans le dernier quart. Les attaquants sont souvent amenés à se créer eux-mêmes leurs opportunités.

Edinson Cavani ne doit ainsi pas s’attendre à recevoir caviar sur caviar s’il venait à signer à l’Atlético. Dans la configuration madrilène, même s’il serait le finisseur attitré, il devrait ainsi se montrer plus participatif dans le jeu, à l’image de ce que font déjà les deux joueurs de pointe de l’Atlético. Son positionnement sera très avancé, forcément, mais il faudra tout de même créer des espaces, des combinaisons dans les petits espaces et des décalages dont il pourra par la suite profiter. D’ailleurs, si on regarde les attaquants référence du championnat espagnol, de par leur talent ou leurs statistiques, ils sont pratiquement tous capables de participer aisément au jeu : Luis Suarez (moins maintenant, c’est vrai), Karim Benzema, Gerard Moreno, Iago Aspas, Lucas Pérez, Rodrigo Moreno, Chimy Avila et compagnie. Beaucoup d’entre eux pourraient d’ailleurs facilement jouer en tant qu’ailiers, ou même en tant que numéro 10. Si le caractère et la fougue du joueur collent plutôt bien à ce qu’est l’Atlético et à ce que représente Diego Simeone, il y a tout de même un peu plus d’interrogations sur ce que ça peut donner dans la pratique dans cet Atlético et dans cette Liga. Le tacticien argentin semble en tout cas convaincu que le Matador est le joueur qu’il lui manque. Et seul le terrain répondra à nos interrogations...